17 heures d'audition pour Villepin

Publié le par P.A.

Un véritable marathon, qui entrera dans les annales de l'histoire judiciaire : le premier ministre n'est ressorti que vers 3 heures du matin du bureau des juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. L'air souriant et détendu à sa sortie, il a affirmé être "soucieux de faire avancer la vérité" dans cette affaire dont il se dit "victime".

 
COURTOISE. Telle est, en substance, l'ambiance qui présidait, hier, à l'audition de Dominique de Villepin par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Arrivé peu avant 9 heures rue des Italiens, au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris, le premier ministre était encore interrogé tard dans la soirée.
 
Auparavant, les deux magistrats lui avaient accordé une « pause déjeuner » d'un peu plus d'une heure entre 14 heures 30 et 15 heures 30, le temps d'un aller-retour à Matignon. Officiellement, selon son entourage, Dominique de Villepin « a fait un point sur les dossiers avec son directeur de cabinet », Bruno Le Maire.
 
Mais cette pause de la mi-journée a également été mise à profit pour couper court aux rumeurs des derniers jours annonçant une mise en examen surprise du premier ministre. C'est bien, comme prévu, en qualité de simple témoin qu'il était interrogé hier. Et histoire de dédramatiser, Dominique de Villepin a confié à son entourage comme seul commentaire : « Cela se passe très bien. Les deux juges sont très gentils, très courtois, mais cela risque de prendre beaucoup de temps car ils ont beaucoup de questions à poser .»
 
Sur le fond, rien n'a filtré de l'interrogatoire mais, de source proche du dossier, on indiquait que les deux magistrats instructeurs avaient préparé plus d'une centaine de questions. Reste à savoir si les ­réponses seront de nature à faire progresser l'enquête. Car, malgré les moyens exceptionnels mis en oeuvre pour une affaire de «dénonciation calomnieuse », le dossier est aujourd'hui dans une impasse. Seules quatre personnes sont poursuivies : Jean-Louis Gergorin, qui a reconnu avoir transmis les courriers anonymes au juge Van Ruymbeke, Imad Lahoud, suspecté d'être le falsificateur des listings, Florian Bourges, l'informaticien qui aurait dérobé les documents de Clearstream, et le journaliste Denis Robert qui les aurait recélés.
 
Dans ces conditions, contrairement à ce qu'ils avaient indiqué à certaines parties civiles, les juges d'Huy et Pons ne devraient pas clore leur instruction au lendemain de l'audition de Dominique de Villepin. Si celle-ci marque sans doute la fin du volet politique de l'affaire, les magistrats pourraient, dans les prochaines semaines, organiser une série de confrontations entre les différents protagonistes. Jean-Marie d'Huy et Henri Pons attendent également des expertises infor­matiques, demandées en juin et non encore versées au dossier d'instruction.
 
Demandes d'annulation de la procédure
 
L'affaire Clearstream ne semble donc pas encore terminée. D'autant que plusieurs sources proches du dossier considèrent qu'en l'état, la procédure ne peut être valablement présentée devant un tribunal correctionnel. En effet, des vérifications - des commissions rogatoires internationales - lancées par Renaud Van Ruymbeke, dans le volet qu'il instruit, ont déjà dédouané diverses personnalités, parmi lesquelles Nicolas Sarkozy. Mais ces pièces ne pouvant être utilisées que dans une seule procédure, les juges d'Huy et Pons devront en faire à nouveau la demande auprès d'établissements bancaires étrangers. En clair, ils vont renouveler les démarches destinées à vérifier que les personnes citées sur les listings ne possèdent pas de comptes auprès de Clearstream sous peine de voir s'effondrer l'ensemble de leur construction judiciaire...
 
Par ailleurs, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris va très bientôt avoir à se prononcer sur les différentes demandes d'annulation de la procédure, déposées par les défenseurs de Jean-Louis Gergorin et d'Imad Lahoud. « Après tout ça, rien ne dit que l'affaire Clearstream sera jugée un jour », soupirait il y a quelques jours un haut magistrat parisien.
 
Source: Le Figaro

Publié dans 2007

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