Interview avec Christophe Hondelatte sur RTL, dans l’émission "Les auditeurs ont la parole"

Publié le par P.A.

Christophe Hondelatte
Le Premier ministre est donc là, dans ce studio, Jean-Michel Aphatie est revenu avec lui, et vous allez répondre, Monsieur de Villepin, aux questions des auditeurs, des petites questions, des grandes questions, des vieux, des jeunes enfin bref, la France, la France réelle qui sont les auditeurs de notre radio. On va commencer par Guy, bonjour Guy !

Guy
Oui, bonjour Monsieur Hondelatte et merci à RTL d’avoir sélectionné ma question.

Christophe Hondelatte
Et vous pouvez vous adresser directement au Premier ministre.

Guy
Bonjour Monsieur de Villepin !

Dominique de Villepin
Bonjour Guy !

Guy
Monsieur de Villepin j’ai été fier, j’ai même été très fier d’être français, lorsque j’ai entendu votre discours à l’ONU. Ce discours s’opposait à la guerre en Irak, je me souviens du vieux pays, d’un vieux continent qui grâce à vous tenait la dragée haute aux va t’en guerre, depuis ce jour, on voit combien vous aviez raison. Alors Monsieur de Villepin, cela m’amène à vous poser cette question : allez-vous soutenir le candidat Nicolas Sarkozy, qui lors de son voyage aux USA a déclaré que la politique française sur l’Irak était arrogante vis à vis des Etats-Unis.

Christophe Hondelatte
Question pointue !

Dominique de Villepin
Non, non, Guy, Nicolas Sarkozy a eu l’occasion de préciser les choses depuis, de marquer clairement quelle était la position qui était la sienne vis à vis des Etats-Unis et vis à vis de la guerre en Irak. Donc je crois qu’il y a eu de ce point de vue, un infléchissement de cette position que j’ai salué. Vous me posez la question de mon attitude vis à vis de Nicolas Sarkozy. Vous savez, je suis à la tête d’un gouvernement nommé par Jacques Chirac qui doit s’exprimer dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Donc je suis naturellement tenu à un devoir de réserve, en attendant que le président de la République s’exprime. Mais je suis aussi soucieux que les idéaux, qui sont les miens, que la famille politique, qui est la mienne puisse l’emporter, parce que, je pense que notre pays a besoin de persévérance, de détermination. L’action qui a été engagée et c’est vrai en politique étrangère, c’est vrai en matière intérieure, doit s’inscrire dans la durée. Alors vous avez raison dans des familles politiques, il peut y avoir des sensibilités différentes, mais c’est ce qui fait la richesse d’une famille - et je crois qu’aujourd’hui nous nous retrouvons pour défendre cette idée d’une indépendance française. D’une voie de la France dans le monde qui est une voie originale. Je crois profondément à cette puissance singulière qui est la puissance française. Nous avons des devoirs vis à vis du reste du monde, la parole de la France, elle est attendue, elle est entendue en Irak - je crois que nous avons besoin de montrer notre différence, ne serait-ce que pour rappeler aux Américains, pour rappeler à ceux qui sont engagés là-bas, dans des conditions extrêmement difficiles qu’il y a une réalité qui est celle du respect de l’identité des peuples. Et je l’ai dit, il y a quelques semaines, il n’y a pas d’issue à la crise irakienne, si on n’est pas capable, la communauté internationale avec les Etats-Unis de fixer un calendrier clair. Si on ne fixe pas une date précise pour le départ de l’ensemble des troupes étrangères en Irak, il n’y aura pas de cercle vertueux, il n’y aura pas de retour à la normale possible. L’esprit de responsabilité, il commence avec un calendrier réaliste qui permet à chacun d’agir, à l’ensemble des irakiens, il faut que les irakiens se retrouvent dans un vrai consensus national qui fasse une place à chacun. Il faut que les pays de la région jouent tous dans le même sens, alors que l’on sait, qu’aujourd’hui certains d’entre eux vont dans des sens différents. Et il faut que la communauté internationale à travers une conférence pose les règles du chemin pour l’Irak et la région de la paix et de stabilité. Donc vous le voyez, toutes ces compétences, toutes ces sensibilités s’additionnent et je crois qu’aujourd’hui notre famille politique est soucieuse de défendre cette voie d’indépendance. Soucieuse de défendre cette voie d’exigence, oui, la France ne doit pas s’effacer, la France doit rester cette puissance singulière, cette conscience essentielle pour l’Europe et pour le monde.

Christophe Hondelatte
On va prendre Laetitia maintenant, 18 ans, de Montbéliard, vous êtes là ? Le Premier ministre vous écoute.

Laetitia
Oui, je suis là, bonjour Monsieur le Premier ministre,

Dominique de Villepin
Bonjour Laetitia,

Laetitia
En fait je voudrais juste vous dire rapidement que je vous admire pour votre courage politique, je vous aime beaucoup déjà, j’aurais aimé que vous vous présentiez, mais enfin, bon bref ! Donc en imaginant que Nicolas Sarkozy soit élu, je voulais savoir si vous attendiez, enfin si vous auriez une place dans son gouvernement ?

Dominique de Villepin _Ah non, dans son gouvernement, certainement pas, vous savez je crois qu’il ne faut pas revenir en arrière, il faut constamment avancer dans la vie et qu’il y a beaucoup d’autres façons que de servir ses idéaux, sa famille politique et donc je ne crois pas qu’il soit souhaitable que ceux qui se sont engagés à un moment donné continuent. Je ne crois pas vraiment que la politique soit la logique du tourniquet. Il faut savoir inventer, créer, il y a beaucoup de choses à faire dans notre pays, il y a beaucoup d’enthousiasme à développer, donc apporter mon soutien...

Christophe Hondelatte
Qu’est-ce que vous voudriez lui voir faire Laetitia ?

Laetitia
Je ne sais pas vraiment, mais c’est quelqu’un que j’aime bien.

Christophe Hondelatte
Quel portefeuille vous voudriez le voir tenir ?

Laetitia
Je ne sais pas, peut-être les Affaires étrangères non ?

Dominique de Villepin
Ecoutez, j’y suis très très sensible, mais je crois vraiment qu’il faut inventer de nouvelles choses, de nouvelles façons de servir. Parmi les gens que je respecte le plus aujourd’hui sur la planète, d’aucun ont imaginé des voies originales. Prenez quelqu’un comme Mohammed Younous, voilà quelqu’un qui dans la vie publique internationale a aujourd’hui une voie qui compte à travers ce qu’il a fait dans le micro crédit. Prenez quelqu’un comme Al GORE, regardez ce qu’il a fait en matière d’environnement pour éveiller les consciences ? Je crois qu’il y a beaucoup de choses différentes. Moi j’ai envie de m’engager dans des domaines très divers, au service de la paix, de la justice, au service de la culture. Je crois que notre monde a besoin d’idée, d’imagination et il y a plusieurs façons de servir la planète et la France.

Christophe Hondelatte
Marc bonjour, vous êtes publicitaire, vous habitez les Charentes Maritimes et le Premier ministre est tout ouï.

Marc
Oui, bonjour Monsieur le Premier ministre, ma question est très simple, je voulais simplement vous demander, pourquoi vous ne vous êtes pas présenté à l’élection présidentielle, on a l’impression que vous vous êtes laissé prendre un petit peu de court par Monsieur Sarkozy qui a verrouillé à la fois l’Intérieur et l’UMP ?

Dominique de Villepin
Je ne crois pas du tout que les choses se soient passées comme ça. Quand le président de la République m’a demandé d’être Premier ministre en juin 2005 - il faut se rappeler la situation dans laquelle nous étions. Jean-Pierre Raffarin avait engagé des réformes courageuses, mais des réformes aussi difficiles et nous sortions d’une séquence électorale qui avait été extrêmement douloureuse pour notre majorité. Rappelez-vous les élections régionales, perdues, rappelez-vous le référendum européen perdu, personne à l’époque ne pouvait imaginer que notre famille politique pouvait envisager, ne serait-ce qu’envisager de gagner les élections présidentielles et les élections législatives. Eh bien à force de détermination, à force d’action, à force d’initiative, nous avons réussi à redresser les choses. Nous avons marqué des points dans la lutte contre le chômage, fortifier la croissance, même s’il faut faire davantage, engager une action résolue contre l’endettement.

Christophe Hondelatte
Mais tout ça n’explique pas que vous soyez candidat ?

Dominique de Villepin
Eh bien j’ai choisi une mission, vous savez, en politique, c’est vrai que mon parcours est singulier. C’est vrai que je suis rentré en politique à travers le service de l’Etat et la mission que j’ai acceptée, eh bien j’ai voulu la mener jusqu’à son terme - et je ne crois pas que la politique ce soit de se répartir les postes, que ce soit, en permanence de durer. Je crois que la politique c’est de remplir des missions. Le président de la République m’a confié une mission, je serai fidèle à cette mission jusqu’au bout. Je crois que cette campagne, si elle se déroule aujourd’hui avec sérénité, c’est beaucoup parce qu’il y a un gouvernement qui travaille. Il y a un gouvernement qui est à la tâche, qui le sera jusqu’au dernier jour. Dans deux semaines, je dirigerai une conférence sur la croissance, pour voir, comment nous pouvons passer de 2 % à 3%. Nous avons fait une conférence sur le désendettement pour maintenir le cap et l’exigence française. Nous continuons à nous battre sur l’emploi, nous apportons des problèmes (sic) aux sans abris du Canal Saint-Martin. Je crois que tout cela n’est possible qu’avec un gouvernement qui travaille, je crois qu’aussi en démocratie...

Christophe Hondelatte
Et qui n’est pas en campagne quoi.

Dominique de Villepin
Je crois aussi qu’en démocratie, il faut donner l’exemple, or ce gouvernement, eh bien oui, il veut donner l’exemple de l’action, de la résolution et de la détermination.

Christophe Hondelatte Régis bonjour, de Lyon, le Premier ministre vous écoute.

Régis
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

Dominique de Villepin
Bonjour Régis.

Régis
Vous dites que vous êtes un démocrate, en respectant profondément les Français, ce que, à titre personnel, je crois. Mais pourquoi à titre personnel, vous avez toujours refusé de vous soumettre au verdict du suffrage universel ? Vous n’avez jamais été élu n’est-ce pas, pourquoi ? Est cela votre conception du service de la France ?

Christophe Hondelatte
Et puis vous nous avez dit tout à l’heure, que nous ne chercherez pas à être député de l’Eure, ni d’ailleurs..

Dominique de Villepin
Alors c’est une très bonne question, ce n’est pas forcément facile d’expliquer pourquoi ? D’autant que j’ai beaucoup de respect bien sûr pour tous ceux qui briguent le suffrage universel et dans d’autres circonstances, si ma vie avait été différente - eh bien j’aurais certainement souhaité me soumettre au suffrage universel. Il se trouve que le choix que j’ai fait est celui de servir l’Etat, j’ai commencé ma carrière comme diplomate. On ne peut pas passer six ans de sa vie aux Etats-Unis, trois ans de sa vie en Inde, consacrer ses journées, ses nuits et ses week-end à la gestion des crises quand j’étais directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Servir sept ans à l’Elysée comme secrétaire général, et briller le suffrage. Vous savez, moi j’aime le travail bien fait et j’ai toujours été jusqu’au bout des missions qui me sont confiées. Je suis un homme de mission ! Alors une carrière politique, cela a ses logiques, cela a ses exigences, c’est une chose que de répondre au quotidien aux exigences des concitoyens - c’est autre chose que d’assumer le destin de la Nation, en France, en Europe et dans le monde, donc c’est le choix de ma vie.

Christophe Hondelatte
Est-ce que vous diriez aujourd’hui que cela vous fiche un peu la trouille ?

Dominique de Villepin
Pas du tout, au contraire, vous savez, je pense que c’est justement ce qui...

Christophe Hondelatte
Parce que quand on a commencé à 25 ans, on a l’habitude de prendre des raclées et puis de gagner des...

Dominique de Villepin
Non, parce que moi, j’aime ce qui est différent, j’aime ce qui est difficile et chacun sait que briguer le suffrage universel, c’est difficile. J’aime me remettre en question, cela demande beaucoup d’humilité d’aller briguer le suffrage - c’est tout simplement que ma vie s’est ainsi faite, que les choses se sont précipitées. Vous savez ce n’est pas évident en cinq ans d’avoir enchaîné le poste de ministre des Affaires étrangères, de ministre de l’Intérieur et de Premier ministre. Mais c’est l’esprit mission qui a été le mien, ma vie est ainsi faite, elle aurait pu être différente.

Christophe Hondelatte
Il est 8h44, on va prendre Fred de Lille, bonjour,

Fred
Oui, bonjour, bonjour Monsieur le Premier ministre.

Dominique de Villepin Bonjour Fred !

Fred
Je voulais vous demander, savoir ce que vous comptez faire, concrètement après l’élection présidentielle ? Et deuxième question, est-ce que vous pourriez être le premier Premier ministres à être Premier ministre sous deux présidents différents ?

Dominique de Villepin
Non, je ne crois pas, je ne crois pas, vous savez je crois beaucoup à l’importance en démocratie de respecter les temps et de respecter les choses. On n’a pas vocation à servir en toutes circonstances des majorités différentes, je crois qu’il y a des logiques - je crois que l’on va jusqu’au bout de son combat, c’est ce que j’ai essayé et c’est ce que j’essaye de faire pendant ces deux années. Après je pense qu’il faut faire autre chose et qu’il faut le faire avec humilité.

Christophe Hondelatte
Il vous a dit, du concret, concrètement, qu’est-ce que vous souhaitiez faire ?

Dominique de Villepin
Oui, mais concrètement, je ne répondrai évidemment pas aujourd’hui, parce que je crois qu’il y a un temps pour tout. Quand vous êtes dans l’action, vous êtes dans l’action, je n’ai pas le goût des anniversaires et des commémorations comme le président Chirac. Et je crois que c’est une question qui se posera le moment venu, au terme des échéances démocratiques.

Christophe Hondelatte
Manifestement les Français sont intrigués par vos stratégies de carrière...mais peut-être qu’il n’y en a pas !

Dominique de Villepin
Vous savez, je suis comme beaucoup de Français, je n’ai pas de stratégie de carrière, mais j’ai beaucoup de passion, beaucoup d’enthousiasme, beaucoup de projets - mais je pense que les choix doivent se faire au bon moment

Christophe Hondelatte
Alors on va prendre encore un auditeur, tenez il y en a un autre, pareil, vous avez l’impression que l’on vous repose toujours la même question, mais c’est que probablement là aussi, votre stratégie n’est pas claire pour beaucoup de Français, Robert par exemple de Brive en Corrèze, c’est important de le dire, allez-y.

Robert
Alors en préambule je voudrais dire que tout ce qu’on entend, évidemment en ce qui concerne la politique, on le sait à travers les médias. J’avais entendu, il y a déjà un certain temps que Monsieur Chirac avait été un petit peu à l’origine de la venue au pouvoir de Monsieur Mitterand. J’ai un peu l’impression qu’il reproduit un peu le même schéma aujourd’hui. Alors ma question, Monsieur de Villepin est la suivante, alors j’aurais voulu une réponse, bien entendu directe, sans phrase, un seul mot simplement, je ne l’ai pas encore entendu jusqu’à maintenant ; quel candidat soutenez-vous ?

Christophe Hondelatte
Le problème c’est qu’il ne va pas pouvoir répondre, si j’ai bien compris.

Dominique de Villepin
Non, vous savez, il faut dans la démocratie respecter les étapes, je me fonde sur des principes, je sers le président de la République, le président de la République ne s’est pas encore exprimé, donc, vous comprendrez que j’attende que le président de la République se soit exprimé. Ceci dit, je veux saluer la campagne que fait aujourd’hui Nicolas Sarkozy, j’ai eu l’occasion de le dire hier devant les députés UMP. Je crois qu’il a choisi l’initiative, il a choisi l’ouverture, il a choisi la proposition et il le fait avec courage devant les Français donc j’en suis particulièrement heureux. Ce qui est évident, c’est que je soutiens bien sûr de toutes mes forces et comme Premier ministre c’est une lourde responsabilité. Je soutiens tous les efforts de ma famille politique et je crée les conditions pour que cette action soit crédible. Quand nous engageons notre action en faveur de la lutte contre le chômage, quand nous nous engageons en faveur du désendettement, quand nous nous engageons en faveur de la croissance, nous créons les conditions d’une action démocratique crédible. C’est le défi que je m’étais fixé, je ne crois pas que notre pays ait vocation à reconnaître un 21 avril et je pense que pour cela il faut que la politique soit défendue avec honneur et avec courage. Alors c’est bien l’esprit de l’action du gouvernement, mais vous me permettrez de profiter de ces questions des auditeurs pour dire un mot à Mélanie Betancourt qui est en face de moi.

Christophe Hondelatte
Ah, Mélanie Betancourt qui sera l’invitée de Marc-Olivier Fogiel dans un instant.

Dominique de Villepin _Absolument,

Christophe Hondelatte
Mais je me demande si on ne pourrait pas faire l’inverse, peut-être qu’elle a quelque chose à vous demander ?

Dominique de Villepin
Oui, mais je vais d’abord lui répondre, parce que je l’ai beaucoup écoutée au cours des dernières semaines. Et je n’ai jamais caché l’engagement qui était le mien pour tout faire pour que sa mère puisse trouver la voie de la libération. Je voudrais lui dire, que je comprends d’abord, l’inquiétude, la douleur et le désarroi qui sont les siens et je comprends aussi son impatience. C’est vrai que les politiques souvent ont tendance à dire des bonnes paroles et bien sûr que cela ne suffit pas. La réalité du drame que vit Ingrid Betancourt, c’est la réalité d’une situation où les fils sont ténus pour ne pas dire inexistants. Pour que nous puissions agir il faut disposer d’informations, il faut disposer d’interlocuteurs. Le drame de cette situation c’est que nous sommes face à des gens sans visage, sans voix, sans proposition et sans réponse à chaque fil que nous avons pu avoir,

Mélanie Betancourt
Vous m’excusez, je ne suis pas tout à fait d’accord !

Dominique de Villepin
Mélanie, je vous écouterais après avec beaucoup de plaisir, chaque fil que nous avons pu avoir, chaque occasion nous l’avons saisie. En créant et en imaginant les circonstances qui permettraient justement d’arriver à un accord qui intègre le gouvernement colombien, intègre la guérilla et tous les gouvernements qui sont susceptibles d’apporter leur concours en disant que nous sommes prêts à un échange de prisonnier, que nous sommes prêts à l’accueillir. Le problème, c’est qu’encore faut-il qu’il y ait des réponses, des réponses crédibles, des réponses sérieuses. Alors je sais que dans toutes ces situations d’otages, extrêmement douloureuses, il y a beaucoup de pistes qui apparaissent, beaucoup de fausses pistes. Qu’on essaye d’aller jusqu’au bout de chacune d’entre elles, mais ce que je veux qu’elle sache, c’est que, même si, à certains moments elle a le sentiment de l’hypocrisie de la part du jeu politique, elle a le sentiment que les bons sentiments ne suffisent pas et qu’ils dégoulinent. Eh bien que la vérité de l’action, la vérité de l’engagement, eh bien ils sont là malgré tout.

Christophe Hondelatte
Mélanie Betancourt bonjour d’abord, ce moment est un peu improvisé, mais on va prendre le temps qu’il faut. Vous aviez quelque chose à dire, un message à faire passer au Premier ministre.

Mélanie Betancourt
Tout à fait, tout à fait, moi je pense, justement face à ce que vous disiez tout à l’heure, je vous écoutais à quel point vous êtes un homme déterminé. Et que la détermination fait partie de votre ligne de conduite. Malheureusement je ne trouve pas que vous avez été déterminé par rapport à ce qui concerne ma mère. Je n’ai pas eu le sentiment, bien entendu que vous ne nous avez pas soutenues, j’ai senti ce soutien. Mais il n’y avait pas de volonté politique derrière et la preuve, c’est que vous parlez du fait que c’était difficile de trouver une réponse - bien sûr que les situations d’otages sont difficiles. Mais là, je veux dire, s’il y avait de la volonté politique, le président Alvaro Uribe, le président colombien ne pourrait pas changer d’avis comme il change de chemise. C’est-à-dire, si on suit un petit peu l’actualité colombienne on se rend compte qu’un jour, le président Uribe dit qu’il est pour un accord humanitaire, le second il dit que non. Et il dit aussi de même, tant pis pour la respectable famille d’Ingrid Betancourt, tant pis pour le respectable gouvernement français - mais on prendra, on mènera des libérations par la force, même si les familles sont contre. Donc ça, face à cette liberté qu’a le président Uribe de changer d’avis comme ça, de vraiment marcher sur les pieds du gouvernement français, je ne pense pas qu’on a été assez fort, je ne pense pas ! Et je pense que vous n’avez pas utilisé tous les moyens qui sont à votre disposition. De même, par rapport aux Etats-Unis, vous savez très bien que...

Christophe Hondelatte
Dominique de Villepin !

Dominique de Villepin
J’aurais aimé bien sûr que Mélanie puisse être plus spécifique sur ce qu’elle indique.

Mélanie Betancourt
Je peux aller jusqu’au bout si vous voulez par rapport aux Etats-Unis.

Dominique de Villepin
Bien sûr !

Mélanie Betancourt
Je ne pense pas, là encore, surtout depuis que les démocrates sont au pouvoir, je ne pense pas que tout a été mené jusqu’au bout. Si on connaît l’influence qu’ont les Etats-Unis sur la Colombie, si à ce moment là, on veut justement dire que la France n’a pas un pouvoir énorme en Colombie, alors OK qu’elle accepte avec humilité sa position. Mais n’empêche que maman est française et qu’elle doit aller jusqu’au bout. Alors si elle sait que les Etats-Unis ont un grand pouvoir en Colombie, que les Etats-Unis ont trois otages américains en Colombie, qu’est-ce qu’on fait à ce moment là ? Il faudrait à ce moment là que le cas de maman, comme celui de n’importe quel otage avant maman, français, devienne une priorité et devienne à ce moment là une priorité dans les relations franco américaines, ce qui n’est pas le cas ! L’ambassadeur français à Washington n’a pas les dossiers sur son bureau, ne fait pas...on n’est pas en train d’aller voir Bush pour voir qu’est-ce qu’il peut faire par rapport à ça, comment on peut, justement trouver un terrain d’entente par rapport à ce qui se passe en Colombie. Et faire, eh bien que le gouvernement colombien n’ait plus le droit de dire, un jour oui et un jour non et qu’il comprenne qu’il faut tout faire pour que les otages colombiens reviennent.

Christophe Hondelatte
Monsieur le Premier ministre vous répondez à Mélanie Betancourt, et puis on en restera là.

Dominique de Villepin
Je réponds à Mélanie Betancourt, les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, c’est d’avancer le plus loin possible avec des partenaires qui ne sont pas toujours au rendez-vous. Mélanie veut des résultats, elle a raison et elle critique le gouvernement parce qu’elle a le sentiment que ses résultats ne sont pas au rendez-vous. Je ne reviendrai pas sur tout ce que nous avons tenté dans le passé, dans des conditions extrêmement difficiles et avec dieu, sait combien de critiques ! Aujourd’hui, c’est vrai que la mobilisation internationale peut permettre d’aller plus loin et c’est vrai que nous nous battons toujours pour le permettre. Votre grand-mère sera dans quelques jours aux Etats-Unis, c’est par le président Chirac qu’elle obtiendra un certain nombre de rendez-vous que nous avons demandé. La réalité de choses n’est pas tout à fait ce que vous dites. Ce que nous faisons, nous le faisons discrètement, nous le faisons avec le souci de l’efficacité et nous le faisons, malheureusement le plus souvent sans trouver d’écho et de fil. Parce que vous pouvez faire toutes les pressions que vous voulez, si à un moment donné, vous n’avez pas la capacité d’avoir en face - et c’est une des difficultés que nous avons rencontrées avec nos otages en Irak, d’avoir quelqu’un qui répond et avec lequel vous pouvez nouer un dialogue, eh bien c’est extrêmement difficile. Le gouvernement colombien...on nous a reproché quand nous avons mené une opération forte au Nord du Brésil, on nous a reproché d’avoir antagonisé nos relations avec la Colombie, alors même que tout s’était fait en liaison avec le président colombien - par qui nous tenions, et vous le savez mieux que quiconque, par qui nous tenions les informations. Donc nous sommes sur un dossier où beaucoup de choses fausses sont dites, où la vérité n’est pas sue par tous et n’est pas forcément partageable. Donc, il y a une partie des choses qui n’est pas facile à dire, pas facile à exprimer. La position qui est la nôtre est la plus douloureuse, parce que se battre, être critiqué, continuer à se battre, je comprends la position qui est la vôtre, parce que vous êtes sa fille, vous vous battez courageusement depuis des années - vous faites partie d’une famille qui est meurtrie, et qui veut que sa mère revienne et nous le voulons tous. Eh bien ce combat, je crois qu’il faut que la France continue de le mener et elle le mènera jusqu’au bout de l’action de ce gouvernement. Jusqu’au bout de la mission du président de la République et d’autres après nous le continuerons et j’espère que nous serons en mesure, très rapidement de faire bouger les choses. Mais je ne crois pas, que sans un changement qui puisse intervenir quelque part et qui donne une raison à la guérilla, à un moment donné d’envisager sérieusement cette libération. Eh bien je ne crois pas que sans un changement dans ces conditions générales qui puisse créer le cadre d’une négociation et c’est vrai que le président Uribe a une part de responsabilité, c’est vrai qu’il peut avancer - eh bien je crois que c’est là qu’il faut véritablement que nous puissions continuer.

Christophe Hondelatte
Merci à tous les deux, merci à tous les deux, on est obligé d’en rester là, on est déjà super en retard, merci Monsieur le Premier ministre d’avoir accepté ce dialogue avec les auditeurs de RTL et très spontanément avec Mélanie Betancourt, qui est l’invitée de Marc-Olivier Fogiel.

Publié dans Interview

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