Dominique de Villepin au Midi Libre: "Pagaille, chienlit et blocage au sommet de l’État"

Publié le par P.A.

Dominique de Villepin est en déplacement, ce vendredi, à Montpellier. A cette occasion, l’ancien Premier ministre se confie à Midi Libre.

Il se montre très critique sur la politique actuelle du gouvernement et du chef de l’État. Dominique de Villepin évoque sans ambages ses résolutions. Rien ne le détournera de sa mission : rassembler les Français et proposer une alternative, le moment venu. Sans langue de bois, avec force et éloquence, le concurrent de Nicolas Sarkozy fait le tour des questions brûlantes de l’actualité. Politique gouvernementale, étrangère et en Languedoc-Roussillon. Villepin aborde tous ces sujets.

Comment jugez-vous l’action du gouvernement et celle du président Sarkozy ?

Deux choses me frappent. D’abord, le décalage entre promesse et réalité. Soyons juste, entre temps, la crise est passée par là. Mais justement, le gouvernement n’a pas su adapter sa politique à cette nouvelle réalité économique et sociale. Nous aurions dû faire preuve de plus de réalisme. Le président a continué à appliquer son programme de 2007. Bon nombre de mesures sont, du coup, hors de propos avec un pays confronté au chômage, à l’injustice sociale. Par ailleurs, nous constatons la même incapacité à trouver le bon équilibre entre la nécessaire lutte contre les déficits et la défense de la croissance. Résultat : nous sacrifions celle-ci au profit d’une lutte confuse, iconoclaste, contre les déficits. L’incapacité à tenir les promesses se double d’un manque de vision sur l’avenir du pays. La lutte des déficits doit s’entreprendre sur une période beaucoup plus longue, une dizaine d’années au minimum. Surtout si l’on veut maintenir et défendre la croissance. Je ne crois pas que l’objectif du gouvernement de revenir à l’équilibre avant 2013 soit réaliste. Nous n’y arriverons pas. Par contre, en coupant avec le rabot, en supprimant des postes dans la fonction publique de façon aveugle, nous désorganisons le fonctionnement de l’État. Enfin, le déséquilibre institutionnel que nous connaissons depuis trois ans, contribue à démobiliser notre pays. L’hyperprésident qui concentre tous les pouvoirs, un Premier ministre effacé et un gouvernement peu concerné créent une très forte démobilisation. Comment voulez-vous que notre pays soit efficace ?

Le climat politique en France n’est pas très serein ?

C’est une confusion extrême. Une pagaille, une chienlit avec un blocage au sommet de l’Etat. Une situation que nous avons rarement connue dans notre histoire, sous la Ve République.

Le bal des ego à droite ?

L’annonce par le Président d’un remaniement a créé une situation de tension politique. Et donc d’irresponsabilité. Chacun joue sa carte personnelle, essaye de sauver sa tête. Chacun, du coup, se sent libéré de la solidarité gouvernementale. On voit donc, la politique se débrider. C’est malheureux, car on s’éloigne encore un peu plus du service des Français. Cette situation de vide est très néfaste à l’action gouvernementale. Tout cela dans un moment difficile pour notre pays, c’est vraiment surréaliste.

Et, a contrario, l’armistice à gauche ?

Nous sommes dans une situation d’apesanteur politique. A droite, le sentiment de rivalités et de passion. A gauche, c’est pareil. Ils attendent de connaître le candidat. Dans ce contexte, l’exigence du projet, des valeurs, des propositions reviennent au premier plan. Il faut laisser les ambitions personnelles de côté.

Pourquoi estimez-vous les valeurs de notre pays malmenées ?

Nous avons passé un été très douloureux. Très difficile sur ce plan. Le discours de Grenoble a marqué une étape cruciale. Nos principes républicains malmenés sont autant de repères, d’éléments, qui créent le consensus français. Notre volonté de vivre ensemble. Si nous nous divisons sur ces principes, nous perdons ce qui fait l’esprit même de notre nation. Dès lors, défendons nos valeurs républicaines, évitons de rentrer dans des polémiques stériles qui ouvrent, comme le lien que l’on veut créer entre délinquance et immigration, autant de boîtes de Pandore.

L’image de la France en a pâti ?

L’image de la France a été brouillée. Elle a été salie par des déclarations intempestives. J’ai même parlé de tache de honte sur notre drapeau, au cours de l’été après le discours de Grenoble. Certaines déclarations n’étaient pas conformes à l’esprit de notre pays. Je pense à la distinction entre les citoyens français et d’origine étrangère. La République, ce n’est pas cela. L’exigence républicaine, c’est l’égalité de ses citoyens devant la loi. On ne distingue pas en France, selon l’origine, la race ou la religion. Il faut rester fidèle à cette exigence. Il en est de même lorsque nous nous engageons de façon très médiatique, démonstrative, active dans une politique d’exclusion des Roms. Alors que nous nous privons de faire ce qui aurait dû être réalisé depuis le début : la concertation avec les Roumains, Bulgares ou Hongrois. Nous ne prenons pas l’attache de l’UE et n’utilisons pas ses moyens financiers pour définir une vraie politique européenne, en la matière. La condamnation de la France au plan international ? Autant de regards portés sur notre pays dont nous ne pouvons être fiers.

Source: Midi Libre (propos recueillis par François Martin)

Publié dans Interview

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