Allocution lors de la 2e Conférence nationale des finances publiques

Publié le par P.A.

Je viens de tenir la deuxième conférence sur les finances publiques. J’ai institué le principe l’année dernière avec un objectif : faire prendre conscience aux Français de la nécessité du désendettement. Et je me réjouis que cette journée ait permis de définir des propositions concrètes sur lesquelles je reviendrai dans un instant.

1. La première chose que je voudrais affirmer au terme de cette conférence, c’est que le désendettement de l’Etat est possible dans des délais rapides.

Les objectifs que nous devons nous fixer ne sont pas à échelle de 10 ou 20 ans. Nous pouvons progresser chaque année vers l’objectif d’un déficit public 0.

Nous avons déjà parcouru un chemin important : le déficit public est passé sous la barre des 3 % dès 2005. Nous confirmerons cette tendance avec un déficit public sans doute inférieur à 2,7 % pour 2006. Pour 2007 nous avons fixé un objectif de 2,5 % que nous pouvons tenir : ce taux n’est pas un objectif quelconque. C’est le niveau à partir duquel la dette cesse de croître.

Je suis convaincu que nous pourrons atteindre un taux d’endettement de 55 % dès 2012. Je crois qu’il est important de montrer à nos compatriotes que nous pouvons relever ensemble les défis les plus difficiles avec de la volonté et du courage.

2. La deuxième chose que je voudrais redire très clairement aujourd’hui, c’est que le désendettement n’est pas une lubie de technocrate : c’est un enjeu vital pour les Français.

Vital d’abord pour leur pouvoir d’achat, qui est une préoccupation essentielle de nos concitoyens et qui sera un sujet central de la campagne électorale.

Le pouvoir d’achat ce n’est pas un sujet secondaire. Ce n’est pas seulement une question matérielle. Ce qui est en jeu, c’est la liberté des Français, la capacité de chacun à faire des projets. Ce qui est en jeu c’est leur sentiment de sécurité face aux accidents de la vie, et leur confiance dans l’avenir.

Or nous le savons, la dette pèse lourdement sur le pouvoir d’achat : elle entrave le développement des entreprises et donc des salaires, elle pousse mécaniquement à l’augmentation des impôts.

Le désendettement est vital aussi pour préparer le vieillissement de notre société. C’est une donnée démographique majeure qu’on évoque depuis des années mais à laquelle nous ne nous sommes pas véritablement préparés. Je veux dire la vérité aux Français. La vérité c’est qu’il y a aujourd’hui trois choix :

Le premier consiste à ne rien faire. Mais cela veut dire qu’inexorablement les services, les soins, l’accompagnement des personnes âgées perdront de leur qualité. Ce n’est pas ce que veulent nos concitoyens.

Le deuxième choix possible, c’est d’augmenter les impôts : ce serait engager notre pays dans une impasse. Ce serait l’affaiblir dans la compétition internationale. Cela pèserait sur la compétitivité de nos entreprises, sur l’emploi et sur les salaires, et donc sur le pouvoir d’achat de tous les citoyens, y compris des plus modestes.

Le troisième choix, c’est de nous engager résolument dans la voie du désendettement. C’est cela qui permettra de libérer de nouvelles marges de manœuvre, de ne plus craindre la compétition internationale, de faciliter la vie quotidienne de nos concitoyens. Nous dépensons chaque jour 100 millions d’euros pour payer les intérêts de la dette. C’est autant d’argent en moins pour nous préparer à l’avenir.

Le désendettement c’est vital enfin pour moderniser et financer durablement nos services publics. Un Etat qui se désendette, ce n’est pas un Etat qui se désengage de ses responsabilités. C’est au contraire un Etat qui se renforce et peut assumer pleinement son rôle de garant des services publics, de la justice sociale et de l’intérêt général. C’est un Etat qui regarde vers l’avant et concentre ses efforts sur l’éducation, la santé et la sécurité des Français.

3. Pour terminer, je voudrais évoquer les propositions que je retiens de cette conférence.

Ces propositions, ce n’est pas mon gouvernement qui les appliquera. Mais je suis convaincu que le désendettement, comme l’emploi et la croissance, doivent constituer un socle consensuel minimal pour construire l’avenir du pays. J’ai donc voulu profiter des travaux et des réflexions que nous avons engagées pour permettre au prochain gouvernement de prendre des décisions rapides en toute connaissance de cause.

Au nom du gouvernement, je veux faire quatre propositions qui garantiront l’objectif du désendettement :

La première, c’est que la dette ne doit servir qu’à financer l’investissement. C’est une règle d’or que l’Etat doit pouvoir respecter en 2010. Je propose qu’elle soit inscrite à terme dans notre Constitution, comme l’a fait l’Allemagne.

La deuxième, c’est la modernisation de nos finances locales : il ne sert à rien de désendetter l’Etat et de faire baisser les impôts si c’est pour que les taxes locales augmentent par ailleurs. Le Conseil d’orientation des finances publiques pourrait rendre un rapport sur ce sujet dans le courant de l’année 2007, afin que des décisions opérationnelles puissent être prises dès 2008 ou 2009.

La troisième proposition, c’est la pluriannualité. Nous devons faire en sorte que le gouvernement propose au Parlement des dépenses sur trois ans et non plus sur un an comme c’est le cas aujourd’hui.

Enfin, la quatrième proposition, c’est que la pratique des audits de modernisation soit étendue à l’ensemble des administrations publiques, dans le respect des particularités de chacune.

C’est comme cela, à travers des objectifs précis, mesurables et réalistes que nous pourrons, année après année avancer sur la voie du désendettement de l’Etat.

Dominique de Villepin, Premier ministre

Publié dans Discours

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L
http://villepin-president.over-blog.net/
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L
Confiance, confiance, patience, patience… . Observons d’un œil attentif à ce qui se passe dans le monde et chez nous pour voir que les choses ne sont en aucun cas figées.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> L’important, ce n’est pas le plus probable, l’important, c’est l’existence de la probabilité !!!<br />  <br /> <br /> Ce n’est pas parce qu’on veut nous imposer un scénario que nous devons nous résigner à l’accepter et ne pas imaginer qu’un autre existe !!!<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> La date anniversaire du célèbre discours de Dominique de Villepin à l’ONU arrive à point nommé.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Qui avait raison ???<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Qu’on en tire des leçons !!!<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Confiance, confiance, patience, patience….(qu’est-ce quelques jours ?)<br />  <br />
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