Clearstream : le parquet charge Jean-Louis Gergorin

Publié le par P.A.

L'un des deux avocats généraux au procès en appel de l'affaire Clearstream a estimé lundi 23 mai dans son réquisitoire que la dénonciation calomnieuse était "à l'instigation de Jean-Louis Gergorin seul", aidé par le mathématicien Imad Lahoud, petite main efficace.

"Malgré quatre ans d'instruction, a averti Dominique Gaillardot, je ne suis pas sûr que nous aurons des réponses à toutes nos questions, notamment la première : pourquoi cette manipulation, dans quel but, au profit de qui ?".

"Déstabiliser tous ceux qui ne partageaient pas sa vision de l'avenir du groupe"

Le dossier Clearstream est une vaste affaire de dénonciation calomnieuse au cours de laquelle des noms, dont celui de Nicolas Sarkozy, ont été ajoutés sur des "listings" bancaires afin de faire croire qu'ils trempaient dans de sombres affaires de corruption.

"Il y a cependant des éléments tangibles, des évidences, a-t-il poursuivi : oui, il y a bien eu une dénonciation et cette manipulation est à l'instigation de Jean-Louis Gergorin et de Jean-Louis Gergorin seul".

Selon l'avocat général, l'ancien vice-président d'EADS a tenté de "déstabiliser tous ceux qui ne partageaient pas sa vision de l'avenir du groupe". Cette dénonciation calomnieuse, visant plusieurs de ses ennemis au sein d'EADS, était "une manière à garantir sa capacité d'influence et tout simplement sa place au sein du groupe".

"Une volonté de nuisance hors du commun"

"Non seulement, Jean-Louis Gergorin est de mauvaise foi, mais plus prosaïquement, sans Gergorin, il n'y aurait pas d'affaire Clearstream", a estimé le représentant du ministère public, pour qui "sans Gergorin, il n'y a pas de Lahoud". "Le couple improbable Lahoud-Gergorin, c'est la rencontre de deux intelligences, l'une scientifique et l'autre stratégique, mais de deux intelligences perturbées".

Selon lui, "les 'listings' sont bien la résultante des obsessions de l'un et des manipulations de l'autre". "C'est une chose d'avoir une obsession, c'est autre chose que d'y croire contre toutes les évidences", a déploré Dominique Gaillardot, stigmatisant "une mauvaise foi" et "une volonté de nuisance hors du commun".

Croire qu'il s'est laissé manipuler par Lahoud, "ce serait faire offense à son intelligence", a brocardé l'avocat général, avant de conclure : "Ne vous laissez pas abuser par la fable du corbeau qui veut se faire passer pour un pigeon".

"Rivalité industrielle"

Mais cette responsabilité ne gomme pas pour autant celle de Lahoud, a-t-il dit. Selon lui, "indéniablement, Lahoud est un menteur, un affabulateur, un manipulateur". "Nous avons affaire à un escroc, un vrai", a-t-il affirmé. "Ne vous laissez pas abuser par sa position d'aujourd'hui, celle d'un modeste professeur de mathématiques", a-t-il encore mis en garde. Car "il est un rouage essentiel de cette manipulation. Sans lui, les fichiers n'auraient pas été récupérés, transformés ni transmis."

Selon l'avocat général, la piste de la vengeance politique, privilégiée en première instance par Nicolas Sarkozy, dont le nom figurait sur les "listings" Clearstream, ne peut être à l'origine de la manipulation. La manipulation aurait trouvé son origine dans "une rivalité industrielle", puis, "dans un second temps", elle aurait eu des conséquences politiques.

A 17h25, l'avocat général, qui se charge du cas Villepin, a pris la relève. Il devrait à l'issue de son réquisitoire annoncer le quantum des peines demandées. En première instance, le parquet avait requis 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre Villepin.

"Complicité par abstention"

Parallèlement, il avait requis deux ans de prison, dont 18 mois ferme, à l'encontre d'Imad Lahoud et trois ans de prison, dont 18 mois ferme, à l'encontre de Jean-Louis Gergorin, ainsi que 45.000 euros d'amende à l'encontre des deux hommes.

Le 28 janvier 2010, Dominique de Villepin a été relaxé, tandis que Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud ont été condamnés à respectivement 15 et 18 mois de prison ferme, assortis d'une amende de 40.000 euros.

Mais pour le parquet général, Dominique de Villepin était au courant de la fausseté des listings dès juillet 2004 et aurait donc pu mettre fin à la calomnie. Le ministère public, qui a fait appel de la relaxe de l'ancien Premier ministre, estime qu'il doit être condamné pour "complicité par abstention". Mais si la "complicité de dénonciation calomnieuse" existe bel et bien dans le code pénal, la "complicité par abstention" n'est qu'un concept juridique que la cour d'appel a toute liberté de suivre ou non.

"Une stratégie de dissimulation"

L'avocat général Jean-Louis Perol a maintenu que l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin s'était rendu coupable de "complicité par abstention" dans l'affaire Clearstream, en d'autres termes qu'il aurait dû stopper l'instigateur de la calomnie, Jean-Louis Gergorin. Il y avait "une convergence d'intérêts entre Dominique de Villepin et Jean-Louis Gergorin, l'un au sein d'EADS, l'autre au sein de l'UMP", a affirmé l'avocat général.

Le premier cherchait à écarter Nicolas Sarkozy de la route de l'Elysée, tandis que l'ancien vice-président d'EADS tentait de faire de même avec ses rivaux au sein du groupe aéronautique. Pour le ministère public, Dominique de Villepin, qui avait été relaxé en première instance, a "adhéré au dessein délictuel de Jean-Louis Gergorin".

Selon lui, en janvier 2004, lors d'une réunion avec Jean-Louis Gergorin et le général Philippe Rondot au Quai d'Orsay, le Premier ministre "acquiert la connaissance des listings", sur lesquels ont été ajoutés des noms, dont celui de Nicolas Sarkozy, que l'on cherche à discréditer. Le 2 mars 2004, a-t-il poursuivi, "M. de Villepin acquiert la connaissance de la source", Imad Lahoud, et "apprend qu'elle est en délicatesse avec la justice puisqu'elle est en garde à vue".

Enfin, en juillet 2004, "il acquiert la connaissance de la fausseté des listings, c'est-à-dire du caractère calomnieux de la dénonciation et pourtant s'abstient d'intervenir auprès de Jean-Louis Gergorin" et "au contraire, s'engage dans une stratégie de dissimulation".

Un verdict attendu en septembre ou octobre

Mercredi matin, ce seront les avocats de Dominique de Villepin, Mes Olivier Metzner, Luc Brossollet et Olivier D'Antin, qui prendront la relève et tenteront de gagner la cour à leur cause. Selon eux, Dominique de Villepin n'était pas au courant de la falsification des listings, et même si c'était le cas, leur client ne peut être condamné pour n'avoir "pas fait" quelque chose.

Mercredi après-midi et jeudi après-midi viendra le tour des avocats de Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud.

Ils attendent le réquisitoire de lundi pour déterminer qui prendra la parole en premier. Lors des procès, il est d'usage que plaide en dernier celui contre lequel le ministère public a requis la plus forte peine. Jeudi soir, la cour d'appel, présidée par Christiane Beauquis, devrait annoncer la date à laquelle elle rendra sa décision, probablement aux mois de septembre ou octobre.

Source: Le Nouvel Observateur - AFP

Publié dans Clearstream

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