Visite de Dominique de Villepin à la Kennedy School of Government : introduction du professeur Hoffmann

Publié le par P.A.

C’est pour moi un très grand plaisir de présenter Monsieur de Villepin, et ce n’est pas là seulement une formule. J’ai rencontré quelques hommes d’Etat dans ma vie, et il n’en est pas un que j’estime plus que lui. Sa vie professionnelle inclut une carrière brillante de diplomate. Il a exercé ses compétences à des postes très intéressants, y compris plusieurs années à Washington dans les années 80, de 1984 à 1989. Il a été deuxième conseiller à l’Ambassade de France à New Delhi. Lui-même est né au Maroc et a passé une partie de sa jeunesse en Amérique latine, et il constitue un exemple formidable de quelqu’un qui est à la fois un patriote intense - on n’est pas Gaulliste pour rien - et un cosmopolite.

La seconde raison pour laquelle j’ai beaucoup d’affection pour lui - affection est le terme - est que si vous lisez ses discours, vous y trouverez les discours les plus éloquents et les plus émouvants sur les bienfaits de la diversité culturelle, sur la nécessité qu’ont les différentes cultures et continents de préserver leurs valeurs et leurs traditions, et sur l’obligation que les pays qui se considèrent plus avancés économiquement, plus anciens, ou autre, ont de non seulement respecter cette diversité, mais aussi d’apprendre à connaître les autres autant que possible afin d’éviter les humiliations, l’ignorance ou l’incompréhension de ce qui s’y passe. Ce n’est pas là une vertu qu’on retrouve tous les jours. Pas de commentaires. [rires]

La troisième raison pour laquelle je veux saluer la présence de M. de Villepin ici aujourd’hui tient au fait qu’au début de la désastreuse affaire d’Irak, il a prononcé un discours au Conseil de sécurité des Nations unies dont beaucoup d’entre nous se souviennent avec émotion. C’était un beau discours, et, de nombreuses façons, un discours prophétique. Mais c’était avant tout, je crois, une acte d’amitié envers les Etats-Unis, un acte que l’Administration de Washington a, dans sa stupidité, très mal interprété. Et permettez-moi de profiter de cette occasion pour rendre hommage à l’homme qui a dû traverser cette période sans jamais perdre son sang froid, l’Ambassadeur de France, Monsieur Jean-David Levitte, qui est parmi nous aujourd’hui [applaudissements], et qui a été le parfait diplomate. Et également - où est-il ? - le Consul général de France - oui, vous voilà - Monsieur François Gauthier. [applaudissements] Monsieur Gauthier n’est pas seulement Consul général, mais il est aussi maintenant un habitué de Harvard, puisqu’il a été Weatherhead Fellow pour quelques temps. Et je ne voulais pas oublier ceux deux hommes.

Mais c’est aujourd’hui l’après-midi de M. de Villepin. C’est un homme qui, comme vous le savez, n’est pas seulement un homme d’Etat, mais il est également - rien de très surprenant en France, mais chose plus rare aux Etats-Unis, ce qui n’est pas une critique - un intellectuel. [rires] En fait, l’une des choses auxquelles il est excelle est à écrire des livres. Et il a écrit des livres sur la poésie, sur l’état de la France, et sur l’histoire, y compris un livre sur Napoléon, ce qui permet maintenant à tous ceux qui n’ont pas lu le livre de l’appeler un bonapartiste. C’est ce qui arrive si vous écrivez. Il y a une expression en français qui dit "n’écrivez jamais" - "never write" - c’est le meilleur moyen de ne pas être mal compris.

C’est en tous les cas un très, très grand plaisir de l’accueillir ici à Harvard. L’amener ici est un objectif que certains d’entre nous ont eu depuis des années. Et je pense que, comme les étudiants le disaient en 1968, "ce n’est qu’un début" - "it’s only a beginning". Merci d’être venus si nombreux, et écoutons maintenant M. de Villepin.

Professeur Stanley Hoffmann

Publié dans 2007

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