Dominique de Villepin interrogé dans l'affaire Clearstream

Publié le par P.A.

Deux juges d'instruction mènent depuis jeudi matin l'interrogatoire du Premier ministre Dominique de Villepin dans l'affaire des listings falsifiés de la société financière luxembourgeoise Clearstream.

Le chef du gouvernement est arrivé avec une escorte de motards et de policiers à 09h00 au pôle financier du palais de justice, dans le quartier des grands magasins.

C'est seulement la deuxième fois sous la Ve République qu'un Premier ministre est entendu comme témoin par un juge, après Lionel Jospin en 2001 dans une affaire de financement du PS.

D'importants effectifs de police ont été déployés dans le quartier. Un système de communication crypté a été installé dans une salle du pôle financier, pour faire face à toute urgence éventuelle dans les fonctions de chef de gouvernement.

L'audition pourrait durer toute la journée, comme cela fut le cas le 9 novembre avec la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, entendue pendant près de 12 heures.

Les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons doivent déterminer si Dominique de Villepin a eu ou non un rôle pénalement répréhensible dans cette affaire de manipulation.

L'audition comme simple témoin signifie qu'aucune charge ne sera retenue à ce stade contre lui. Un changement de statut vers celui de "témoin assisté" ou mis en examen n'est cependant pas techniquement exclu d'ici la fin de l'enquête.

Il semble peu probable, les investigations semblant quasi-achevées. Les dizaines d'auditions de témoins et les perquisitions à la Défense, aux services secrets et à EADS menées dans ce dossier n'ont pas permis d'imputer à Dominique de Villepin un rôle direct dans la manipulation.

Le chef du gouvernement s'est dit serein avant l'audition. "Je suis heureux de pouvoir apporter mon témoignage dans un dossier où beaucoup de mensonges et beaucoup de calomnies ont été portés, et dont j'ai eu à souffrir au fil des dernières années", a-t-il dit mardi à la presse.

COPE FUSTIGE LA "RUMEUR"

"Cette affaire a été très largement un dossier bâti sur la rumeur", a dit jeudi le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé, qui a défendu "la présomption d'innocence".

Les juges enquêtent sur la manipulation menée avec des faux listings de comptes bancaires de Clearstream sur lesquels figuraient des centaines de noms, dont ceux de Nicolas Sarkozy, Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin et Dominique Strauss-Kahn.

Selon l'accusation, ces fausses listes ont été fabriquées en 2003 par Imad Lahoud, alors cadre d'EADS, à partir de documents authentiques dérobés chez Clearstream par un consultant, Florian Bourges et transmis à un journaliste, Denis Robert.

Les fausses listes ont été remises au juge Renaud Van Ruymbeke au printemps 2004 par Jean-Louis Gergorin, ami de Dominique de Villepin et vice-président d'EADS, démarche qui a entraîné une enquête officielle menaçante pour les personnes concernées.

Certaines parties civiles, dont Nicolas Sarkozy, se demandent si l'affaire a été ou non utilisée par Dominique de Villepin pour des buts politiques.

Le chef du gouvernement nie avoir eu en mains les fausses listes, mais Philippe Camus, ancien dirigeant d'EADS, l'a contredit devant les juges le 13 décembre en expliquant que Jean-Louis Gergorin lui avait affirmé dans un message téléphonique avoir remis ces documents à Dominique de Villepin, écrit Le Monde de vendredi.

Les magistrats ont demandé à plusieurs témoins si Dominique de Villepin était ou non habilité à solliciter le 9 janvier 2004, alors qu'il était aux Affaires étrangères, de nouvelles investigations sur les listes au général Philippe Rondot, spécialiste du renseignement, déjà mandaté depuis fin 2003 par la Défense.

Ni le Premier ministre de l'époque Jean-Pierre Raffarin, ni le successeur de Dominique de Villepin au Quai d'Orsay, Michel Barnier, ni Arnaud Lagardère, actionnaire d'EADS rencontré en septembre 2004, n'ont été informés de ces démarches.

L'enquête a aussi montré que, passé à l'Intérieur, Dominique de Villepin a demandé une seconde enquête à la DST en juillet 2004. Toutes les procédures ont conclu que les listings étaient faux mais cela n'a jamais été porté à la connaissance du juge Van Ruymbeke, dont l'enquête n'a abouti que fin 2005.

Un autre épisode litigieux, contesté par le Premier ministre, ressort des notes du général Rondot, saisies, qui laissent penser que Dominique de Villepin est intervenu pour faire libérer Imad Lahoud d'une garde à vue dans une autre affaire en mars 2004.

Source: Reuters

Publié dans 2007

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