Les bonnes feuilles du livre de Dominique de Villepin

Publié le par P.A.

« Devant ma page, je suis devant vous. » Dès la première ligne, apparaît le lyrisme caractéristique de l’ancien Premier ministre aujourd’hui candidat à la présidentielle. Dominique de Villepin se dévoile dans « Seul le devoir nous rendra libres », son livre-programme qui sera publié le 27 février aux éditions du Cherche-Midi.

« Je me présente à vous, et vous avez donc le droit de savoir qui je suis », poursuit-il. On apprend d’abord qui il fut : « Un mauvais élève, un cas presque. » Un « cas » qui s’est rapidement repris. Une chose n’a toutefois pas varié : son anti-sarkozysme. S’il ne cite pas une seule fois le nom de son meilleur ennemi, il fustige en quelques lignes la politique du président-candidat qui a enfilé les habits de père Courage et s’est drapé des vertus de l’orthodoxie allemande.

Le fondateur de République solidaire trace, enfin, « le chemin de notre devoir », convaincu que « notre devoir, c’est d’abord de faire des efforts, de donner plus à notre pays « . Il égraine ses propositions : 37 heures, démocratie directe, TVA sociale, revenu citoyen… Extraits.

Son enfance de « mauvais élève »

J’ai longtemps été un « mauvais élève », un « cas » presque, voué à un baccalauréat facile et sans débouchés prestigieux ; et puis un beau jour, à force de travail, mais surtout à force de chercher quelle serait ma voie, tout s’est dénoué, et celui qui n’avait pas la « tête d’un premier de la classe », comme me l’a dit un jour un camarade, l’est devenu. J’ai ressenti pendant mon parcours scolaire, tant en France qu’à l’étranger, une révolte contre l’étroitesse des critères d’excellence, et donc de jugement, appliqués aux élèves. Cette hiérarchisation entre les « bons », destinés au baccalauréat scientifique, et les « moins bons », relégués dans des filières sans prestige, n’a aucun sens. A un moment, j’ai été poussé vers ces « voies de garage ». Mes maîtres me faisaient alors bien sentir que mon destin social se jouait, que j’étais condamné à des petits rôles dans la société, et à voir indéfiniment les bons élèves, comme des météorites, traverser le ciel de la réussite au-dessus de mes yeux. Ce faux lien entre réussite et critères scolaires étroits a quelque chose de mortifère, dans la mesure où il abîme l’estime de soi d’élèves qui ne parviendront pas à s’engager dans la voie des grandes écoles. Le but de cette éducation étroite, punitive dans son principe, n’est pas de découvrir et faire fructifier des dons, mais de trier aveuglément. Or, la véritable excellence, c’est de réussir sa vie. Réussir sa vie, c’est s’épanouir personnellement dans un rapport harmonieux avec la collectivité. C’est donner et recevoir. Pour donner, il faut avoir cultivé ses dons. Si vous installez quelqu’un dans l’idée qu’il a raté son entrée dans la société parce que son parcours scolaire n’a pas correspondu aux critères d’excellence étroits qui sont les nôtres aujourd’hui, il n’aura pas grand-chose à donner, à part sa révolte. Et il n’aura pas grand-chose à recevoir non plus, à part le minimum qu’une société accorde à ses éléments marginaux. C’est cette dialectique qui doit être cassée. Il est plus que temps de réconcilier méritocratie et diversité des dons. Il est temps que la transmission des savoirs se fasse au profit des personnes, et non pas pour récompenser des modèles de conformisme et de docilité.

Sa critique du sarkozysme

Le premier boulet, c’est la dette, qui nous obsède. Elle n’a pas été créée par la crise de 2008, mais elle est devenue insoutenable et, de déficits en récessions, elle a fait boule de neige. On ne redira jamais assez le danger qu’il y eut à laisser croître la dette pendant plus de trente ans. C’est une menace pour notre Etat social, pour notre efficacité économique, et une injustice envers les générations futures, puisque chaque enfant naît aujourd’hui avec une dette théorique de 30 000 euros qu’il aura à rembourser pour le compte de l’Etat au cours de sa vie. J’en avais fait le cœur de l’action de mon gouvernement entre 2005 et 2007. Trois gouvernements seulement avaient fait baisser la dette, ceux de Michel Rocard, de Lionel Jospin et le mien. Seul le nôtre avait engagé un effort structurel, c’est-à-dire un effort qui s’attaquait au déficit structurel de la dette, et non à sa seule croissance. Je n’ai cessé de regretter que le gouvernement Fillon se soit affranchi de cette discipline pour ouvrir les vannes. Notre dette aura augmenté de 5 points par rapport au PIB, avant même la crise. L’Allemagne maîtrise parfaitement ses déficits, se finance à moindre coût : pourquoi pas nous ? N’allons donc pas chercher dans la mondialisation ou les crises la responsabilité de nos déficits de santé, de dépenses publiques, de retraites. Allons plutôt la chercher dans un manque de courage, de sens du réel, dans le clientélisme, dans le confort des habitudes de la classe politique. Ce n’est pas une petite contrainte, et le défi nécessite un effort national, comme en 1958. En 1958, alors que la crise de régime pouvait déboucher sur le chaos, nous avons réglé les problèmes, mis le pays dans une perspective positive, qui convenait à tous. La dette, ce sont les partis. C’est presque une règle historique de notre histoire. La dette, c’est l’accumulation des petites lâchetés, des intérêts particuliers, des accommodements. Répondre à la dette, ce n’est donc pas en premier lieu définir un plan de rigueur. On voit bien qu’on peut en avoir deux en un an sans effet. Non, répondre à la dette, c’est d’abord s’attaquer à la république des partis pour restaurer notre souveraineté de l’intérieur.

Ses propositions

Face à cette situation de crise profonde, il n’y a qu’une seule réponse qui vaille : que tous les Français fassent leur devoir. De haut en bas de la société, et en proportion de leurs facultés et de leurs moyens. [...] Je suis convaincu qu’il existe dans le pays des réserves immenses de ce sentiment de devoir. C’est pourquoi j’assume de vous proposer une politique d’effort national, dans la justice et la solidarité entre tous les Français, par le rassemblement autour de quelques priorités claires. [...]

37 heures

En premier lieu, nous devons produire plus de richesses. Ce n’est pas par amour de l’argent ou par culte de la croissance que je propose cela, mais c’est par esprit de solidarité avec tous ceux qui dépendent de la richesse produite pour voir leur situation s’améliorer et qui sont notamment les plus faibles, mais aussi ceux dont les revenus et les perspectives d’emploi dépendent de la situation économique générale. Produire plus de richesses, cela nous conduira à travailler plus qu’aujourd’hui, en fixant la durée légale du travail à 37 heures par semaine, payées naturellement au taux normal, pendant le temps du redressement national.

Démocratie directe

Nous aurons à mobiliser toute la nation. Nous recourrons au référendum pour mobiliser tous les citoyens autour des grands enjeux du quinquennat, car le peuple doit s’imposer à la classe politique, il doit faire parler sa voix souveraine. Mais la démocratie de proximité doit aussi être encouragée : je proposerai de donner plus de pouvoirs à des conseils de quartier élus au suffrage universel. Pour que chaque Français se sente représenté, je souhaite qu’une dose de proportionnelle soit instaurée pour les élections au Parlement.

TVA sociale

Nous avons un devoir vis-à-vis de la compétitivité de nos entreprises. Baisser le coût du travail est nécessaire pour renforcer notre compétitivité, notamment dans l’espace européen, et donc produire plus de richesses. C’est un effort important que nous devons consentir, en diminuant de quatre points les charges des entreprises sur le travail. Les sommes seront notamment récupérées par un transfert de ces quatre points sur la TVA.

Revenu citoyen

Une des conditions de la liberté dans notre société, c’est d’être affranchi du besoin. C’est ce qui fonde ma proposition de fondre en une seule toutes les allocations sociales existantes, pour plus de simplicité, de lisibilité et de contrôle, et de la transformer en un revenu citoyen, contrepartie d’une activité au service de l’intérêt général et de l’accomplissement des obligations civiques. Oui, je reste convaincu qu’à terme la citoyenneté doit être synonyme d’une activité et d’un revenu garanti pour préserver la dignité de chacun. Je reste plus que jamais attaché à son principe. Mais un changement aussi profond ne peut se faire en un jour, car les caisses aujourd’hui sont vides. Mais il faut s’engager sur cette voie. D’autres pays nous suivront. Enclenchons la dynamique en mettant la priorité sur nos compatriotes ne difficulté. Les premiers concernés seront ceux qui souffrent le plus aujourd’hui, les personnes âgées vivant avec le minimum vieillesse ainsi que les personnes handicapées. Ils doivent pouvoir percevoir le revenu citoyen à 850 euros dès maintenant. Ils doivent se voir offrir en même temps la possibilité, s’ils le souhaitent, d’une activité qui leur procurerait un lien social précieux. Simultanément, celles et ceux qui sont volontaires pour s’engager dans une démarche de citoyenneté active pourront entrer dans ce dispositif. Je veux que nous proposions aux chômeurs en fin de droits et allocataires des minima sociaux un million de contrats citoyens, par lesquels ils s’engageraient pour 20 heures hebdomadaires d’activité pour le bien public en échange du revenu citoyen. Enfin, les jeunes qui sont des citoyens en devenir doivent pouvoir s’emparer de cette citoyenneté comme d’un projet personnel. C’est pour cela que je souhaite ouvrir la possibilité aux jeunes qui effectueront leur service citoyen de concrétiser un projet avec à la clé un prêt bonifié représentant une année de revenu citoyen, qu’ils rembourseront plus tard sur leur impôt sur le revenu.

Source: Nouvelobs.com

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