Chirac entre de plain-pied dans la campagne

Publié le par P.A.

Le chef de l'Etat a défini hier un programme économique et social pour les cinq ans à venir.

« ON NE SORT de l'ambiguïté qu'à son détriment. » Jacques Chirac avait peut-être en tête la célèbre phrase du cardinal de Retz, lorsqu'il a conçu les voeux très offensifs, qu'il décline depuis le 31 décembre. Car, pour ces derniers voeux de son quinquennat, voire de sa présidence, le président de la République souhaitait entretenir le plus longtemps possible l'incertitude sur ses intentions d'être ou non candidat à un nouveau mandat. « S'il s'était contenté d'un discours bilan, il était mort politiquement. Il ne restait plus qu'à clouer le cercueil », observe un proche.

« Mon intention, aujourd'hui, n'est pas de revenir longuement sur ce qui a été fait », a donc prévenu le chef de l'État. Pas de bilan, ou très peu. Et beaucoup de prospective. Hier devant les « forces vives », responsables syndicaux, patronaux et associatifs, Jacques Chirac a fait un vrai discours programme, en exposant sa vision de l'économie pour les cinq années à venir, soit bien au-delà de la fin de son mandat, en mai, et en défendant le modèle social à la française. Un modèle qu'il juge « parfaitement adapté au monde d'aujourd'hui, à condition d'aller au bout de sa logique, et de le moderniser en permanence », alors que Nicolas Sarkozy l'a souvent critiqué. Création d'une sécurité sociale professionnelle, droit à la participation pour tous les salariés, et non plus pour un salarié sur deux, « effort sans précédent pour la recherche publique et privée » et pour les universités, renforcement de la filière nucléaire, mise en place au niveau européen d'une « taxe carbone » sur les produits en provenance des pays qui refuseront de s'engager sur le changement climatique : le président a égrené toute une série d'annonces. Les plus spectaculaires sont la baisse de l'impôt sur les sociétés à un taux de 20 % en cinq ans pour faire face à « la concurrence fiscale entre les nations » et la fusion de l'ANPE et de l'Unedic, avec un « seul objectif qui vaille, le plein-emploi ».

Dans ce discours, Jacques Chirac n'a pas ménagé les principaux candidats, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. « Il faut se garder des idéologies, des illusions : la réduction du temps de travail comme solution au chômage, la hausse des impôts plutôt que les réformes. Il faut tout autant écarter la voie d'une France convertie au tout libéral, à la compression des salaires, au rétrécissement de la protection sociale. La France a les moyens d'une bien plus grande ambition. D'une ambition qui lui ressemble », a-t-il dit, renvoyant dos à dos PS et UMP.

Cette « contribution au débat », selon une expression de l'Élysée, avait des allures de programme électoral, résolument tourné vers le moyen et le long terme. Un programme de candidat ou un programme pour un candidat ? Depuis le 31 décembre, Jacques Chirac s'emploie à fixer les enjeux de cette campagne qui, à l'entendre, ne se situe pas au niveau où elle devrait être. Alors que bien peu, ces derniers mois, croyaient encore sa candidature possible, ce n'est plus tout à fait une hypothèse d'école. Fort de son expérience de 1995 et de 2002, le président est bien placé pour se dire qu'une campagne électorale se gagne dans la dernière ligne droite.

Dominique de Villepin, qui a pris une part déterminante à ces victoires, est sur la même longueur d'ondes. Les choses sérieuses n'ont « pas commencé », confiait-il hier à l'Élysée. « Nous sommes aujourd'hui dans une équation de départ, pas dans une équation d'arrivée. » Dénonçant « des scénarios sans imagination », le premier ministre voulait croire que la campagne allait encore réserver « des surprises ».

Dans toutes les grandes démocraties occidentales, les batailles électorales ont réservé de telles surprises, comme on l'a vu récemment en Allemagne, expliquait-il. Pour Dominique de Villepin, en tout cas, depuis le 31 décembre, l'Élysée et Matignon « ont débordé tous les projets présidentiels ». « Le souffle vient de là, a-t-il ajouté. Le travail du gouvernement, sous l'égide du président, est en avance sur le travail des partis. »

Source: Le Figaro

Publié dans 2007

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