D. de Villepin : « Un président doit garder de la hauteur »

Publié le par P.A.

 

Sévère sur la politique menée et l'abaissement de la fonction présidentielle, l'ancien Premier ministre, dans cet entretien, effectue un pas de plus vers une candidature en 2012.

Entretien

 

Dominique de Villepin, 57 ans, ancien ministre des Affaires étrangères et de l'Intérieur dans les gouvernements Raffarin. Premier ministre sous Jacques Chirac. Président du mouvement République Solidaire.

Qu'est-ce qui ne va pas dans le sarkozysme ?

Personne ne saurait nier que nous faisons face à une crise sans précédent. Mais s'y ajoutent des incertitudes qui pourraient être écartées. Fallait-il annoncer, quatre mois à l'avance, un remaniement gouvernemental ? Fallait-il ne s'adresser qu'à son camp ou parler à tous les Français ? Je souhaite que la France puisse revenir à un équilibre et retrouver ses repères.

Un équilibre entre quoi et quoi ?

Le déséquilibre, au sein de l'exécutif, entre le Président et le Premier ministre, crée une confusion dommageable pour la direction de l'État. Un Premier ministre fort est seul capable de coordonner l'action de ses ministres. La personnalisation de l'action nous éloigne de nos principes fondamentaux. Tout pouvoir a besoin de contre-pouvoirs. Pour cela, nous avons besoin d'une justice indépendante, capable d'aller jusqu'au bout des affaires, ce qui suppose dans l'affaire Bettencourt la nomination d'un juge d'instruction, le dépaysement du dossier hors des Hauts-de-Seine, une commission d'enquête parlementaire. La liberté de la presse aussi doit pouvoir être garantie...

Équilibre des institutions. Et puis ?

Il y a une exigence de rassemblement. Or, dans une période d'efforts sans précédent, le rassemblement suppose la justice sociale. Une juste répartition de l'effort passe par la préservation des plus fragiles et la mobilisation des plus aisés à travers la création d'une nouvelle tranche de l'impôt sur le revenu, une suppression du bouclier fiscal. Des réformes sont nécessaires pour faire face au vieillissement de la France, sur les retraites comme sur la dépendance, car c'est un nouveau contrat social que nous avons à dessiner. Veillons à ce qu'il soit juste, lisible et durable. Je suis favorable à une réforme d'envergure avec un régime unique et une retraite à la carte.

L'intervention du président de la République vous a-t-elle rassuré ?

Il est allé au-delà de ce qui est la responsabilité normale d'un président de la République. Dans mon esprit, il est le garant de l'intérêt général, l'arbitre. Or, là, nous avons eu un président qui s'implique personnellement, au-delà du nécessaire. Est-ce à lui de blanchir un ministre ? Il doit garder une certaine hauteur. Ce qui serait rassurant pour les Français, serait de savoir que les principes sont respectés, que l'État est impartial.

Vous êtes dur vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Comment peut-on être à République Solidaire, votre parti, et rester à l'UMP ?

République Solidaire est un mouvement indépendant, ouvert à tous et soucieux de présenter une alternative politique dans l'impasse actuelle. Ce n'est pas être dur que de rappeler la nécessité de respecter les grands principes. Nous avons à conjuguer une politique de croissance et une politique de réduction des déficits. Il faut le faire avec soin. Est-ce que c'est le moment de limiter la dépense écologique, au risque de tuer dans l'oeuf la croissance verte ? Est-ce que c'est une bonne chose de s'en prendre aux familles les moins aisées et aux classes moyennes, sur le logement étudiant par exemple ?

Beaucoup de Français pensent que vous réglez un compte avec Nicolas Sarkozy...

L'enjeu est politique et non personnel. J'ai tourné la page en ce qui me concerne.

Irez-vous jusqu'à une candidature en 2012, ou seriez-vous prêt à travailler avec Nicolas Sarkozy si les circonstances l'imposaient ?

Je veux apporter, à la place qui est la mienne, ma contribution au service des Français en allant à leur rencontre et en faisant des propositions. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre les deux prochaines années. La France joue sa place dans le monde et en Europe.

Au-delà des clivages, il y a des hommes et des femmes avec qui vous seriez prêt à travailler ?

Nous avons besoin de définir un consensus minimum, y compris avec la gauche, pour avancer. Je ne peux pas me satisfaire d'une majorité qui aurait pour toute politique de ne pas changer de politique, ni d'une opposition qui a pour tout projet de s'opposer. République Solidaire veut trouver la voie d'un consensus indispensable pour accomplir l'effort national à faire au cours des dix prochaines années.

Donc, votre échéance, c'est forcément 2012...

En 2012, il faudra tirer les conséquences de ce qui aura été fait et redonner espoir à la France.

  
Source: Ouest France Recueilli par Michel URVOY.

Publié dans Interview

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