Villepin pressé par ses amis de rester en politique

Publié le par P.A.

Les temps changent pour Dominique de Villepin. Il y a deux mois, ses amis politiques faisaient le siège de Matignon pour l'inciter à se lancer dans la course à la présidentielle. Aujourd'hui, les mêmes reviennent à la charge... mais pour le pousser à ne pas abandonner la politique. Depuis le congrès UMP du 14 janvier, le premier ministre est inaudible. Sans marge de manoeuvre. Contraint au silence. Tout se passe comme s'il gouvernait dans l'indifférence la plus totale. « Il est sonné et passablement ailleurs », admet son ami Georges Tron, député UMP de l'Essonne. « C'est dur, mais je ne le laisse pas tomber », confirme Jean-Pierre Grand, villepiniste de choc. « Oui, il a du vague à l'âme. Mais c'est un peu normal au terme d'une période aussi intense », le défend Henri Cuq, ministre chiraquien des Relations avec le Parlement. D'autres élus, reçus chaque mercredi à Matignon, font ce constat : « Il déprime. » Un signe ne trompe pas ses interlocuteurs, désormais Villepin écoute plus qu'il ne parle.

Faute d'espace politique, il a dû ravaler son ambition présidentielle pour laisser la place à son rival. Que va-t-il faire pendant la campagne ? Dans l'immédiat, rien. À l'instar des derniers chiraquiens, il attend que Jacques Chirac se prononce. Mardi matin à Matignon, Sarkozy est revenu à la charge : « Une fois que le président se sera exprimé, Dominique, votre parole sera libérée ? » Le soir, devant les députés réunis au QG, nouvel appel du pied du candidat UMP : « Quand Jacques Chirac aura parlé, Villepin sera débloqué. »

Hier, Sarkozy et Villepin ont déjeuné ensemble à Matignon. Au QG de campagne, on n'est pas for­cément pressé de voir débouler Villepin. Son « numéro » sur le chiffrage des projets des candidats a été moyennement apprécié. « Celui-là, c'est bien la première fois qu'il s'intéresse à un chiffre », ­ironise l'ex-secrétaire d'État Éric Woerth. Rancunier, François Fillon ne rate pas une occasion de le brocarder : « Il paraît que Villepin veut aller au Japon, mais personne ne veut le recevoir. »

Le villepiniste Georges Tron balaie ses critiques d'un revers de main : « C'est grâce à Villepin si Sarko navigue en eau calme. Il tient la boutique et la situation sociale est apaisée. » Ses partisans sont convaincus que le premier ministre sera un « atout » dans la campagne. Et d'énumérer ses cartes : le bilan du gouvernement, son expérience internationale.

Mais, les villepinistes ont d'autres préoccupations. Ils veulent convaincre leur champion de se présenter aux législatives. « Si tu abandonnes la vie politique, ce serait dommage », lui dit périodiquement Henri Cuq. « Il peut se faire élire n'importe où. Y compris à la Martinique », estime le chiraquien François Baroin.

Il a reçu des propositions concrètes. La circonscription de Jean-Louis Debré, dans l'Eure, lui a bien été proposée comme l'a révélé l'hebdomadaire Marianne. « On annonce la candidature de Villepin dans la France entière. Mais tout ça est faux », dément Matignon. « Je travaille comme un fou pour qu'il soit candidat. Mais ce n'est pas gagné », s'inquiète son ami Grand. Profitant de la visite le 3 février à Montpellier de Marie-Laure de Villepin, l'élu de l'Hérault s'en est ouvert directement à son épouse.

Villepin reste impassible. Sera-t-il le premier chef de gouvernement à quitter la politique après Matignon ? « On peut servir son pays autrement », élude-t-il. Ajoutant : « Ma préoccupation immédiate, c'est écrire. »

Source: Le Figaro

Publié dans 2007

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article