Chômage, vraie baisse et faux procès

Publié le par P.A.

Le nombre de demandeurs d'emploi a reculé de 231.000 l'année dernière, de presque 400.000 depuis deux ans. Le taux de chômage a été ramené à 8,6 % de la population active à la fin du mois de décembre, un seuil inédit depuis longtemps. C'est une bonne nouvelle. Dominique de Villepin a raison de s'en réjouir et d'y voir quelques effets de sa politique. Nul ne doute, si le mouvement avait été inverse, que chacun l'aurait accablé. Pour le court terme, les experts sont raisonnablement optimistes : compte tenu de la croissance, la tendance favorable devrait se poursuivre, ce qui permettra de revenir à des niveaux inconnus depuis plus de vingt ans.

Il est d'autant plus dommage que cette note optimiste soit gâchée par une polémique sur les chiffres. Une polémique exagérée mais encouragée par des erreurs des organismes officiels. De quoi s'agit-il ? La première attaque vient d'un collectif créé en décembre, « Autres chiffres du chômage », mis sur pied par des militants de gauche et de syndicats. A les entendre, les chiffres officiels mentent en ne prenant en compte qu'une partie des chômeurs, lesquels sont également nombreux à être artificiellement « sortis » des fichiers. A partir du constat juste que les frontières sont de moins en moins étanches - entre ceux qui travaillent, ne travaillent pas, les précaires, etc. -, ce procès est pourtant mal instruit. Depuis toujours, la totalité des chiffres sont publics et ils montrent que la baisse est... aujourd'hui quasi générale. Par ailleurs, expliquer que des chômeurs ne s'inscrivent plus parce que les rendez-vous à l'ANPE sont devenus mensuels (au lieu de tous les six mois) est, au minimum, paradoxal.

La deuxième attaque vise l'Insee. Chaque année, l'Institut de la statistique actualise, à l'aide d'une vaste enquête, le taux de chômage affiché - qui correspond à une définition internationale. Il vient d'indiquer que les résultats qui auraient dû être annoncés au printemps ne le seront pas, pour des raisons techniques. Evidemment, l'idée a fait son chemin qu'ils étaient moins bons que prévu et que le gouvernement a fait pression pour les retarder. Si c'était le cas, ce serait effectivement grave. Si ce n'est pas le cas, l'organisme a en tout état de cause commis une faute de communication en n'anticipant pas l'effet désastreux produit. Cela fait des mois qu'un tel retard devait de toutes façons être prévisible. Le calendrier doit être respecté.

A vrai dire, il n'y a rien de surprenant en période électorale à ce que ces débats surgissent. La remise en cause des statistiques est un grand classique et la présidentielle 2007 n'a aucune raison d'y échapper même si la multiplication des controverses - sur les prix, le pouvoir d'achat... - conduit à espérer que l'Insee, direction du ministère des Finances, acquière un jour une autorité et une visibilité aussi grande que sa compétence technique. Tout cela ne devrait toutefois pas faire oublier l'essentiel, la persistance quel que soit le thermomètre utilisé d'un chômage élevé, tout particulièrement chez les jeunes.

Source: Les Echos

Publié dans Action gouvernementale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article