Tous les détails du programme de D. de Villepin pour la présidentielle 2012

Publié le par P.A.

Il ne dit pas clairement qu’il sera candidat, mais la chose est implicite : ce matin, devant le Presse Club dans un grand hôtel parisien, Dominique de Villepin dévoile son projet, ou plutôt sa « vision » pour la France. Reste, pour l’éternel rival de Sarkozy, à passer l’obstacle du procès en appel de Clearstream, le mois prochain.

 

Vous présentez votre projet pour 2012. Cela signifie que vous êtes candidat à la présidentielle?
DOMINIQUE DE VILLEPIN.
Nous sommes dans un temps politique marqué par la confusion dominée par la stratégie des partis. Ma démarche, qui se veut originale, consiste à privilégier la réponse aux préoccupations des Français. Cela fait quatre ans que je dis que la politique de n’a pas été la bonne, que je propose des politiques alternatives. Avant de poser la question de savoir qui incarne l’alternative, il faut montrer qu’elle existe. Je constate que sur l’échiquier politique, toutes les propositions qui sont faites relèvent de demi-réformes et n’ont pas la puissance nécessaire pour répondre aux problèmes de la France.


Alors que proposez-vous?
Une refondation politique, économique, sociale, culturelle est indispensable. Je pars du diagnostic sévère que je fais de notre société : nous sommes dans une déprime longue, une sorte de dépression française, une inquiétude sur l’avenir, une difficulté à trouver notre place dans la mondialisation. Pour remettre notre pays en marche, il faut une révolution, celle de la dignité. Le citoyen est le grand absent dans la démocratie française. C’est sur lui que je veux miser. J’ajoute une refondation politique. Ce qui manque le plus, ce sont les outils politiques, économiques et sociaux qui pourraient nous permettre de changer la donne.


Que prévoit votre révolution de la dignité?
Le premier outil, c’est le revenu citoyen. C’est-à-dire la garantie donnée à chaque citoyen qui n’a aucune ressource de pouvoir disposer de 850 €. Une personne âgée, un bénéficiaire du RSA, un étudiant — dans ce cas pour des dépenses de logement ou de formation — pourront en bénéficier. C’est un regain de liberté donné au citoyen pour organiser sa vie. Mais il y a en contrepartie un statut du citoyen : il doit s’inscrire sur les listes électorales, il doit voter de façon obligatoire.


Ce n’est pas de l’assistanat?
Non, car chacun devra payer l’impôt. Je crée un grand impôt citoyen, progressif, concernant tous les revenus du travail et du patrimoine, acquitté par tous, même à titre symbolique pour les plus bas revenus. Tous les Français ont des droits et tous les Français ont des devoirs. Autre outil, un service citoyen obligatoire pour les jeunes de 18 ans à 25 ans. L’objectif sera le brassage social, mais aussi agir en faveur de l’intérêt général.


Changer les outils politiques, qu’est-ce que cela implique?
Il faut un gouvernement resserré d’une dizaine de ministres. Je crée là un nouvel outil, la pérennité des ministères. Ils seront structurés à partir de grands périmètres stratégiques, avec de grands ministres.


Vous ferez un gouvernement d’union nationale avec des ministres de droite et de gauche?
Il faut prendre les meilleurs. Or je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui, à droite et à gauche, tant de personnalités qui aient la compétence pour exercer dans de grands ministères. Dans mon esprit, ou François Hollande ont l’étoffe de grands ministres.


Que changeriez-vous d’autre dans les institutions?
Pour en finir avec l’émiettement de nos pouvoirs, je veux un Parlement resserré : quatre cents députés et deux cents sénateurs, mais avec des pouvoirs accrus, disposant de services efficaces comme aux Etats-Unis. Il s’agit de faire vivre la démocratie.


Vous songez aussi à une réforme territoriale?
Nous n’avons pas, avec les vingt-deux régions actuelles, un outil stratégique capable de peser dans l’Europe et dans la mondialisation. Il faut huit, dix grandes régions métropolitaines, capables de rivaliser avec les Länder allemands, les grandes provinces espagnoles. Il faut aller au bout de la décentralisation. Je propose, à côté du Conseil des ministres, un Conseil territorial présidé par le président de la République avec le Premier ministre et les huit présidents de région, qui seront élus au suffrage universel direct.


Vous avez souvent critiqué l’effacement du Premier ministre actuel. Si vous êtes élu, vous revenez à un équilibre entre président et Premier ministre?
Un Premier ministre qui aurait dix grands ministres, c’est un Premier ministre qui aurait une force de proposition beaucoup plus grande. Le rapport de force avec le président s’en trouverait rétabli. Le président bénéficie de l’onction du suffrage universel, il doit retrouver les pouvoirs qui sont les siens, c’est-à-dire le rôle de garant, d’arbitre. Fonctions qu’il a perdues au profit d’un investissement dans la vie quotidienne, dans la vie politique, voire dans la vie partisane, qui l’ont éloigné d’une certaine capacité à agir au service des Français.


Quelle est la faisabilité de ces réformes?
C’est d’autant plus faisable que c’est nécessaire. Il faut que les Français puissent trancher, et donc je suis favorable au retour à la pratique du référendum, national et local. Sur les institutions, la politique énergétique, la réforme fiscale, le référendum sera un moyen d’agir. Avec un citoyen engagé, les choses peuvent aller vite. Nous sommes dans une période équivalente à 1945, quand on a créé la Sécurité sociale, ou à 1958 quand on a refondé les institutions de la Ve.


En politique étrangère, quelles seraient vos premières décisions?
Les événements de Libye montrent bien que le retour dans le commandement intégré de l’Otan constitue une perte de marge de manœuvre pour la France. J’estime que la position antérieure conférait à la France l’image d’un pays plus indépendant, alors que l’Otan est une organisation militaire sous domination américaine. Autre impératif, la redynamisation de l’Europe. Je propose la création d’un haut conseil franco-allemand avec un secrétariat commun, qui nous permettrait d’élaborer une stratégie de convergence, de coordination.


Prendriez-vous la responsabilité de provoquer l’élimination du candidat UMP au premier tour?
Il ne faut pas céder à la peur d’un 21 avril à l’envers et au nom de ce 21 avril vouloir bâillonner la démocratie. Ce serait la meilleure façon de faire monter le Front national.


Que se passerait-il si jamais vous étiez inéligible à l’issue du second procès Clearstream?
J’ai été innocenté sur l’ensemble des points. Je regrette l’acharnement d’aujourd’hui. Je prendrai ma décision concernant l’élection présidentielle en toute sérénité et en toute indépendance le moment venu.

Source: Le Parisien.fr

Publié dans Interview

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M
<br /> <br /> Hum... Et les propositions économiques ? Et le remède à l'emploi ? à la paupérisation généralisée de la France ? <br /> <br /> <br /> <br />
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