Interview Dominique de Villepin RTL

Publié le par P.A.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour Dominique de Villepin
Dominique de Villepin : Bonjour, monsieur Aphatie.

On parle beaucoup ce matin sur RTL de la prestation de Ségolène Royal sur TF1. Avez-vous pris quelques minutes ou une petite demi-heure pour la regarder ?
Oui, je l’ai regardée bien sûr.

Séduit ?
Ce sont des moments importants de la démocratie. Intéressé, c’est toujours important de savoir ce que les uns et les autres peuvent proposer même si nous sommes les uns et les autres dans des exercices, qui à bien égard, sont un peu virtuels, bien loin de ce qu’est le véritable exercice politique. Intéressant quand même.

Pourquoi vous dites ça ? Très loin, vous voulez dire quoi ? C’est démagogique ? La campagne est démagogique, c’est ça que ça veut dire ?
Non, ce n’est pas du tout ce que je veux dire. Je pense que nous sommes dans un questionnement qui colle à la réalité des préoccupations quotidiennes des Français. Mais je crois que gouverner, c’est bien sûr répondre à ces préoccupations quotidiennes, faire preuve d’empathie, faire preuve d’humanité mais c’est aussi être capable de prendre des décisions difficiles. Or, on entend beaucoup les décisions faciles. C’est toujours plus facile de dire oui, d’augmenter les prestations, d’accroître les dépenses. C’est plus difficile d’assumer la responsabilité collective d’une nation. Or, être président de la république, c’est diriger une nation, c’est la mener, c’est l’entraîner, c’est lui donner un cap. J’attends que la campagne prenne aussi cette hauteur là pour dire aux Français véritablement où nous allons dans cinq ans.

On va en reparler parce qu’il y a aussi la crise à EADS, l’entreprise aéronautique franco-allemande. Son conseil d’administration n’a pas réussi à s’entendre sur un plan de restructuration d’Airbus. Peut-on justement parler de crise à EADS, Dominique de Villepin ?
Je ne crois pas. D’abord, c’est un des aspects du plan qui pose aujourd’hui des difficultés. J’ai rencontré Louis Gallois, le l’ai eu hier longuement au téléphone pour faire le point avec lui. C’est vrai que ce n’est pas facile de booker un plan qui est exigeant. A la fois être fidèle au développement industriel de cette grande entreprise, faire en sorte que l’A 350 puisse être réalisé dans les meilleures conditions. Mais en même temps, c’est vrai, ajuster les besoins de l’entreprise. Ça implique des mesures en terme d’emplois qui sont difficiles.

10 000 suppressions de postes, dit-on.
Nous avons posé une règle claire. Il doit être trouvé une solution pour chacun. Pas de licenciements secs dans cette entreprise. Chaque site doit trouver sa place et sa vocation, c’est ce que j’ai dit à Louis Gallois. Mais il y a une difficulté supplémentaire, c’est ce qui fait à la fois le génie de l’entreprise, c’est une entreprise très largement franco-allemande, européenne. Et bien, il faut trouver une répartition équitable entre les uns et les autres. J’ai appelé Angela Merkel notre souci de trouver une solution qui puisse être acceptable par les uns et par les autres. Le président de la République, Jacques Chirac, rencontrera vendredi Angela Merkel. Donc, vous voyez c’est une question que nous voulons traiter au plus haut niveau. Mais je veux rendre hommage au travail et à la façon dont Louis Gallois aborde ces questions. Ce sont des questions difficiles qui demandent du courage et de la détermination et nous devons préserver l’avenir industriel de ce groupe.

Vous confirmez l’ordre de grandeur : 10 000 postes supprimés ?
10 000 postes, c’est ce qui est envisagé dans le plan. Encore faut-il se préoccuper de la façon dont les choses sont faites. Et nous le disons, pas de licenciements secs. Une réponse doit être apportée à chacun.

Ce plan sera t-il rapidement adopté ? Certains disent que peut être, ce ne pourrait être maintenant qu’après l’élection en France ?
Je pense qu’il n’est jamais bon de différer les décisions qui doivent être prises.

Vous souhaitez que ce soit rapide ?
Je pense qu’il faut trouver un accord rapidement. Je pense que ce sont des sujets difficiles, mais par la négociation, par la concertation, dans la transparence, on doit arriver à une bonne solution pour que cette entreprise puisse à nouveau repenser l’avenir et avancer.

Le 8 janvier dernier, le gouvernement s’engageait à reloger chacun, chacune des personnes qui sont sous la tente, sur le canal Saint-Martin. Et hier, Augustin Legrand disait : "Le Gouvernement ne tient pas ses engagements". Il y a encore 130 tentes autour du canal Saint-Martin. Qu’allez-vous faire, Dominique de Villepin ?
Augustin Legrand ne dit pas tout à fait la réalité des choses. Le Gouvernement a pris des engagements, et le Gouvernement a tenu ses engagements. Alors, quelle est la réalité des choses ? Je ne veux faire d’intention à quiconque. La réalité des choses, c’est que nous avons fait des propositions, apporter des solutions à ceux qui étaient présents sur le canal Saint-Martin. La vérité, c’est que d’autres arrivent. Alors, vous savez, c’est toujours difficile, dès lors que vous êtes devant des situations de constant renouvellement, et bien d’apporter à chaque étape la réponse. Et pourtant, c’est ce que nous voulons faire et c’est ce que nous sommes en train de faire.
Jean-Louis Borloo, Catherine Vautrin, qui sont mobilisés jour et nuit, le week-end pour apporter les solutions. Nous augmentons les places d’hébergement d’urgence, nous augmentons les places de longue durée qui sont les places dites de stabilisation. Catherine Vautrin repart en quête de nouveaux logements disponibles à Paris et autour de Paris.
Donc, vous le voyez, c’est un travail extrêmement difficile. Il faut que nos compatriotes comprennent que dans ces domaines là comme dans tous les autres, il n’y a pas de baguette magique. Il y a de la bonne volonté. Il y a du dynamisme, il y a de l’enthousiasme. C’est ce dont nous voulons faire preuve. Je l’ai dit, ce gouvernement travaillera jusqu’au dernier jour. Nous avons tenu tous nos engagements et nous irons au-delà pour apporter des solutions au cas par cas. Car nous sommes devant des problèmes humains difficiles dont il faut comprendre qu’ils sont parfois de nature très différente. Entre celui qui a un emploi et qui couche sous la tente parce qu’il n’a pas de quoi se payer un logement, et celui depuis dix, quinze ans, est désocialisé, n’a pas d’emploi, et bien, il y a des solutions différentes qu’il faut prendre en compte. Il faut donc apporter une réponse à chacun au cas par cas.

Augustin Legrand, l’animateur des Enfants de Don Quichotte, dit qu’il ne veut plus travailler avec Catherine Vautrin, dont il demande la démission.
Et puis je dirai aux uns et aux autres, un peu d’humanité, un peu de respect. Saluons le travail qui a été fait. Vous savez, j’ai vu Catherine Vautrin au travail, j’ai vu à quel point elle porte ces questions avec douleur, quelle exigence elle y mettait. Moi je sais reconnaître chez un ministre cette qualité humaine qui le conduit à se dépasser. Et bien, je peux vous dire que Catherine Vautrin fait un travail remarquable.

Vous lui renouvelez votre confiance alors ?
C’est évident, je ne l’ai jamais enlevée. Vous savez, moi, les gens qui se battent, les gens qui se donnent du mal, je les respecte, je les admire. Et je les encourage. C’est bien l’état d’esprit qui est le mien.

Nous avons parlé de la campagne électorale au début de notre entretien, Dominique de Villepin. Vous êtes donc un spectateur attentif de cette campagne ?
Je ne suis pas un spectateur attentif de la campagne.

De la campagne, oui. Vous n’êtes pas candidat Dominique de Villepin ? Vous êtes spectateur, comme nous !
Non, je suis Premier ministre, mon cher Jean-Michel Aphatie. Un Premier ministre, ça a une fonction, une responsabilité institutionnelle. C’est-à-dire que nous devons créer les conditions pour que cette campagne se déroule dans les meilleures conditions. Vous savez, moi, j’ai été nommé Premier ministre en juin 2005. Vous vous rappelez. La majorité avait perdu les Régionales, le référendum européen avait été perdu, le "Non" l’avait emporté. Nous étions dans une situation difficile dans notre pays. Aujourd’hui, deux ans après, regardez la situation qui est la nôtre.
Aujourd’hui, notre majorité peut espérer gagner cette élection. Aujourd’hui, nous avons les conditions d’un véritable débat démocratique, positif qui se fait. La colère, la rancoeur, les accusations ici et là ne sont pas à l’ordre du jour. C’est donc un véritable débat qui se peut se nouer, ce que je souhaite. Qu’il aille le plus loin possible mais dans nos institutions. Le président de la République, le Premier ministre, même s’ils ne sont pas des acteurs engagés dans la campagne, ont une responsabilité tout à fait particulière et pour que les choses se passent bien, il faut maintenir cette exigence, ce travail et c’est le mérite je crois de ce gouvernement d’aller jusqu’au bout de sa mission.

Etes- vous déçu, Dominique de Villepin, de voir que personne ne défend votre bilan dans cette campagne ?
Oh, je ne suis pas déçu, vous savez. On ne fait pas ce travail là pour recevoir des remerciements ou des compliments, ce n’est pas ça la politique.

En général, il y a des sortants ou il n’y en a pas. Il n’y a personne qui parle de votre bilan.
Vous savez, le bilan, les Français le vivent tous les jours. Et puis, je vais vous dire, monsieur Aphatie, il parle tout seul. Il parle tout seul : 10,2 % de taux de chômage, quand je suis arrivé. Aujourd’hui, nous sommes à 8,6, et nous marchons vers 8. Une croissance qui s’est fortifiée. Un désendettement qui s’est engagé. Vous savez, les Français, il n’y a pas besoin de leur expliquer longuement. Ils savent bien qu’il y a quelque chose de changé et si on peut aujourd’hui regarder sereinement vers l’avenir, c’est bien parce que ce travail a été fait. Moi, je suis à ma place, dans une démocratie. C’est à dire contribuer à faire en sorte que les difficultés passent, que les décisions difficiles soient prises, qu’on puisse regarder vers l’avant, qu’on puisse à nouveau penser l’avenir. Je crois que c’est tout l’enjeu de cette campagne électorale.

Je reprends ma question : êtes-vous déçu que Nicolas Sarkozy ne défende pas davantage votre bilan, voire parfois il le critique ?
La déception ne fait pas partie de mon registre personnel.

En tout cas, pas ce matin au micro.
Ni ce matin, ni à aucun moment. Je suis quelqu’un d’enthousiaste, j’aime entreprendre, j’ai le goût de l’action et puis j’ai le goût des autres. A partir de ce moment-là, vous savez, il n’y aucune raison d’être déçu, je pense qu’il y a des choses formidables à faire dans la France de demain et pour les Français. Je crois que c’est qui doit mobiliser chacun.

Peut-on convenir, ce matin, Dominique de Villepin, au micro de RTL, que vous n’avez pas les moyens d’être candidat à l’élection présidentielle ?
Non, monsieur Aphatie, parce que ça ne pose pas en ces termes.

Mais si !
Ca se pose en un seul terme, monsieur Aphatie. C’est que j’ai toujours dit, quand j’ai pris cette fonction, que je n’avais pas d’ambition présidentielle. Vous savez, on peut gouverner sa vie, on peut être responsable de son destin, on peut ne pas subir. On peut ne pas avoir l’ambition de tout le monde. Moi, j’ai choisi, j’ai fait un choix, en allant à Matignon, de conduire ma mission jusqu’au bout. C’est un choix qui peut paraître difficile à certain. Moi, c’est le choix de ma vie. J’ai décidé, jeune, de consacrer mes forces aux Français d’une certaine façon. Et bien, je suis fidèle à cet engagement. Il y a quelque bonheur parfois à être fidèle à soi-même.

Votre façon de dire les choses est assez claire mais pas explicite. Donc, vous ne serez pas candidat à l’élection présidentielle ?
Mais monsieur Aphatie, puisque vous connaissez la réponse...

Mais vous ne voulez pas la dire, vous ? Il faut que ça soit moi qui la dise ? Mais parce qu’elle ne s’est jamais posée comme ça. J’ai toujours indiqué que je n’avais pas d’ambition présidentielle, parce que j’avais choisi une mission difficile et exigeante, que je conduirai jusqu’au bout, monsieur Aphatie.

On lit, on entend que vous serez candidat aux élections législatives dans la circonscription de Jean-Louis Debré. Vrai, faux ?
On lit et on entend beaucoup de choses. Ce sont des sottises, monsieur Aphatie. Vous voyez, je suis clair.

Ca, c’est dit. Des sottises, effectivement, ça c’est clair. Quand est-ce que Jacques Chirac va se prononcer et dire son choix ?
Ecoutez, il l’a dit, dans le cours du premier trimestre. Donc, je pense que dans les jours ou les semaines à venir.

Ca va aller vite maintenant, de toutes façons, nous sommes d’accord.
Oui, mais chaque chose en son temps !

Vous êtes informé, vous, connaissez-vous, sans la dire bien sûr à ce micro, la décision du chef de l’Etat ?
Je connais le président de la République. Et je sais l’idée qu’il se fait de sa fonction. Et je sais la façon dont il entend servir la France, continuer à servir la France. Donc, je pense que c’est à lui de le dire aux Français. Vous savez, c’est une longue relation avec les Français qu’a le président de la république. Et je le disais hier, devant les députés UMP. J’ai une immense admiration pour Jacques Chirac, parce que je l’ai côtoyé tout au long de ces années, ça fait vingt ans que je le côtoie. Et il n’a jamais cessé de penser à la France. Et je suis fier et heureux de constater aujourd’hui que les engagements qu’il a pris pour l’essentiel, et il bien ils sont tenus. C’est un formidable travail qui a été fait dans des conditions difficiles. Je suis fier d’avoir été Premier ministre.

Connaissez-vous son choix ?
Ce n’est pas à moi de vous le dire.

Connaissez-vous son choix ?
Ni à cela ni à d’autres questions. Le respect fait partie de mon registre politique.

Pas facile de faire répondre Dominique de Villepin quand il ne veut pas répondre.

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