INTERVIEW Dominique de Villepin : « Nous approchons d'un moment solennel »

Publié le par P.A.

Le chef du gouvernement applaudit aux choix de sa « famille politique » et se rapproche du candidat Sarkozy. Il entend gouverner « jusqu'au bout » et s'engagera le moment venu.

Quel jugement portez-vous sur l’actuelle campagne électorale ?

Dominique de Villepin. Dans toute campagne, il y a deux temps. Il y a dabord la réponse légitime aux préoccupations quotidiennes des Français. Il y a ensuite la réponse aux grands enjeux nationaux comme la sécurité, le désendettement ou la croissance. Ils sont en train de venir sur la table. Car il ne faut pas sy tromper : une campagne présidentielle, cest loccasion de poser un certain nombre de questions fondamentales. Soit on choisit une société dans laquelle lEtat assume son rôle de protection, mais où on encourage aussi l'innovation, la création, linitiative. Cest le choix de ma famille politique, et je m'en réjouis. Soit on n'a en tête que le souci de la seule protection qui, à bien des égards, nous conduit tout droit à des réflexes de frilosité : alors nous ne disposerions pas des mêmes outils que nos concurrents dans la compétition européenne et mondiale. Ce serait, pour la France, une perte dinfluence et de résultats. Il y a donc un choix essentiel à faire en évitant de laisser croire quil y aurait des solutions miracles. Attention aux promesses parfaitement illusoires quon peut être tenté de faire—sur le papier, et sur le papier seulement — à la faveur dune campagne !

A vos yeux, c’est donc un choix de société que les Français vont faire ?

Oui. Cest un choix qui va nous engager tous dans la durée, et dont les conséquences pourraient être lourdes. Quelle place pour lEtat ? Quelle place pour lindividu ? Quelle place pour les entreprises ? Cest la vision que lon a de la société et la philosophie de chacun qui sont en jeu.

Jacques Chirac va officialiser dimanche soir sa décision de ne pas être candidat a un nouveau mandat…

Il ne mappartient pas comme chef du gouvernement de commenter ce qui pourrait être la décision du président de la République, quelle quelle soit. Ce que je sais, cest que le président a toujours placé au-dessus de tout, la défense de lintérêt national. Nous approchons dun moment solennel. La décision quil prendra sera la bonne. En attendant, ce qui me paraît important, cest de bien mesurer comment, au fil des années, grâce à Jacques Chirac, nous avons franchi et dépassé les caps dans un contexte international très difficile. Cela a demandé et demande beaucoup de persévérance. Aujourdhui, notre pays est dans laction, il a de lambition, il marque des points. Il faut non seulement préserver cela, mais lamplifier. Cest comme cela que nous pourrons regarder lavenir avec confiance. Nous avons obtenu des résultats sur le chômage, sur la croissance, sur le désendettement. Mais pas question de considérer que nous avons désormais toutes les marges de manœuvre possibles. Au contraire. Toute action politique doit s'inscrire dans la durée.

Vous engagerez-vous en faveur de Nicolas Sarkozy ?

Jassumerai, bien sûr, toutes mes responsabilités. Jentends à la fois défendre mes idéaux au service de mes convictions et  de ma famille politique. Et en même temps, comme je my suis engagé, je veux gouverner jusquau dernier jour : voyez Airbus, la crise iranienne, la situation en Côte dIvoire. Ce qui me guide en permanence, cest la défense de notre pays et de lintérêt général.

Il est donc exclu que vous vous retiriez sur l’Aventin, pour suivre les événements a distance ?

Personne nimagine que je sois homme à me retirer sur un quelconque Aventin.

N’est-il pas difficile pour vous de n’être pas vous-même dans le combat ? Quel est votre état d’esprit ?

Je suis extrêmement serein. Quand vous êtes fidèle aux choix que vous avez faits, quand vous êtes dans laction, quand vous vous sentez en accord avec vos principes, il ny a aucune sorte de regret possible. Simplement, ce qui fausse les choses, cest le regard quon porte sur la fonction de Premier ministre au vu dexpériences antérieures. Certains de mes prédécesseurs ont été, en effet, candidats à la fonction présidentielle. Mais je suis bien placé pour vous dire que ce nest pas la vocation naturelle de ce poste. Et actuellement moins que jamais. Et cela, je le savais depuis le premier jour.

Dans le passe, vous n’étiez pas aussi proche de Sarkozy !

Le choix que nous avons fait, cétait un numéro un et un numéro deux qui avancent ensemble pour apporter des solutions aux Français. On imagine dans quelles complications nous aurions été si dautres ambitions sétaient fait jour. Moi, je nai pas oublié ce qui sest passé entre 1993 et 1995, et à quel point ma famille politique a été éprouvée par les divisions de lépoque. Je nai jamais imaginé que nous puissions revivre un tel scénario. Chacun est dans son rôle, chacun est dans sa mission. Ce qui mimporte, moi, cest de bien faire ce que jai à faire. Vous savez, dans la France daujourdhui, personne ne peut prétendre faire les choses seul. Et le mélange des genres conduit à des situations à hauts risques.

Avez-vous de la considération pour le candidat Bayrou ?

Le respect est une exigence fondamentale de la vie politique. François Bayrou a fait, depuis plusieurs années, un choix qui est le sien : il la amené notamment à voter la censure contre mon gouvernement. Dans cette campagne, il y a un candidat — celui qui est issu de ma famille politique—qui est en permanence soucieux de la réalité des choses et qui défend une vision pragmatique. Et puis, il y a dautres candidats qui sont peut-être moins tenus par cette réalité-là. Or ma conviction, quand on veut transformer les choses, cest quil ne faut perdre de vue ni la réalité ni lexigence de résultats.

Décidément, vos relations avec Nicolas Sarkozy se sont améliorées…

Nous avons fait un choix, il y a deux ans, qui était de participer au même gouvernement et dessayer davoir les meilleurs résultats possibles. Noublions pas le contexte de lépoque : ma famille politique avait perdu les élections régionales, le non lavait emporté au référendum européen. La situation était extrêmement difficile. Le fait que notre famille politique puisse aujourdhui envisager de gagner les élections montre bien le chemin parcouru. Comme le fait que chacun ait à cœur de jouer le rôle qui est le sien au service de nos idéaux communs. Dans un monde difficile, plus vous avez dexpérience, plus vous êtes capable—avec humilité—de progresser et de vous poser des questions. Car la caractéristique de notre famille politique, cest aussi dessayer de garder toujours, dans la réflexion, un temps davance.

Apres Matignon, serez-vous candidat aux législatives ?

Je resterai naturellement engagé au service des Français. Mais il y a bien des façons différentes de le faire.

On parle volontiers d’une « malédiction de Matignon » !

Je ny crois absolument pas. Lidée souvent répandue, cest quon y termine sa mission en lambeaux. Jentends bien fournir la preuve que ce nest pas le cas. Et cest possible à la condition de savoir qui on est, de ne jamais perdre de vue sa mission et de ne pas sabandonner aux jeux des pensées et des arrière-pensées. Matignon, pour servir une ambition personnelle ou comme un tremplin pour aller ailleurs, cest une erreur. Il faut aller à Matignon pour la seule ambition de servir les Français.

La polémique sur la véracité des chiffres du chômage se poursuit…

Je trouve cette polémique indigne et inacceptable. Je ne vois pas en quoi les outils de mesure du chômage — fournis en toute indépendance par lANPE et lInsee depuis une vingtaine dannées — seraient plus contestables aujourdhui quhier. La baisse des demandeurs demploi est une réalité : ce nest pas parce quon est en période électorale quil faut que lenjeu statistique devienne un enjeu politicien. La vérité, cest que le nombre des créations demplois a considérablement augmenté (250 000 postes supplémentaires en 2006) et que, dans le même temps, 390 000 demandeurs sont sortis du chômage depuis 2005. Dans le même temps, le taux de chômage au sens du BIT est passé de 10,2 % à 8,6%aujourdhui, et nous passerons sous la barre des 8 % courant 2007. Voilà la vérité !

Que répondez-vous a l’inquiétude massive des personnels d’Airbus ?

Je comprends leur inquiétude, dautant plus que je sais combien les salariés dAirbus sont attachés à leur entreprise. Il faut quils sachent que nous allons accompagner notre industrie aéronautique comme dautres pays lont fait. LEtat va débloquer 100 millions deuros pour aider la filière composite, Louis Gallois sest engagé à ce quil ny ait aucun licenciement sec, les sites seront préservés, les sous-traitants seront aidés et enfin lEtat actionnaire est prêt à participer à une recapitalisation de lentreprise. Ma conviction est que, sur un tel sujet, nous devons dépasser les clivages partisans. Chacun doit être dans son rôle et à sa place pour que nous soyons tous ensembles efficaces.

Y a-t-il des solutions de droite ou de gauche pour sauver Airbus ?

Il doit y avoir une solution nationale. Ce qui compte, cest de voir ce qui peut marcher. LEtat doit sengager efficacement et utilement. Je constate par ailleurs une évolution des uns et des autres, et le dégagement dun consensus sur les grandes lignes de ce que je propose. 

Source: Le Parisien-Aujourd'hui en France  

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Voilà un article dans Marianne qui exprime également mon point de vue . Une journaliste exprime qu'elle regrette l'effacement de Villepin : Je regrette l'éffacement de Villepin Villepin est tout entier dans le discours historique qu'il prononça devant le Cionseil de Sécurité de l'ONU pour mettre en garde contre la guerre d'Irak , celui que Nicolas Sarkozy dénonça devant un public américain en en stigmatisant : l'arrogance ...Inversement , c'est à l'idéologie sarkozyenne que Villepin s'opposa frontalement quand il affirma vouloir défendre : le modèle social français contre la soumission pure et simple à la vulgate néolibérale anglo-saxonne et refusa la rhétorique des > qui conseillent et entourent le patron de l'UMP . Sarkozy a vite compris que s'esquissait une alternative néogaulliste à son néobushisme . Alternative d'autant plus dangereuse que cette éventuelle concurrence , un temps populaire , ne manquait pas d'un certain panache . Et puis , mes consoeurs me comprendront , il a côté esthétique , une autre préstance , beaucoup plus glamour . D'où le désir de Sarko de damer le pion au beau Domino . Il n'hésita pas à instrumentaliser à son profit la crise du CPE , allant jusqu'à conseiller l'un des leaders étudiants de : tenir bon , tout en sapant systématiquement toutes les lignes de défense du gouvernement . Parallèlement , il transforma l'affaire Clarstream en une machine infernale déstinée à calciner son rival . Jamais au demeurant , le Président de l'UMP ne lui a reconnu la moindre réussite gouvernementale , bien qu'il fût le numéro deux de son gouvernement . Cette haine assassine était justifiée : Villepin aurait effectiveme<br /> Voilà un article dans Marianne qui exprime également mon point de vue . Une journaliste exprime qu'elle regrette l'effacement de Villepin : Je regrette l'éffacement de Villepin Villepin est tout entier dans le discours historique qu'il prononça devant le Cionseil de Sécurité de l'ONU pour mettre en garde contre la guerre d'Irak , celui que Nicolas Sarkozy dénonça devant un public américain en en stigmatisant : l'arrogance ...Inversement , c'est à l'idéologie sarkozyenne que Villepin s'opposa frontalement quand il affirma vouloir défendre : le modèle social français contre la soumission pure et simple à la vulgate néolibérale anglo-saxonne et refusa la rhétorique des > qui conseillent et entourent le patron de l'UMP . Sarkozy a vite compris que s'esquissait une alternative néogaulliste à son néobushisme . Alternative d'autant plus dangereuse que cette éventuelle concurrence , un temps populaire , ne manquait pas d'un certain panache . Et puis , mes consoeurs me comprendront , il a côté esthétique , une autre préstance , beaucoup plus glamour . D'où le désir de Sarko de damer le pion au beau Domino . Il n'hésita pas à instrumentaliser à son profit la crise du CPE , allant jusqu'à conseiller l'un des leaders étudiants de : tenir bon , tout en sapant systématiquement toutes les lignes de défense du gouvernement . Parallèlement , il transforma l'affaire Clarstream en une machine infernale déstinée à calciner son rival . Jamais au demeurant , le Président de l'UMP ne lui a reconnu la moindre réussite gouvernementale , bien qu'il fût le numéro deux de son gouvernement . Cette haine assassine était justifiée : Villepin aurait effectivement fait face à Sarkozy , un candidat dangereux , d'autant qu'il aurait de la sorte confronté le gaullisme à sa négation . Dangereux pour Sarkozy , mais beaucoup moins pour le pays . C'est pourquoi je regrette son éffacement forcé . Chirac a commise une énorme erreur en apportant son soutient à Sarkozy . Car à part ne pas avoir de cohérence avec ce qu'il a écrit , Sarkozy n'a pas changé et même en cas d'humiliation aux éléctions je n'écarte pas de sa part une nouvelle tentative de retour par la suite mais là je seraii là comme les Villepinistes pour lui barrer la route . Son manque de fair play et son arrogance lui reviendront un jour en pleine figure .<br /> nt fait face à Sarkozy , un candidat dangereux , d'autant qu'il aurait de la sorte confronté le gaullisme à sa négation . Dangereux pour Sarkozy , mais beaucoup moins pour le pays . C'est pourquoi je regrette son éffacement forcé . Chirac a commise une énorme erreur en apportant son soutient à Sarkozy . Car à part ne pas avoir de cohérence avec ce qu'il a écrit , Sarkozy n'a pas changé et même en cas d'humiliation aux éléctions je n'écarte pas de sa part une nouvelle tentative de retour par la suite mais là je seraii là comme les Villepinistes pour lui barrer la route . Son manque de fair play et son arrogance lui reviendront un jour en pleine figure .
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Voilà un article dans Marianne qui exprime également mon point de vue . Une journaliste exprime qu'elle regrette l'effacement de Villepin : Je regrette l'éffacement de Villepin Villepin est tout entier dans le discours historique qu'il prononça devant le Cionseil de Sécurité de l'ONU pour mettre en garde contre la guerre d'Irak , celui que Nicolas Sarkozy dénonça devant un public américain en en stigmatisant > ...Inversement , c'est à l'idéologie sarkozyenne que Villepin s'opposa frontalement quand il affirma vouloir défendre > contre la soumission pure et simple à la vulgate néolibérale anglo-saxonne et refusa la rhétorique des > qui conseillent et entourent le patron de l'UMP . Sarkozy a vite compris que s'esquissait une alternative néogaulliste à son néobushisme . Alternative d'autant plus dangereuse que cette éventuelle concurrence , un temps populaire , ne manquait pas d'un certain panache . Et puis , mes consoeurs me comprendront , il a côté esthétique , une autre préstance , beaucoup plus glamour . D'où le désir de Sarko de damer le pion au beau Domino . Il n'hésita pas à instrumentaliser à son profit la crise du CPE , allant jusqu'à conseiller l'un des leaders étudiants de > , tout en sapant systématiquement toutes les lignes de défense du gouvernement . Parallèlement , il transforma l'affaire Clarstream en une machine infernale déstinée à calciner son rival . Jamais au demeurant , le Président de l'UMP ne lui a reconnu la moindre réussite gouvernementale , bien qu'il fût le numéro deux de son gouvernement . Cette haine assassine était justifiée : Villepin aurait effectivement fait face à Sarkozy , un candidat dangereux , d'autant qu'il aurait de la sorte confronté le gaullisme à sa négation . Dangereux pour Sarkozy , mais beaucoup moins pour le pays . C'est pourquoi je regrette son éffacement forcé . Chirac a commise une énorme erreur en apportant son soutient à Sarkozy . Car à part ne pas avoir de cohérence avec ce qu'il a écrit , Sarkozy n'a pas changé et même en cas d'humiliation aux éléctions je n'écarte pas de sa part une nouvelle tentative de retour par la suite mais là je seraii là comme les Villepinistes pour lui barrer la route . Son manque de fair play et son arrogance lui reviendront un jour en pleine figure .
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