Sur le seuil de Matignon, M. de Villepin cherche "un combat"

Publié le par P.A.

A six semaines de son départ de Matignon, c'est sa jeunesse qui lui revient en mémoire. "J'avais 20 ans, j'attendais, avec angoisse, mes résultats à Sciences Po. Mon père m'a dit : "Arrête de tourner en rond, de ressasser les mêmes questions. Va prendre l'air !" Il m'a payé un billet d'avion pour l'Asie, en pleine déroute de l'armée américaine. Je suis parti à Hongkong, au Laos, en Birmanie...", confie Dominique de Villepin au Monde.

Au lendemain de son ralliement à Nicolas Sarkozy, le premier ministre prend une nouvelle fois le large. Mercredi 14 mars, il s'envole vers les Etats-Unis. A New York, pour discuter avec le secrétaire général de l'ONU des affaires du monde. A Boston, pour discuter avec les étudiants d'Harvard de la nécessité d'une réconciliation entre une Amérique arrogante et hégémonique et une Europe lâche et politiquement indigente. Bref, le premier ministre donne le change : "Il faut aller de l'avant, avancer !"

Ces dernières semaines, certains proches le décrivaient comme déprimé. "Je ne me retrouve pas dans ces portraits établis à partir de moments difficiles." En fait, raconte un député proche de lui, "jusqu'au discours d'investiture de Nicolas Sarkozy, le 14 janvier, Dominique croyait qu'avec le départ de Chirac, il y avait une place pour lui dans la course présidentielle". "Mais le recentrage de Nicolas Sarkozy, son discours sur la France, son hommage à la politique étrangère de Jacques Chirac ont rendu sa candidature inutile et vouée à l'échec", ajoute-t-il.

Le premier ministre a alors traversé une phase de déprime. Ses collègues du gouvernement l'ont observé au cours de plusieurs conseils des ministres : ostensiblement penché sur les épreuves d'un livre qu'il envisage de publier - sur sa vision du monde -, M. de Villepin relisait, biffait, raturait, indifférent à la séance en cours.

"Une fois, Jacques Chirac lui a même fait passer un message lui demandant s'il souhaitait intervenir. Sans lever les yeux, M. de Villepin a fait "non" de la tête", raconte un ministre.

Ses intimes s'en sont inquiétés. "On a essayé de le remonter, on ne l'a pas lâché, parce qu'on avait vu que, physiquement, il n'allait pas très bien", décrypte le député de l'Hérault Jean-Pierre Grand.

Ce n'est qu'il y a trois semaines que le premier ministre a semblé reprendre le dessus. "Il a tourné la page", affirme un proche. "Et il est capable d'arrêter la politique pour de bon", s'alarme le député de la Drôme Hervé Mariton. Le ministre du budget, Jean-François Copé, n'est pas loin de penser la même chose : "Ce n'est pas sûr qu'il refasse de la politique."

Du coup, certains députés villepinistes se sentent abandonnés. "Un peu, oui, confie le député de l'Essonne Georges Tron. On s'était retrouvé dans ses convictions." "Sa voix ne peut pas s'éteindre... Il ne peut pas nous abandonner. On n'en a pas beaucoup des comme ça...", renchérit M. Grand.

Un poste dans une fondation, une grande entreprise, une association ? "Je ne le vois pas en train de vendre des avions ou des nougats", essaie de se convaincre M. Grand.

Pour le moment, M. de Villepin garde le secret. "Une mission, un combat ! J'aime ce qui est nouveau, inconnu. La culture ? l'art ? La paix ? La justice ? Le développement...", énumère le premier ministre. M. Tron lui a demandé de mettre les points sur les i : "On lui a dit : "ou tu vois encore les choses à long terme et, alors, ça se prépare. Ou c'est la fin, et tu nous le dis aussi !"" Mais, regrette-t-il, "il ne nous a jamais répondu !".

M. de Villepin s'étonne de ces propos rapportés : "J'aime me battre", prévient-il. "J'ai été ministre des affaires étrangères, ministre de l'intérieur, premier ministre, et j'irai vers ce qui sera le plus fort encore pour servir mon pays...", lâche-t-il. Et il poursuit dans son élan : "J'entends les gens qui me disent qu'il faut se préparer, qu'il y a des étapes à franchir, qu'il faut être député... ce n'est pas ça qui m'intéresse", tranche-t-il. "Le suffrage universel, quand même, ce n'est pas honteux !", lui a répondu le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, l'un des ministres qui l'ont entouré.

"A 42 ans, après avoir été directeur de cabinet d'Alain Juppé, j'étais séduit et tenté par le mandat de député. Mais, Jacques Chirac, en m'appelant à ses côtés à l'Elysée, en a décidé autrement", confie M. de Villepin. Aujourd'hui, résume-t-il, "je n'ai pas vocation à m'arrêter d'avoir un parcours singulier"...

Le premier ministre marque une pause, réfléchit, pour admettre : "Ce n'est pas facile en politique d'arriver à choisir rapidement la bonne direction, la bonne façon de parvenir à ses objectifs..."

Alors où sera Dominique de Villepin en juin 2007 ? "Villepin est instinctif. C'est son instinct qui lui dira quelle carte jouer en fonction des résultats de la présidentielle", affirme un proche.

"La présidentielle est compliquée, les législatives seront compliquées", pronostique le premier ministre. A Matignon, on estime que "tout va se jouer entre quatre candidats Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou, Jean-Marie Le Pen qui feront entre 17 % et 20% des voix chacun... et personne ne sait qui sortira du gobelet à dés". "La droite a une longueur d'avance dans cette élection, mais la montée de Bayrou illustre ce qu'on a toujours dit : aucune personne à droite ne peut couvrir tout le champ de la droite républicaine", analyse un conseiller du premier ministre. "En 1995, Chirac a gagné grâce à Balladur", illustre-t-il. Jean-Louis Borloo peut-il jouer ce rôle ? "Pour apporter quelque chose, il faut être candidat. Borloo, il n'apporte rien", tranche ce conseiller.

Source: Le Monde

Publié dans 2007

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