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"Villepin sera pendu à un croc de boucher", par Flore de Bodman (Challenges)

Publié le par P.A.

Dominique de Villepin n'est pas un prévenu comme les autres. Pendant cinq semaines, magistrats et avocats se sont attachés à le faire croire à l'audience. Mais la journée de mardi aura prouvé le contraire.


Pourquoi? D'abord parce que le procureur de la République de Paris et son substitut se sont partagés les rôles. A Jean-Claude Marin incombait la tâche de charger l'ancien Premier ministre, à Romain Victor celle de s'occuper des autres prévenus au procès Clearstream.


Le temps imparti ensuite. Le réquisitoire contre Dominique de Villepin a duré à lui seul une heure et demi, quand les autres se sont parfois contentés d'un quart d'heure. A l'exception de Jean-Louis Gergorin, à l'encontre duquel le ministère public a été le plus sévère -avec Imad Lahoud- et a réclamé 18 mois de prison ferme.


Que dire aussi de cette phrase lâchée par Jean-Claude Marin: "je l'ai dit hier à Nicolas Sarkozy..."? Alors que l'affaire était déjà entachée d'un soupçon de politisation, il n'avait nul besoin de faire mention du président de la République, partie civile dans l'histoire. "Où les réquisitions écrites ont-elles été prises: boulevard du Palais ou rue du Faubourg Saint Honoré? Vous avez peut-être la réponse ce soir", a réagi l'avocat de Dominique de Villepin Me Metzner, comme pour instiller le doute.


D'ailleurs, Dominique de Villepin ne s'y est pas trompé, profitant de l'occasion pour confier aux caméras qui se pressaient à la sortie: "Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre à un croc de boucher. Je vois que la promesse a été tenue."


Ministre des Affaires étrangères à l'époque des faits, l'ex-diplomate risque 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende, si les juges suivent les réquisitions du parquet. Ce dernier lui reproche sa complicité par abstention volontaire. En clair, il est coupable de n'avoir pas empêché la dénonciation calomnieuse de se faire ou de se poursuivre, c'est-à-dire qu'il s'est rendu complice par son silence des agissements de Jean-Louis Gergorin. "Errare humanum est, perseverare diabolicum", a justifié le procureur qui blâme Dominique de Villepin pour n'avoir pas fait savoir plus tôt que les listings étaient faux.


A ce sujet, Jean-Claude Marin écarte toute éventuelle responsabilité collective, rétorquant qu'aucun autre ministre, pas même Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, n'avait les liens de Dominique de Villepin avec l'ancien vice-président d'EADS.


Au final, Jean-Claude Marin a eu beau évoquer "une affaire de droit commun" et proposer "une démarche au plus près du dossier", qui défende les "valeurs de déontologie et d'éthique", "sans passion". Rien n'y fait, à ce procès, les preuves et les révélations manquent...

 

Source: Flore de Bodman,Challenges.fr, mardi 20 octobre 2009.

Publié dans Clearstream

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