Villepin plaide pour l'émergence de géants industriels européens

Publié le par P.A.

TOULOUSE (Reuters) - Dominique de Villepin a plaidé pour la constitution de groupes industriels européens de taille mondiale, exhortant à cet effet la Commission européenne à faire preuve de souplesse en matière de droit à la concurrence.

Lors de son passage à Toulouse mardi, au cours duquel il a promis 145 millions d'euros d'aide aux sous-traitants de la filière aéronautique de la région, le Premier ministre a également invité l'Europe à se doter "d'outils efficaces pour défendre leurs intérêts essentiels".

"Comme la réussite du groupe franco-allemand EADS pour l'aéronautique, comme le futur groupe franco-belge Gaz de France-Suez, notre industrie européenne a besoin de leaders pour chacune de ses grandes filières", a dit Dominique de Villepin.

"Mais pour cela, il est impératif que les règles européennes aillent dans le bon sens. Je pense en particulier au droit à la concurrence. Ce droit a beaucoup évolué au cours des dix dernières années", a-t-il ajouté.

"Nous devons maintenant parvenir à un meilleur équilibre entre les objectifs de consolidation de notre industrie et la défense des consommateurs. Le droit à la concurrence doit aller de pair avec la mise en place de véritables champions européens de taille mondiale", a poursuivi le Premier ministre.

Se référant aux dispositifs dont se sont dotés la Chine et les Etats-Unis pour "défendre leurs intérêts stratégiques", il a estimé que l'Europe paraissait "désarmée".

"Dans la concurrence mondiale, l'Europe doit plus systématiquement, sous l'égide de la Commission européenne, appliquer un principe de réciprocité lorsque les règles applicables au commerce ou à la libre circulation des capitaux, les normes comptables ou les dispositions de contrôle des investissements étrangers sont déséquilibrés", a souligné Dominique de Villepin.

DECISION SUR L'A350 FIN NOVEMBRE

Avant d'exprimer ses idées sur l'avenir industriel de la France lors du discours de clôture du cinquième forum de financement de l'innovation prononcé à Labège, près de Toulouse, Dominique de Villepin avait réuni Airbus et ses sous-traitants autour d'une table ronde pour leur promettre une aide de 145 millions d'euros sur les deux ans à venir.

L'ensemble de la filière est touché par les retards de l'A380, le futur très gros porteur de l'avionneur européen. Les seuls sous-traitants du secteur redoutent les effets du plan "Power 8" prévu par Airbus, qui prévoit notamment d'arriver à des économies de coûts de deux milliards d'euros par an d'ici 2010.

Dominique de Villepin, qui s'est également prononcé pour un lancement rapide de l'A350 XWB - l'avion censé concurrencer le Boeing 787 - a précisé que l'ensemble de la filière recevrait 80 millions d'euros d'avances remboursables, équitablement réparties entre 2007 et 2008.

Le plan d'aide du gouvernement prévoit également 50 millions d'euros pour les prochains appels d'offres des pôles de compétitivité autour de l'aéronautique et 15 millions pour un "campus de recherche" consacré au secteur.

"Le message que je suis venu adresser est simple : nous sommes aux côtés d'Airbus, à côté de l'ensemble des sous-traitants pour relever tous les défis. Une enveloppe de 145 millions d'euros, c'est un engagement fort, nous sommes aux côtés des industriels", a dit Dominique de Villepin lors de la visite d'un site de Mécaher, un sous-traitant d'Airbus.

"Nous sommes tout à fait favorables au lancement de l'A350", a-t-il ajouté. L'Etat français est actionnaire à hauteur de 15% d'EADS, la maison-mère d'Airbus, dont le conseil doit se prononcer sur le lancement de l'A350.

Louis Gallois, président d'Airbus et co-président exécutif d'EADS, qui accompagnait Dominique de Villepin, a précisé que cette décision interviendrait autour de la fin du mois de novembre, tout soulignant que le lancement de l'appareil dépendrait de la bonne mise en oeuvre du plan Power 8.

"On ne lancera pas l'A350 sans Power 8. Le conseil d'administration d'EADS ne prendra sa décision que lorsqu'il sera assuré des résultats de Power 8", a-t-il déclaré.

"J'espère que nous aurons le lancement du programme dès lors que nous aurons suffisamment rassuré le conseil d'administration sur les retombées de Power 8. La décision appartient cependant au conseil et devrait être prise fin novembre", a poursuivi Louis Gallois.


Publié dans 2007

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