Villepin, larmes aux yeux : "Il me manque déjà..."

Publié le par P.A.

Dominique de Villepin a débarqué dans les studios d'Europe 1, lundi matin, superbe et bronzé, mais maintenant qu'il est au micro, voilà sa voix qui tremble. "C'est tout un pan de ma vie qui s'achève", a-t-il glissé en coulisse. C'est ce petit bout de chagrin personnel, cette marque de sentimentalisme chez un grand fauve du pouvoir qui frappe ceux qui l'entourent : le premier ministre a les larmes aux yeux.

Au micro de Jean-Pierre Elkabbach, le voici qui raconte en quelques phrases toutes ces années passées. La rencontre en 1980. La conquête du pouvoir. L'Elysée. Rien sur les coups, les rires, les haines. Il a rappelé qu'il avait rencontré Jacques Chirac pour la première fois alors qu'il était jeune diplomate."J'avais choisi de contribuer à la réflexion de Jacques Chirac. Je me suis retrouvé un jour propulsé dans son bureau en tête-à-tête", a raconté le Premier ministre."Je lui avais répondu de façon très, très peu diplomatique, comme je sais le faire parfois, c'est-à-dire de façon assez brutale", a-t-il poursuivi. "Jacques Chirac, à ma surprise, m'a dit : 'Merci, vous savez en politique, ce dont on a le plus besoin c'est de gens qui vous disent ce qu'ils pensent et qui vous le disent clairement.' Et il a ajouté : un jour Dominique de Villepin, nous travaillerons ensemble."Depuis quand sait-il que le vieux président ne sollicitera pas de nouveau mandat ? "Depuis toujours..., reconnaît-il. Je savais qu'il saurait passer le témoin, qu'il ne ferait pas le mandat de trop."

C'est sans doute ce passage de témoin qui est le plus douloureux. Depuis des semaines, le premier ministre ne cache plus à ses proches combien sa défaite politique face à Nicolas Sarkozy lui est douloureuse. "Il m'a logé une balle dans la tête", a-t-il lâché, il y a quelques jours devant un vieux chiraquien. Au micro, le premier ministre n'en laisse rien paraître. Avec discipline, il a décidé de se ranger derrière son rival, puisqu'il a lui-même abandonné tout espoir de le vaincre. Mais il y a autant de dégoût pour l'avenir politique que de nostalgie du passé, lorsqu'il lance à propos de Jacques Chirac : "Il me manque déjà, il me manque tous les jours (...) C'est un homme dont la chaleur, dont l'amitié sont très fortes"

"C'est un homme pragmatique, c'est un homme qui a toujours eu à coeur de tirer les leçons et en permanence de faire mieux. Une des caractéristiques de Jacques Chirac, c'est son humilité. ce n'est pas quelqu'un qui est vaniteux. C'est quelqu'un qui en permanence tire les leçons. Il le fait pour lui-même, il le fait pour la France", a déclaré le chef du gouvernement.

"C'est un homme que j'aime profondément, pour lequel j'ai beaucoup d'affection", a-t-il ajouté en disant avoir accueilli la décision de Jacques Chirac avec "beaucoup d'émotion".

"On peut dire à quelqu'un qu'on aime à 20 ans : je t'aime. Pour le dire à la fin d'une longue carrière d'homme politique qui a toujours choisi l'action, pour pouvoir le dire comme il l'a fait hier aux Français : 'je vous aime, France je vous aime', il faut beaucoup d'années, beaucoup de souffrances, beaucoup de sacrifices, beaucoup d'ascèse", a déclaré l'ancien ministre des Affaires étrangères.

Est-il le seul à qui Jacques Chirac va manquer? Ce sont maintenant ses deux prédécesseurs de droite à Matignon, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, qui sont au micro. Ceux-là ont connu un petit froid dans leurs relations avec le président, depuis qu'ils se sont ralliés à M. Sarkozy. Le livre de Jean-Pierre Raffarin a été jugé à l'Elysée beaucoup trop dithyrambique sur le ministre de l'Intérieur. De Juppé, les chiraquiens trouvent qu'il aurait pu "attendre" avant de se placer derrière le président de l'UMP. Bien sûr, ils ont aimé Chirac. Ils l'ont servi. Il a fait leur carrière. Bien sûr, au micro, ils en font presque trop à son endroit et Jean-Pierre Elkabbach doit rappeler que Jacques Chirac "n'est pas un saint", et qu'il "est encore en activité." Mais ils savent depuis longtemps que Chirac devra passer la main. Les vieux rois, eux, ont toujours du mal à s'imaginer un successeur. Chirac ne déroge sans doute pas à la règle. Lorsqu'il avait enregistré ses derniers entretiens avec M. Elkabbach, Mitterrand avait eu cette phrase qui signait autant ses regrets que l'impossibilité de s'imaginer une fin : "De toutes façons, toutes les symphonies sont inachevées..."

Source: Le Monde, article de Raphaëlle Bacqué et Reuters

Publié dans 2007

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