La défense de D. de Villepin plaide sa relaxe

Publié le par P.A.

Luc Brossolet et Olivier d'Antin, conseils de l'ancien Premier ministre durant l'instruction entre 2006 et 2008, et Olivier Metzner, spécialiste de la procédure pénale recruté avant le procès, ont estimé que le dossier avait été monté sur initiative politique du chef de l'Etat.


"Le dossier porte l'empreinte de son désir, d'un désir quasi hystérique, d'un désir de prince capricieux", a dit Me Brossolet. Pour Me Olivier Metzner, "les mensonges politiques ne font pas de bonnes vérités judiciaires".


Jugé pour "complicité de dénonciation calomnieuse", Dominique de Villepin fait face au chef de l'Etat, partie civile, dans ce procès. Il porte sur une manipulation menée en 2004 avec de faux listings de comptes bancaires de la société luxembourgeoise Clearstream, qui compromettaient des centaines de personnes, dont Nicolas Sarkozy.


Me Metzner a dit au procureur de Paris Jean-Claude Marin, qui a demandé mardi 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre Dominique de Villepin, qu'il avait agi sur ordre de l'Elysée.


"On rédige mieux au faubourg Saint-Honoré (adresse de l'Elysée-NDLR) qu'au boulevard du Palais", a lancé l'avocat au magistrat. Me Metzner a rappelé que Jean-Claude Marin n'avait pas voulu poursuivre Dominique de Villepin en 2006 et 2007, quand il était à Matignon, avant de faire volte-face en 2008.


UNE AFFAIRE DE TAPAGE NOCTURNE


L'avocat a critiqué le raisonnement juridique du procureur, qui reconnait que Dominique de Villepin n'a été ni l'instigateur, ni l'organisateur d'une manipulation contre Nicolas Sarkozy, mais en a été le complice "par abstention", c'est-à-dire pour ne l'avoir pas dénoncée en juillet 2004.


Me Metzner juge cette analyse aberrante en droit, "aucun parquet n'ayant jamais reproché à personne de n'avoir rien fait".


Il a remarqué que le procureur avait retenu cinq cas de jurisprudence à l'appui de son raisonnement, très éloignés d'un délit par abstention, notamment une affaire de tapage nocturne imputée au tenancier d'un débit de boisson.


Sur le fond, l'avocat a estimé que si le fait de ne pas dénoncer l'existence des faux listings en juillet 2004 devait être reproché à Dominique de Villepin, on pouvait aussi le reprocher à Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, qui avait les mêmes informations que lui en juillet 2004. Nicolas Sarkozy lui-même, à l'époque ministre de l'Economie, pourrait aussi se le voir reprocher, puisqu'il était bien placé pour savoir que les listings étaient faux, a dit Me Metzner.

"Si quelqu'un savait la vérité, savait qu'il n'avait pas de compte à l'étranger, c'est bien Nicolas Sarkozy", a-t-il ajouté.


Nicolas Sarkozy a été informé de l'affaire à ce moment, voire avant, mais il n'a porté plainte qu'en 2006.


Me Olivier Metzner a aussi vivement répliqué à l'avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog, jetant en sa direction un livre de l'ancien conseiller de Jacques Chirac, Jérôme Monod, où il disait avoir puisé lundi, pour sa plaidoirie en partie civile, une citation défavorable à Dominique de Villepin.


La citation ne s'y trouve pas, a dit Me Metzner, mais Jérôme Monod a en revanche déclaré ailleurs à propos de Nicolas Sarkozy: "Cet homme est capable de tout", a-t-il souligné.


Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des droits de l'homme, également recruté avant le procès par Dominique de Villepin, devait conclure les plaidoiries dans la soirée.


La défense de Jean-Louis Gergorin, Imad Lahoud et du journaliste Denis Robert doit plaider jeudi et vendredi. Le jugement sera mis en délibéré, sans doute jusqu'à début 2010.

Source: Reuters

Publié dans Clearstream

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