Interview dans Dimanche +, sur Canal Plus

Publié le par P.A.

Laurence Ferrari 
Et aujourd’hui, l’invité c’est Dominique de Villepin. C’est la première fois que “ Dimanche + ” reçoit un Premier ministre en exercice, et en pleine forme, après quelques jours de vacances au soleil. Bonjour Monsieur de Villepin.

Dominique de Villepin
Bonjour Laurence Ferrari.

Laurence Ferrari
Et bonne année.

Dominique de Villepin
Merci, de même !

Laurence Ferrari
Une année qui s’annonce chargée ?

Dominique de Villepin
Oui, oui, oui, avec beaucoup de choses.

Laurence Ferrari
Alors on a vu que Jacques Chirac, tout au long de cette semaine, a présenté ses vœux. Il y a une rafale d’annonces de mesures ; pourquoi aussi tard ?

Dominique de Villepin
Ecoutez, il l’a fait tout au long des années, et il est important, jusqu’au bout, nous l’avons dit, d’être dans l’action, et il est normal que le président de la République défende une vision pour la France. C’est le rôle du président de la République.

Laurence Ferrari
Mieux vaut tard que jamais, alors ?

Dominique de Villepin
Je le redis : il l’a fait tout au long des années, il continue à le faire. Et puisque nous arrivons à une échéance très importante pour notre pays, les présidentielles et les législatives, il est tout à fait normal que le président de la République dit comment il voit la France. Vous savez, si dans ce pays, ceux qui ont le plus d’expérience ne la font pas partager, eh bien nous n’avancerons pas.

Laurence Ferrari
Il y a 81 % des Français, interrogés aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche, qui ne souhaitent pas que Jacques Chirac se représente. C’est un message très clair adressé à Jacques Chirac ?

Dominique de Villepin
C’est un message du sondage. Les Français, vous savez, c’est tout à fait autre chose. On leur fait dire beaucoup de choses qu’ils ne pensent pas.

Laurence Ferrari
Vous pensez qu’ils souhaitent que Jacques Chirac se représente ?

Dominique de Villepin
Je n’ai pas dit ça. Je dis que les sondages font dire beaucoup de choses qui introduisent des torsions dans la vie publique. Donc il faut les prendre avec beaucoup de prudence. Je crois que tous les Français, si on avait posé la question différemment, au moins 80 % en tout cas, diraient qu’ils souhaitent un président de la République qui défende avec vaillance, jusqu’au bout, les intérêts de la France, et qui défende une vision. C’est exactement ce que le président de la République fait.

Laurence Ferrari
Vous avez regardé “ Le château ” avec nous, on a vu un voyage de Nicolas Sarkozy en Corse, il y était en tant que ministre ou en tant que candidat ?

Dominique de Villepin
Ah, il est clairement en tant que ministre d’Etat, puisque la dimension aménagement du territoire de ce déplacement ne vous pas échappé ?

Laurence Ferrari
En concertation avec vous, donc ?

Dominique de Villepin
Tout à fait, tout à fait.

Laurence Ferrari
Alors on va voir que l’agenda du Parlement est chargé pour les semaines à venir : statut pénal du chef de l’Etat, inscription de la peine de mort dans la Constitution, gel du corps électoral en Nouvelle-Calédonie, et maintenant, droit opposable au logement. Est-ce que ça ne va pas faire trop ? Vous allez réussir à tout boucler, jusqu’à la fin ?

Dominique de Villepin
Vous savez, l’agenda, c’est en grande partie les inquiétudes et les difficultés des Français qui le commandent. Donc il s’agit de répondre aux attentes de nos concitoyens. Nous avons fait beaucoup en matière de logement au fil des dernières années, et il faut saluer l’engagement de Jean-Louis Borloo, de Catherine Vautrin, pour justement changer la donne. Nous sommes partis d’une situation en 2002, léguée par le gouvernement Jospin, qui était médiocre, pour ne pas dire davantage.

Laurence Ferrari
Sous la présidence de Jacques Chirac.

Dominique de Villepin
Oui, mais enfin, le gouvernement était un gouvernement socialiste, Laurence Ferrari, il faut vous rappeler. Donc nous avons rattrapé le retard, nous sommes à 435.000 logements construits et mis en chantier pour l’année 2006, donc nous avons fait un progrès considérable...

Laurence Ferrari
Mis en chantier.

Dominique de Villepin
Oui, mais c’est à comparer à la moitié, à l’époque du gouvernement Jospin. Et nous sommes à 90.000 logements sociaux ; les besoins de notre pays sont à 120.000, et c’est l’objectif que nous nous sommes fixé pour les prochaines années. Donc nous avons, en quelque sorte, rattrapé le retard. Il y a des problèmes spécifiques en matière d’hébergement d’urgence ; là aussi, 50 % de logements d’urgence de plus en 2006 par rapport à l’année précédente - et nous voulons continuer.

Laurence Ferrari
Je vous propose d’entrer dans le détail de toutes ces mesures, juste après avoir regardé un sujet qu’ont fait nos équipes...

Dominique de Villepin
Avec plaisir.

Laurence Ferrari
...un sujet qui met en scène les associations, comme les “ Enfants de Don Quichotte ” ou les militants du DAL, qui continuent d’ailleurs à se mobiliser. Et on regarde ce reportage d’Anthony Auriange et de Jean-Michel Garcia.

(...) Reportage

Laurence Ferrari
Alors Dominique de Villepin, sans rentrer dans une bataille de chiffres - on peut se jeter des chiffres, comme ça, pendant toute l’émission -, est-ce que vous avez le sentiment d’avoir répondu à l’urgence de la situation sur le terrain ? On voit bien que les promesses des politiques, elles ont été faites par les gouvernements de gauche, de droite, finalement elles n’ont pas été tenues.

Dominique de Villepin
Non, Laurence Ferrari, je ne peux pas accepter que vous disiez cela. Parce que, faire et ne pas faire, ce n’est pas pareil, dans notre pays. La gauche n’a rien fait en matière de logement, et ça c’est un fait. C’est un fait statistique, mesurable, quantifiable. Et le travail qui a été fait par Jean-Louis Borloo...

Laurence Ferrari
Depuis quatre ans.

Dominique de Villepin
...par Catherine Vautrin, est un travail remarquable. Nous avons rattrapé un retard. Ce n’est pas encore suffisant, mais en rattrapant ce retard, nous avons rendu possible ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est-à-dire à une étape décisive dans le domaine du logement. C’est-à-dire que nous avançons en matière de logement, comme nous l’avons fait en matière d’éducation. Et si l’on peut parler de droit au logement opposable, c’est parce qu’aujourd’hui c’est possible. J’ai refusé, il y a un an, quand le président de la République a souhaité - il y a un an ! - parler dans ses vœux, le 31 décembre 2005, parler de droit au logement opposable ; j’ai dit au président : nous ne sommes pas prêts, Monsieur le président, ce n’est pas possible.

Laurence Ferrari
Vous lui avez conseillé de ne pas en parler ?

Dominique de Villepin
Je lui ai dit : n’en parlez pas, nous ne sommes pas prêts. J’ai demandé à Xavier Emmanuelli de me préparer, dans la mission qui a été la sienne, de me préparer des propositions concrètes pour faire en sorte que ce droit au logement opposable puisse devenir une réalité, notamment à travers l’expérimentation. Et c’est la mission que nous avons confiée à Xavier Emmanuelli, qui m’a remis son rapport en début d’année. Et c’est parce que ce travail a été fait que nous pouvons aujourd’hui répondre à ceux qui se sont mobilisés sur le terrain. Donc vous voyez, il n’y a pas de miracle, il n’y a pas de lapin que l’on sort du chapeau ; il y a un travail, et il y a un formidable élan qui s’est fait dans le domaine du logement, une formidable avancée. Et quand vous regardez les dispositions que nous avons prises, c’est vrai dans le logement pour tous : quand nous augmentons l’aide personnalisée au logement de 2,8 %, quand nous faisons un moratoire des loyers dans notre pays, quand nous mettons en place une garantie du risque locatif, mais ce sont des étapes décisives. On ne peut pas dire aujourd’hui au chef de gouvernement que je suis : ce n’est rien, vous n’avez rien fait. Ou alors, ce n’est même pas la peine de s’engager en politique, vous savez, autant faire autre chose et aller faire des footings le dimanche. Donc si vous voulez que la politique ait encore un sens, il faut dire les choses. Droite et gauche, ce n’est pas pareil en matière de logement, ce n’est même pas du tout pareil.

Laurence Ferrari
C’est vous qui avez donné donc le feu vert à Jacques Chirac, cette année ?

Dominique de Villepin
J’ai dit au président de la République : aujourd’hui nous pouvons le faire. Nous nous sommes battus, le travail était considérable. Vous savez, j’ai visité, avec Jean-Louis Borloo, les chantiers de rénovation urbaine ; nous avons mis 35 milliards d’euros au fil des années, et c’est la perspective que nous voulons tenir. Vous savez, l’argent des Français, il sert à quelque chose, et il sert à construire des nouveaux logements. Alors vous savez, il y a toujours des gens pour chipoter, pour vous dire : ces logements, ils vont pour les familles moyennes, ils devraient aller pour celles-ci. C’est 90.000 logements sociaux qui sont mis en chantier dans notre pays, nous voulons aller vers 120.000...

Laurence Ferrari
C’est suffisant ? Et ça sera suffisant ? 1,3 million de personnes qui attendent un logement social.

Dominique de Villepin
Mais écoutez... mais écoutez, moi je m’adresse à madame Royal, je m’adresse à monsieur Jospin : c’était 40.000 logements sociaux quand madame Royal était membre du gouvernement ! Alors je veux bien que ce ne soit pas suffisant, mais aujourd’hui nous en faisons le double ! Alors d’abord, bravo au gouvernement - je suis désolé de devoir le dire moi-même -, bravo Jean-Louis Borloo, bravo Catherine Vautrin, vous avez bien travaillé ; et nous allons faire davantage. Mais si nous pouvons aujourd’hui parler de droit au logement opposable, c’est parce que ce travail a été fait. Alors, tout...

Laurence Ferrari
Nicolas Sarkozy en a parlé également.

Dominique de Villepin
...tout n’est pas dans tout, et réciproquement. Dans la vie, ce n’est pas pareil, faire et pas faire, une fois de plus, ce n’est pas pareil.

Laurence Ferrari
Nicolas Sarkozy en a parlé dans son discours de Périgueux...

Dominique de Villepin
Bravo !

Laurence Ferrari
Bravo à Nicolas Sarkozy ?

Dominique de Villepin
Mais, bravo d’en parler ! Une fois de plus. Ça fait des années que ce sujet est sur la table. Xavier Emmanuelli le met dans tous ses rapports, année après année, ça ne nous a pas échappé. Mais entre le rêve et la réalité, il y a du travail. Eh bien, ce travail, nous l’avons fait.

Laurence Ferrari
De Villepin, vous, vous agissez ?

Dominique de Villepin
Mais ce n’est pas ce que j’ai dit, Laurence Ferrari. (Rires)

Laurence Ferrari
On va parler aussi de la construction des logements nouveaux. Est-ce que vous allez, l’Etat va faire aussi un effort pour dégager des terrains, pour... ? Est-ce que vous êtes pour le principe par exemple de l’acquisition réquisition ?

Dominique de Villepin
Non mais, l’acquisition réquisition c’est une sottise - soyons clairs. Ça ne se fera pas, ça fait partie de ces...

Laurence Ferrari
Avancée par Ségolène Royal.

Dominique de Villepin
...mais ça fait partie de ces idées qui sont envoyées en l’air, et qui ne retombent jamais. Pour une bonne raison : c’est que l’acquisition réquisition, personne ne sait ce que ça veut dire. On a tenté la réquisition, dans le passé ; nous savons que nous sommes un pays attaché au droit de propriété. Alors, qu’on augmente encore le nombre de constructions mises en chantier... nous sommes à 435.000 en 2006, le double de ce qui était fait quand nous sommes arrivés en 2002, le gouvernement qui s’est installé, de Jean-Pierre Raffarin. Donc nous avons fait un travail considérable. Il faut faire davantage, nous en sommes tous d’accord. Mais ceci dit, nous avons lancé, et partout en France on le voit bien, les constructions sortent de terre.

Laurence Ferrari
Concrètement, comment est-ce qu’on va faire : demain, qui... enfin, demain, 2008 donc, puisque c’est la première phase, à qui vont s’adresser les gens qui veulent se plaindre ?

Dominique de Villepin
Alors...

Laurence Ferrari
Commissariats, HLM, tribunaux ?

Dominique de Villepin
...non mais, d’abord, souci pratique et concret - parce que vous savez, gouverner, c’est être pragmatique. Tout de suite, nous sommes en discussion avec les associations. Jean-Louis Borloo s’est couché à trois heures du matin, pour discuter avec les associations : comment nous réglons le problème de ceux qui sont dans la rue, et en particulier canal Saint-Martin, et d’autres...

Laurence Ferrari
Les SDF.

Dominique de Villepin
...pour trouver une solution à ceux qui sont sous les tentes. Nous allons, je le pense, dans les prochaines heures, trouver cette solution, trouver une solution pour chacun.

Laurence Ferrari
C’est-à-dire ? Réquisition d’immeubles vides, comme le fait le DAL ?

Dominique de Villepin
C’est-à-dire, apporter des réponses ponctuelles, en liaison avec les collectivités. Parce que, des places, nous en avons un certain nombre...

Laurence Ferrari
Elles ne sont pas occupées.

Dominique de Villepin
...voilà, vous l’avez dit. Donc il faut trouver le moyen d’apporter la juste réponse. Alors il y en a qui veulent avoir une chambre seul - je veux bien. Nous sommes là pour répondre à des besoins d’urgence, donc chacun doit y mettre un peu du sien, et y compris les associations. Il faut être réaliste : il vaut mieux loger dans une chambre à deux ou à trois, que loger au bord d’un canal, c’est moins mauvais pour la santé. Donc, trouvons la bonne solution, faisons en sorte d’améliorer la situation au fil des années - et c’est le travail que nous allons faire d’ici 2008. Qu’est-ce qui est prévu en 2008 ? Que ceux qui sont...

Laurence Ferrari
Une première phase.

Dominique de Villepin
...que ceux qui sont aujourd’hui sans logement du tout, sans abri, qui errent dans les rues, que ceux qui sont dans des logements insalubres, puissent avoir une solution. Il y a 20.000 - en gros - SDF en France, il y a une centaine de milliers de personnes qui sont dans des logements...

Laurence Ferrari
Il y en a un peu plus, à peu près 100.000.

Dominique de Villepin
Non, non... non, non, vous savez, on mélange tout. On mélange tout. Ceux qui sont dans la rue, il y en a 20.000. Alors on rajoute à cette catégorie d’autres gens, mais qui ne sont pas dans la même situation. Le SDF que vous croisez dans la rue, il y en a 20.000. Il y en a environ 100.000 qui sont dans des logements insalubres, inacceptables. En 2008, nous apporterons, le gouvernement, parti sur la lancée, apportera une réponse à ceux qui sont dans cette situation. Et en 2012, c’est un nouveau rendez-vous : c’est là où le droit opposable sera vraiment en action. Et là, ça concernera évidemment un nombre de familles plus large. Nous savons qu’il y a des familles qui sont entassées dans des logements beaucoup trop étroits, donc il faudra apporter une réponse. Mais entre temps, la construction de logements sur la lancée du gouvernement que je dirige, eh bien, aura permis d’apporter des réponses beaucoup plus amples aux préoccupations des Français. Et c’est donc l’Etat qui sera garant, et il pourra déléguer ce droit aux collectivités locales qui le souhaiteront - nous ne pouvons pas imposer, évidemment, ce droit. Donc tout cela se fera en liaison et en dialogue avec les collectivités.

Laurence Ferrari
Dominique de Villepin, on va en rester là pour ce sujet pour l’instant. On va aborder un autre sujet, qui va sans doute vous intéresser et vous faire sourire : celui de l’inconstance des hommes politiques, hommes et femmes d’ailleurs, qui se sont ralliés à des camps différents, à droite comme à gauche...

Dominique de Villepin
Elle n’est pas générale, elle n’est pas générale.

Laurence Ferrari
L’inconstance des hommes politiques, c’est un reportage de Thierry Dagiral et Ludovic Tourte.

(...) Reportage

Laurence Ferrari
Dominique de Villepin, c’est le temps des grandes manœuvres, à quatre mois de l’élection présidentielle ?

Dominique de Villepin
Oui, c’est une présentation un peu cruelle, mais, je crois, injuste, des hommes et des femmes politiques. La constance dans les idées, vous avez parlé d’un certain nombre, je pense à Jean-Pierre Chevènement, je crois qu’elle n’a pas changé. Donc je crois que c’est un peu un procédé. C’est amusant, mais ce n’est pas tout à fait la vérité.

Laurence Ferrari
Vous, il y a un homme que vous n’avez jamais trahi, c’est Jacques Chirac ?

Dominique de Villepin
Oui, enfin, il y a un homme... je n’ai jamais trahi, d’abord moi-même, et puis mes idéaux. Je crois que ça fait partie de l’engagement, des engagements importants de la vie.

Laurence Ferrari
Dominique de Villepin est dans “ Dimanche + ”, caméra embarquée avec le Premier ministre, qui redouble d’activité, à quatre mois de la fin du mandat de Jacques Chirac. Quel regard porte-t-il sur la campagne présidentielle ? Dans un instant, à tout de suite.

(...) Publicité

Laurence Ferrari
On se retrouve en direct dans “ Dimanche + ” avec le Premier ministre, Dominique de Villepin, à un moment crucial, à quatre mois de l’élection présidentielle. Alors les hommes et les femmes qui se sont succédé au poste de Premier ministre sous la Cinquième République savent que le passage à Matignon est souvent l’épreuve du feu, et qu’on en sort rarement indemne. Caméra embarquée donc avec Dominique de Villepin, qui nous a ouvert les portes de l’Hôtel de Matignon ; Mathias Hilion et Ludovic Tourte.

Mathias Hilion
Il est une tradition dont Dominique de Villepin se serait bien passé, en ce début 2007 : assister aux vœux du ministre de l’Intérieur, serrer la main de son meilleur ennemi - sans un regard, ou presque. Face à face au petit déjeuner : Nicolas Sarkozy et ses alliés d’un côté, ses possibles challengers de l’autre. A la sortie, on parle des vacances. Pour le Premier ministre, c’était à la Martinique - et ça se voit. Qu’est-ce que vous avez souhaité à Nicolas Sarkozy pour cette année 2007, et qu’est-ce que lui vous a souhaité ?

Dominique de Villepin
D’abord, remercier Nicolas Sarkozy, puisque nous sommes ici Place Beauvau, et puis souhaiter à l’ensemble du gouvernement, à la fois la sérénité indispensable à la poursuite de l’action...

Mathias Hilion
Pas un mot sur la présidentielle ?

Dominique de Villepin
Ah mais, elle est bien sûr dans toutes les têtes, mais la priorité, c’est bien sûr pour moi l’action gouvernementale.

Mathias Hilion
Entre le ministère de l’Intérieur et l’Elysée, une cinquantaine de mètres, que le gouvernement parcourt à pied. Nicolas Sarkozy est tout sourire : la majorité des ministres s’est déjà ralliée à sa candidature, avant même qu’il soit désigné par les militants UMP. Le chef du gouvernement soigne ses derniers fidèles, dont Nelly Olin.

Dominique de Villepin
Nelly, heureusement que tu fais rempart de ton corps... que tu nous aides à avancer, parce que sinon... que de difficultés !

Mathias Hilion
Pour la dernière fois du quinquennat, le gouvernement Villepin, de moins en moins villepiniste, vient présenter ses vœux au président.

Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’Egalité des chances
...j’ai un rendez-vous !

Mathias Hilion
Ça vous fait quoi d’être un des derniers villepinistes du gouvernement ?

Azouz Begag
Ah, c’est un grand hommage, un grand honneur à la fidélité en politique.

Mathias Hilion
Monsieur de Villepin, c’est qui pour vous ?

Azouz Begag
C’est la France, c’est l’incarnation de l’élégance française, de la République française, que j’aime bien, moi.

Mathias Hilion
Trois heures plus tard, à Matignon, le Premier ministre reprend la main sur le dossier du logement. Un rapport, commandé il y a six mois, lui est remis. Message aux Français : pendant que certains ne parlent plus que de la présidentielle, lui se concentre sur les vrais problèmes des vraies gens, et revendique son bilan.

Dominique de Villepin
Nous avons tenu compte des critiques sur l’hébergement d’urgence, pour améliorer l’accueil et respecter la dignité des personnes concernées.

Mathias Hilion
Dominique de Villepin, ou le parcours atypique d’un homme de l’ombre devenu Premier ministre, sans jamais avoir été élu maire ou député. Sorti de l’ENA en 1980, c’est lui, là, qu’on devine au dernier rang. Dans cette promotion Voltaire, il côtoie un couple qui deviendra lui aussi célèbre : Ségolène Royal se classe 95e, François Hollande, 11e ; Dominique de Villepin, 25e. Carrière diplomatique, puis premiers pas au Quai d’Orsay, auprès d’Alain Juppé, en 93. Deux ans plus tard, Jacques Chirac le nomme secrétaire général de l’Elysée. Les mauvaises langues le tiendront pour l’un des responsables de la dissolution ratée de l’Assemblée en 97. Chirac réélu, il devient ministre des Affaires étrangères. Son discours contre l’intervention américaine en Irak lance sa carrière politique.

(...) Extrait du discours de Dominique de Villepin

Mathias Hilion
Mai 2005, il succède à Jean-Pierre Raffarin, après la victoire surprise du non au référendum européen. Depuis cette date, ce passionné d’art et de littérature, poète à ses temps perdus, vit à Matignon, avec sa famille.

Dominique de Villepin
Entrez, entrez !

Mathias Hilion
Alors donc c’est ici, le bureau du Premier ministre ?

Dominique de Villepin
Voilà, voilà. C’est un bureau qui, en apparence, peut paraître solennel, mais que je m’efforce d’habiter le plus possible au quotidien, ce qui explique un peu d’ailleurs le désordre du bureau. Alors là vous avez par exemple, il y a un galet peint par un ami, Kino (phon), un ami très cher, et alors “ sérénité et compassion ”, je crois que ce sont deux bons conseils pour un Premier ministre. Dès que j’ai quelques minutes à prendre sur mon emploi du temps, je suis toujours content de pouvoir feuilleter des ouvrages sur des personnalités auxquelles je suis attaché, soit des poètes, Antonin Artaud, Rimbaud, Nerval.

Mathias Hilion
Dans votre vie, l’art, la littérature, c’est aussi important que la politique ?

Dominique de Villepin
Oui, c’est indispensable, parce que c’est une façon de donner du relief à la politique. La vie politique vous surprend par ses à-coups, par sa brutalité parfois, et il faut donc remettre les choses en perspective.

Mathias Hilion
Un Premier ministre qui, pour s’évader, prend la plume chaque jour ; il écrit sur la pampa argentine, ou disserte sur la tauromachie. Parfois on a l’impression d’être enfermé, quand on est Premier ministre, dans une belle demeure comme ça ?

Dominique de Villepin
C’est le risque, c’est le risque. J’avoue que je n’ai jamais senti cette odeur de moisi, je n’ai jamais senti ce resserrement, ce rétrécissement. Je crois qu’on a tous les jours besoin d’ouvrir les volets, tous les jours besoin de s’exposer un peu, de se mettre en péril. Or je pense que la politique c’est d’abord ça : c’est se frotter à la réalité.

Mathias Hilion
Une réalité faite d’épreuves, en 2006 : CPE, affaire Clearstream ; la cote de popularité du Premier ministre s’effondre. Même à droite, certains réclament sa démission. Mais en 2007, il est toujours à Matignon. Vous venez souvent vous promener ici ?

Dominique de Villepin
Je viens courir, de temps en temps.

Mathias Hilion
Quand vous passez 19 heures dans le bureau d’un juge, le sport c’est important ? On a parlé des pompes que vous avez faites, par exemple.

Dominique de Villepin
Oui, oui, vous savez, c’est... comme toute personne, quand vous restez longtemps assis, à un moment donné, vous éprouvez le besoin de faire de l’exercice. Là c’est pareil, j’ai fait une pause de dix minutes, où je me suis dit : tiens, faire 100 pompes, ça remet en forme. Je pars du principe qu’en rajouter toujours un petit peu plus, ça permet d’aller mieux.

Mathias Hilion
100 pompes ?

Dominique de Villepin
Oui, 100 pompes.

Mathias Hilion
Pas mal ! La métaphore sportive, toujours, quand on évoque la course à la présidentielle :

Dominique de Villepin
En bon marathonien, je sais que les difficultés elles arrivent entre le 30e et le 42e kilomètre. Et je crois que gambader au 15e ou au 20e, c’est toujours le risque d’avoir un accident après.

Mathias Hilion
Et vous êtes bon entre le 30e et le 40e ?

Dominique de Villepin
J’ai toujours terminé le marathon. J’ai toujours mis un point d’honneur, quelles que soient les difficultés, à aller jusqu’au bout.

Mathias Hilion
Une cinquantaine de blogs militent aujourd’hui pour une candidature de Villepin à l’Elysée, avec le secret espoir d’un effondrement de la machine Sarkozy, qui ferait de leur champion l’homme providentiel.

Laurence Ferrari
Alors Dominique de Villepin, qu’est-ce que vous répondez à vos soutiens, vos internautes, qui demandent votre candidature ?

Dominique de Villepin
Ce que j’ai toujours répondu, à ma place et à ma tâche de Premier ministre, c’est l’engagement que j’ai pris devant les Français, et je veux y être fidèle.

Laurence Ferrari
L’un n’empêche pas l’autre.

Dominique de Villepin
Non, mais je crois que pour bien faire les choses, et en particulier dans une période chargée, vous l’avez rappelé tout à l’heure : loi sur la prévention de la délinquance, réforme de la justice, trois réformes constitutionnelle, vous avez vu que nous avons mis la barre très haut, donc nous allons véritablement terminer ce premier quinquennat de l’histoire de la République, avec beaucoup de travail au service des Français.

Laurence Ferrari
Bon, vous n’écartez pas tout à fait l’hypothèse. Patrick DEVEDJIAN dit, à l’instant, que vous n’avez pas renoncé à être candidat, mais qu’il n’y a pas d’espace politique pour votre candidature !

Dominique de Villepin
Voyez, il n’y a jamais de hasards, en politique...

Laurence Ferrari
Et la réponse à la question !

Dominique de Villepin
...et voilà, donc il me pose la question, et je re-réponds, à ma place, et à ma tâche.

Laurence Ferrari
Alors les inscriptions ont été records, en cette fin d’année, sur les listes électorales. Est-ce que vous y voyez un signe d’une mobilisation particulière pour cette élection ?

Dominique de Villepin
C’est une bonne nouvelle. Je crois que la démocratie française a besoin du concours de tous, et partout sur le territoire. Donc, que chacun s’approprie cet enjeu de la présidentielle est essentiel, parce que c’est bien le destin de la France, pendant cinq ans, qui va se décider, et nous souhaitons tous que ce soit le meilleur. La vraie bataille des présidentielles, c’est de savoir comment nous allons faire gagner la France : comment la France, dans un monde très compétitif, dans un monde difficile, dans un monde où tout s’accélère, comment la France va réussir, non seulement à tenir son rang, selon la formule, mais véritablement à faire en sorte d’occuper toute la place, et satisfaire à toute l’ambition qui est la nôtre.

Laurence Ferrari
On n’a pas encore les chiffres exacts, mais on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de jeunes qui se sont déplacés pour s’inscrire sur les listes électorales.

Dominique de Villepin
Oui.

Laurence Ferrari
Est-ce que vous avez l’impression que la question des jeunes est au centre de la campagne ? Ce n’est pas leur sentiment, ils pensent plutôt qu’on les stigmatise beaucoup, du côté de la droite.

Dominique de Villepin
Vous savez, quand on a voulu faire passer une grande réforme qui concernait directement les jeunes, ils se sont, pour certains d’entre eux, sentis stigmatisés...

Laurence Ferrari
Vous parlez du CPE.

Dominique de Villepin
Donc je pense qu’aucune catégorie n’a vocation à être au cœur de la campagne, c’est les Français qui sont au cœur de la campagne. C’est la France, c’est les Français. C’est bien ça, l’enjeu général. On ne va pas aller segmenter, et considérer que c’est les moins de 25 ans, ou les plus de 50 ans, qui doivent faire l’objet d’un traitement privilégié. Tout le monde. Je crois que c’est l’enjeu : les Français et la France.

Laurence Ferrari
D’accord. Mais est-ce que vous avez un message à leur faire passer, à ceux qui se sont mobilisés contre le CPE, à l’époque ? Vous avez compris leur réaction ?

Dominique de Villepin
Mais bien sûr, je l’ai compris. Je l’ai compris, et tout en la regrettant, à la fois. Parce que je constate qu’aujourd’hui, sur la table des présidentielles, il n’y a aucune proposition qui permette de faire passer les jeunes chômeurs - 23 % dans notre pays - à une situation meilleure. Donc je crois qu’il va falloir plus d’ambition, en particulier pour la jeunesse, de nouvelles propositions...

Laurence Ferrari
Du côté de l’UMP ?

Dominique de Villepin
Partout ! Mais attendez, vous avez vu le programme en matière d’emploi du Parti socialiste ? Je crois qu’il y a beaucoup, beaucoup à faire. Nous ne sommes pas au niveau véritablement de ce que la France doit ambitionner pour ces prochaines années. Nous avons fait un parcours formidable en matière d’emploi : arriver à passer du chiffre qui était le nôtre - 10,2 - à 8,8, et nous ne serons sans doute pas très loin des 8 %, je crois que c’est véritablement un formidable bilan pour les Français. Nous avons bien travaillé. Mais il faut aller plus loin. L’ambition, c’est : comment nous allons passer de 8 % à 5 %, et comment nous allons diviser par deux ce chômage des jeunes. Ça, ça demande de l’imagination, ça demande de la constance dans l’effort. Parce que, si chaque fois qu’il y a un changement présidentiel, on revient à zéro, on fait table rase, eh bien on n’avancera pas.

Laurence Ferrari
C’est le risque, si Nicolas Sarkozy est élu ? Qu’il fasse table rase de votre bilan et des années Chirac ?

Dominique de Villepin
Mais non, mais moi je ne suis pas attaché à mon bilan parce que c’est mon bilan ; je suis attaché à ce que la France poursuive ses efforts. Quand on réussit quelque chose, c’est le cas de la politique de l’emploi que nous avons menée, eh bien, autant accélérer, développer, et ne pas revenir sur ce qui a été fait. C’est, je crois, ce que propose le Parti socialiste. Ça, ça ne me paraît pas être la bonne solution. Je crois qu’il faut être pragmatique, quelles que soient les idées, et d’où qu’elles viennent. C’est ce que nous avons fait en matière d’emploi : j’ai additionné les méthodes qui avaient été employées - pour celles qui avaient marché - par la gauche, et j’ai mis en œuvre ce que nous croyons, nous à droite, être les vraies réponses. Avec tout ça, on a fait bouger les lignes. Personne ne pensait, il y a deux ans, que ce fût possible, et tout le monde considérait qu’il y avait une fatalité. Eh bien nous avons montré que c’était au contraire quelque chose de possible.

Laurence Ferrari
Pour autant, vous n’estimez pas que le niveau du débat est quand même assez élevé ?

Dominique de Villepin
Alors je pense que nous sommes dans un moment très important de notre vie politique. Nous avons besoin, aujourd’hui, de franchir une étape, donc d’apporter des idées qui soient capables véritablement de changer les choses. C’est ce qu’a fait le président de la République : en apportant une vision, il a mis sur la table - et c’est un élément du débat - véritablement des propositions qui permettent aujourd’hui d’avancer. Nous avons engagé une réforme fiscale ; il faut naturellement aller plus loin. Nous avons fait une réforme de l’impôt sur le revenu ; il va falloir faire une réforme économique, et en particulier de l’impôt sur les sociétés, qui permette aujourd’hui d’avancer. Donc tout ça, c’est le débat d’aujourd’hui. Je crois que s’il y a beaucoup d’intérêt certes pour la présidentielle, mais il y a aussi en même temps une inquiétude, c’est que le débat ne se noue pas. Faisons attention que, à force de voir une bataille d’images... Ségolène Royal devant la Muraille de Chine, c’est formidable, mais enfin, ça ne fait pas avancer le débat des Français !

Laurence Ferrari
C’est formidable ?

Dominique de Villepin
Ça ne fait pas avancer d’un iota le débat des Français ! Alors on ne peut pas avoir une campagne présidentielle qui se réduise à quelques vocalises au rythme d’un 33-tours, et à quelques jolies images avec de belles écharpes. Ce n’est pas ça, l’enjeu pour nos compatriotes.

Laurence Ferrari
Concrètement, le congrès de l’UMP c’est la semaine prochaine ; vous serez présent ?

Dominique de Villepin
Je serai présent, pour le déjeuner. C’est un moment de rassemblement pour notre famille politique, c’est une étape. Donc je serai présent, même si je ne participerai pas au vote, car il ne vous a pas échappé que, le président de la République ne s’étant pas prononcé, comme chef du gouvernement, je ne suis pas en mesure de participer à ce vote...

Laurence Ferrari
Donc vous vous abstenez ? Vous vous abstenez ?

Dominique de Villepin
...mais j’apporterai, bien sûr, ma contribution à ma famille.

Laurence Ferrari
Vous prononcerez un discours à cette occasion ?

Dominique de Villepin
Je l’ai dit, je serai présent au déjeuner. Donc, laissons à cette journée, qui est une journée où sera connu le vote des militants, tout son sel - c’est le sens de cette réunion.

Laurence Ferrari
D’accord. Nicolas Sarkozy a-t-il déjà évoqué avec vous la date de son départ de la Place Beauvau ?

Dominique de Villepin
Non.

Laurence Ferrari
Pas encore ? Il l’a fait avec le président Jacques Chirac ?

Dominique de Villepin
Il en a parlé avec le président de la République, et nous aurons l’occasion d’en parler dans les prochaines semaines. Mais enfin, il est clair que c’est d’abord la responsabilité de Nicolas Sarkozy. Il appartient à Nicolas Sarkozy de savoir, comme candidat intronisé par l’UMP, ce qui est le meilleur pour lui, et ce qui lui donne le plus de liberté, ce qui permet d’aller davantage à la rencontre des Français. Donc c’est un choix qui lui appartient d’abord. Moi, mon exigence, celle que je pose, comme le président de la République, c’est que le gouvernement travaille jusqu’au bout, c’est-à-dire que le travail qui doit être fait, soit fait.

Laurence Ferrari
En bon chef de gouvernement, vous avez donc pensé à un remplaçant, s’il décidait de quitter le navire gouvernemental ?

Dominique de Villepin
Tout à fait.

Laurence Ferrari
Vous avez un nom ?

Dominique de Villepin
J’ai un nom, mais je ne vous le donnerai pas !

Laurence Ferrari
D’accord ! La campagne électorale, est-ce que tout est joué maintenant, à quatre mois des présidentielles, à votre avis ?

Dominique de Villepin
Vous savez, une campagne électorale, c’est le choix des Français, donc par définition, rien n’est joué jusqu’au moment de l’élection. Et je pense que ce serait une gigantesque erreur que d’imaginer que tout est joué. Au contraire, nous sommes loin du compte, et c’est le message que je donne à ma famille politique. Donc, créons la dynamique des volontés, créons la coalition des ambitions, qui permette véritablement d’arriver et de répondre aux attentes des Français. Ça demande beaucoup d’efforts. Vous savez, moi, en politique, et en particulier dans les présidentielles, j’ai un petit peu d’expérience, je ne connais pas la machine à perdre, dont certains parlent. La machine à perdre, c’est une invention des perdants, qui veulent trouver des boucs émissaires. Mais par contre, je sais ce que c’est qu’une machine à gagner. Et la machine à gagner, ça commence par la transformation et la métamorphose d’un candidat, qui devient le choix des Français. Et qu’est-ce qui s’est passé en 95, comme en 2002, même si le parcours a été un peu singulier ? C’est que, jour après jour, Jacques Chirac s’est agrandi, s’est élargi, de cette ambition française. Il a épousé véritablement la fonction qui était la sienne. Et rappelez-vous, en 95, avec une véritable dynamique : Madelin, Jean-Louis Debré, Alain Juppé, Philippe Seguin, des personnalités fortes, qui à aucun moment ne se sont reniées, mais qui ont mis tout leur poids dans la bataille. Aujourd’hui, c’est vrai que j’estime qu’il y a encore un élan à donner. Quand je vois quelqu’un comme Jean-Louis Borloo, avec le bilan qui est le sien, l’action qu’il a menée, le tempérament qui est le sien ; quand je vois...

Laurence Ferrari
Il pourrait faire un bon candidat ?

Dominique de Villepin
Mais, Jean-Louis Borloo a quelque chose d’essentiel à dire, pour la campagne à droite des présidentielles. Donc ça, ça doit faire partie de cette dynamique. Je parlais de coalition des volontés ; c’est véritablement le trajet qui doit être emprunté. Michèle Alliot-Marie, elle a réussi une grande réforme : la professionnalisation des armées. Eh bien, que tout ça soit conjugué, que tout ça soit mis ensemble. Vous savez, si on veut aligner une famille politique, réduit derrière un candidat, sous forme de petits pois ou comme les sardines dans une boîte, vous ne gagnez pas comme ça. Ne l’oublions pas : une élection, ce n’est pas de la simple arithmétique. Aujourd’hui, il n’y a pas de candidat en France qui puisse, sur son nom, l’emporter. C’est dire qu’il va falloir faire un travail énorme pour arriver à avoir 50 % plus une voix - sauf à penser qu’on peut élire un candidat par défaut. Personne ne passe aujourd’hui spontanément cette barre. Sauf de façon arithmétique. Donc ça veut dire qu’il faut additionner des forces, additionner des idées, conjuguer des visions. Moi j’aurai l’occasion, en toute liberté, de faire des propositions pour notre pays - il est bien normal, comme chef du gouvernement, que je fasse part de la vision, des propositions qui sont les miennes. Mais je crois qu’il faut être dans un esprit qui ne soit pas un esprit réducteur. Il faut être généreux, il faut être fraternel. C’est d’abord vrai au sein de notre propre famille, et c’est comme ça que nous gagnerons.

Laurence Ferrari
Monsieur Dominique de Villepin, vous ne vous êtes pas exprimé depuis que vous avez été auditionné par les juges dans l’affaire Clearstream ; est-ce que vous avez été humilié, à ce moment-là, ou pas du tout ?

Dominique de Villepin
Non...

Laurence Ferrari
Vous avez eu le sentiment de participer à la clarification de cette affaire ?

Dominique de Villepin
...non, j’étais comme n’importe quel citoyen français, à qui la justice demande d’apporter son témoignage. Je trouve normal de répondre aux questions qui sont posées, et ce que je souhaite, c’est que cela puisse permettre de faire avancer la vérité. Mais, beaucoup d’incompréhension, dans une affaire comme celle-ci. Donc il est important de corriger les choses. J’ai souffert moi-même de mensonges, de calomnies, j’éprouvais donc le besoin de remettre les choses à leur place.

Laurence Ferrari
Vous avez songé à ce que vous allez faire après la présidentielle, déjà ?

Dominique de Villepin
Ecoutez, je n’ai pas beaucoup le temps d’y penser, mais je vais vivre, comme chacun d’entre nous, je vais faire ce que j’aime.

Laurence Ferrari
Poésie, diplomatie ?

Dominique de Villepin
Oui, enfin écoutez, on verra bien...

Laurence Ferrari
Engagement politique ?

Dominique de Villepin
...on verra bien. Mais en tout état de cause, continuer à me battre pour notre pays, parce que, quand on a ça dans le sang, eh bien, il faut poursuivre.

Laurence Ferrari
Par le biais d’un mandat local, national ? Une élection à la Mairie de Paris, pourquoi pas ?

Dominique de Villepin
Oui, ce n’est pas le parcours que j’ai spontanément choisi. Je n’ai pas choisi la politique en professionnel. Donc, mener des combats, oui, mais à ma façon.

Laurence Ferrari
D’accord. Dominique de Villepin, je ne sais pas si vous utilisez beaucoup internet ? Je n’ai pas vu d’ordinateur sur votre bureau, je ne sais pas...

Dominique de Villepin
Il est à côté du bureau.

Laurence Ferrari
...dans la caméra embarquée. En tout cas, les candidats ont beaucoup utilisé le web pour leurs vœux aux Français ; on va regarder “ Campanet, le bon goût de la campagne, mais sur le Net ”.

(...) Reportage “ Campanet ”

Laurence Ferrari
Dominique de Villepin, qu’est-ce que vous souhaitez à Jacques Chirac pour cette année : qu’il se représente ?

Dominique de Villepin
Ecoutez, je lui souhaite plein de bonnes choses. D’abord, la santé, parce que, nous le savons tous, les Français le savent, c’est quand même l’essentiel. Et puis, plein de vœux pour ces prochains mois, qui seront des mois importants, où le président de la République a, par essence, par définition, un rôle important à jouer. Et puis il y a un choix, qui lui appartient, et que je respecte, bien sûr.

Laurence Ferrari
Mais vous le souhaitez, qu’il soit candidat ?

Dominique de Villepin
Mais écoutez, je souhaite qu’il exprime ce qu’il pense être le meilleur pour la France et pour lui.

Laurence Ferrari
D’accord, donc qu’il se représente ?

Dominique de Villepin
J’ai dit ce que j’ai dit, Laurence Ferrari.

Laurence Ferrari
Alors on va écouter, Dominique de Villepin, “ Les off de campagne ”, c’est une rubrique culte de “ Dimanche + ”, avec J-C de REVIERE et Olivier ROUSSEAU.

(...) Reportage “ Les off de campagne ”

Laurence Ferrari
Voilà, on a fini, Dominique de Villepin.

Dominique de Villepin
Merci Laurence Ferrari

Laurence Ferrari
Merci d’être venu dans “ Dimanche + ”.

Dominique de Villepin
Merci à vous.

Laurence Ferrari
La semaine prochaine je reçois la candidate des Verts pour la présidentielle, Dominique Voynet.

Dominique de Villepin
Bon courage !

Publié dans Interview

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