Le monde est dangereux

Publié le par P.A.

Il est curieux de constater que nul observateur n’a noté l’absence des questions concernant la Défense nationale dans les programmes des deux principaux protagonistes de la campagne électorale. L’absence de ce point crucial dans la réflexion des dirigeants des deux grandes formations qui s’opposent, des équipes qui préparent la campagne, et des deux candidats eux-mêmes, est inquiétante. En analysant leurs interventions, la raison devient évidente. Tous deux voient le monde comme un défi économique, un défi social, un défi culturel, parfois même, ô miracle, comme une opportunité, mais jamais comme une menace possible. On les voit poindre à tour de rôle sur les divers points chauds du globe, s’autoriser même un détour par des lieux de pouvoir, mais leurs déclarations, tant aux Etats-Unis qu’en Chine, tant à Bruxelles qu’à Berlin, laissent songeur sur leur compétence toute relative dans le domaine de la politique internationale, sur leur absence de compréhension de la place que la France peut y jouer, et surtout sur les moyens qu’elle doit se donner pour y parvenir. L’Histoire nous a pourtant enseigné, hélas, que la Diplomatie se révèle bien moins efficace sans les capacités offensives et défensives adéquates pour la conforter. « Pessimiste », va-t-on me rétorquer. Et d’aligner des comparaisons et des projections de café du commerce, des intentions de bonne foi, la nécessité de compromis et de dialogue. On me permettra de penser que s’agissant de Défense nationale la question n’est pas, en premier lieu, une question quantitative mais bien qualitative. Elle touche au fondement même de ce qui constitue nos intérêts nationaux et de ce que nous voulons pour notre pays et pour les générations à venir. Les moyens doivent suivre. Ils ne peuvent en aucun cas servir de variable d’ajustement budgétaire. Le contexte mondial a changé. Depuis la chute de l’Union soviétique et l’accélération du processus de mondialisation, notre monde est, paradoxalement, source de menaces plus nombreuses. Les citer toutes ici serait trop long. En fait, la menace globale apparaît supérieure à la somme de chacune de ces menaces séparées. Les conséquences de l’accélération continue du progrès technologique de pointe sont souvent méconnues. Là se joue l’avenir de l’éternel duel entre la lance et le bouclier. Les sommes en jeu sont énormes. Maintenir à niveau nos capacités de dissuasion nucléaire, mettre en oeuvre des matériels furtifs, élaborer les matériels du champ de bataille de demain, nécessite des milliards d’euros sur de nombreux quinquennats. La coordination de certaines de ces dépenses avec nos alliés ne doit en aucun cas nous conduire a minorer nos propres efforts. Nos Armées sont composées de professionnels volontairement engagés. Dans notre République, ceux-ci représentent l’ensemble des citoyens. Pour être pleinement l’émanation de la Nation, nos militaires ont besoin de sentir que la Nation est derrière eux, qu’elle soutient leur engagement et leurs éventuels combats. La prise de conscience de nos concitoyens sur l’ensemble de ces questions ne peut se concevoir sans une implication totale du monde politique. Elle ne peut avoir lieu si les politiques sont absents du débat, si les politiques démissionnent devant la complexité, la difficulté, de faire valoir dans ce domaine l’exigence d’unité nationale. On en est, malheureusement, loin. Bien entendu, je ne compte pas être compris par le Parti socialiste et sa candidate, ni ses alliés de gauche et d’extrême gauche. Il reste l’espoir que notre Ministre de la Défense nationale, qui a oeuvré avec courage et détermination, sous l’impulsion du Président Chirac, pour inverser le délitement de nos Armées opéré par le gouvernement de Lionel Jospin, sache convaincre le candidat de l’UMP, qu’elle soutient, du bien fondé de ce qui précède. Elle semble être entendue. Tant mieux. Nous l’y aiderons.

 

Herbert Axelrad

 

Secrétaire général de R&M

 

Publié dans 2007

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