Dominique de Villepin éclipse Martine Aubry au Salon de l'Agriculture

Publié le par P.A.

L’ancien premier ministre laboure l’électorat agricole et savoure sa popularité.

© epa | Dominique de Villepin.


Martine Aubry n’aurait jamais dû rendre visite au Salon de l’Agriculture à Paris en même temps que Dominique de Villepin, mercredi matin.

Alors qu’une nuée de porteurs de micros et de caméra la suivait comme un troupeau de moutons fébriles, dès la venue de l’ancien chef du gouvernement à ce grand rendez-vous annuel de la paysannerie française, la foule a laissé la première secrétaire du Parti socialiste pour foncer sur l’homme que Sarkozy voulait pendre à un croc de boucher.


Juste avant que Dominique de Villepin ne foule le tapis rouge à l’entrée du Salon de la Porte de Versailles, les propriétaires de «Berlioz» ont placé ce monumental taureau charolais de 1500 kilos bien en vue, afin qu’il soit le premier bovidé à être flatté par «Monsieur de Villepin». La ruralité n’est pas ennemie des particules...


Le brushing de «Berlioz»


«Berlioz» subit des soins esthétiques comme un mannequin avant un défilé de mode. Il a même droit à un brushing pour bien faire ressortir ses bouclettes. «Tiens, j’aimerais bien être bichonnée comme ça, moi» s’exclame une dame à son mari qui sourit jaune et regarde ailleurs.
L’ancien bras droit de Jacques Chirac — un expert insurpassable en matière de croupes bovines — ne manque pas de complimenter «Berlioz». Ses éleveurs sont émus aux larmes et rayonnent de fierté.


Costume fripé juste ce qu’il faut!


A la différence du président Sarkozy — il se rendra samedi au Salon de l’Agriculture — qui semble prendre les ruminants pour des extraterrestres, les hommes de la terre pour une peuplade aux mœurs étranges et le vin rouge pour un jus de raisin acide, Dominique de Villepin se montre jovial et tout à fait à son aise avec les paysans. Il ne cache pas son allure aristocratique — les agriculteurs lui en savent gré — sans en rajouter. Le costume est élégant, certes, mais fripé juste ce qu’il faut. Un «Monsieur». Mais un «Monsieur» sympa. Et qui savoure sa popularité.


Avant de venir, Dominique de Villepin a bûché ses dossiers agricoles et tient un discours particulier pour chaque filière. La crise terrible que traverse la France terrienne — avec l’écroulement des prix à la production et la cessation d’activité d’un nombre croissant d’exploitations — ne le laisse pas sans voix et proclame comme s'il était encore — ou déjà! — aux affaires: «Il faut convoquer tout de suite un conseil européen extraordinaire pour poser sur la table tous les problèmes agricoles».


Nous avons pu lui poser une question sur les OGM, puisque Bruxelles vient d’autoriser la pomme de terre transgénique Amflora. Sa réponse tombe aussitôt:


«Il faut protéger le consommateur, c’est évident. Mais nous devons continuer à faire des essais dans ce domaine. Arrêter les recherches sur les OGM serait une erreur».


Pendant cette journée passée parmi les agriculteurs qui expriment leur angoisse, Dominique de Villepin confirme qu’il est bien entré en campagne pour la présidentielle de 2012. Avec méthode, il laboure son électorat en vue de prochaines semailles.

Source: Jean-Noël CUÉNOD Correspondant permanent à Paris | www.tdg.ch

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