Villepin : « Faciliter la vie quotidienne »

Publié le par P.A.


Le Premier ministre est, ce matin, en Haute-Saône pour visiter deux entreprises et évoquer la question du développement des territoires ruraux. Il a répondu à nos questions.

Propos recueillis par Chantal DIDIER

 

- Vous vous rendez en Haute-Saône, département très rural, est-ce pour signifier l'importance de l'agriculture dans l'économie française ?

 

- Comment imaginer la France sans une agriculture forte ? C'est une part de notre identité. C'est aussi un secteur clé pour notre économie : un secteur qui représente 1 million d'emplois agricoles, auxquels s'ajoutent les 400.000 emplois de l'industrie agro-alimentaire. L'agriculture, ce sont 40 milliards d'exportations agroalimentaires, ce qui fait de la France le deuxième exportateur mondial pour les produits agricoles et le premier pour les produits agricoles transformés. Je veux donner à nos agriculteurs les moyens de relever de nouveaux défis pour que l'agriculture reste au cour de notre économie.

 

- Où en sont les pôles d'excellence rurale annoncés par votre gouvernement ?

 

- Avec les pôles d'excellence rurale, nous avons voulu appliquer au monde rural un principe qui guide toute l'action du gouvernement : nous sommes plus forts lorsque nous rassemblons nos forces autour de projets innovants et ambitieux. Dès le premier appel à candidatures, nous en avons labellisé 167. Tous ceux qui participent à ces pôles d'excellence rurale me disent que ces projets marchent. C'est pourquoi nous avons lancé un deuxième appel à candidatures, pour lequel nous avons reçu plus de 400 dossiers. Devant ce succès formidable j'ai décidé de labelliser 200 pôles supplémentaires pour décembre prochain, au lieu des 125 prévus initialement. Vous le voyez, c'est une véritable ambition que porte le gouvernement pour nos territoires ruraux.

 

Un accès à la technologie pour tous

- Les zones rurales ne veulent pas être à l'écart des nouvelles technologies. Y auront-elles bientôt un accès intégral ?

 

- La vie quotidienne doit être aussi facile à la campagne qu'en ville. C'est vrai pour l'accès aux services publics, pour la santé, l'éducation, la garde d'enfants. C'est vrai aussi pour l'accès aux nouvelles technologies, notamment de l'information, qui sont essentielles pour trouver un travail, des informations, ou tout simplement pour les loisirs. Avec Christian Estrosi, nous avons accéléré le déploiement du plan de couverture en téléphonie mobile : fin 2007 toutes les communes de France seront couvertes. Pour ce qui est d'Internet à haut débit, seules 6.000 communes avaient accès à l'ADSL en 2002. Dès la fin de cette année, 98 % des Français y auront accès. Pour les 3.500 communes restantes nous avons lancé en juin dernier le plan de couverture des zones blanches haut-débit dotées de 10 millions d'euros : toute commune qui le souhaite pourra compter sur un soutien financier allant jusqu'à 80 % pour raccorder sa mairie et son école au haut débit.

 

- Vous avez parlé mardi d'une police de tranquillité publique : est-ce un jeu sur les mots, une labellisation de la police de proximité ou une réorientation du rôle des forces de l'ordre ?

 

- Avec le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et l'ensemble du gouvernement nous avons un objectif : renforcer la sécurité des Français. Depuis 2002 nous avons obtenu des résultats considérables. Nous nous heurtons encore à une forme de violence préoccupante qui ne recule pas suffisamment : les violences aux personnes. Nous voulons prendre un certain nombre de décisions pour répondre à ces violences. Je pense au projet de loi de prévention de la délinquance, qui prévoit notamment la présentation immédiate des mineurs devant les juges. Je pense également à la police de tranquillité publique. De quoi s'agit-il ? D'une police qui aura plus de contacts avec les habitants, qui établira des liens de confiance avec eux pour mieux connaître les problèmes spécifiques de chaque quartier, et qui sera présente aux heures et aux endroits les plus exposés. Pour éviter tout malentendu, je précise que le rôle de cette police de tranquillité publique n'est en aucun cas de se substituer aux acteurs sociaux. L'objectif, c'est bien le maintien de l'ordre et la sécurité de nos concitoyens, à travers un travail d'investigation et d'interpellation.

 

« Gouverner suppose une méthode »

- Les députés UMP s'interrogent sur les peines plancher. Vous vous y êtes opposé lorsque vous étiez à l'Intérieur. En est-il toujours de même ?

 

- La vraie question, c'est de savoir comment être efficace dans la lutte contre la délinquance et les violences. Nous avons durci considérablement notre dispositif : élargissement de la gamme des sanctions, présentation immédiate des mineurs, nouvelles incriminations contre les guet-apens. Et puis, les mineurs de plus de 16 ans pourront encourir la même peine qu'un majeur lorsque le juge décidera d'écarter l'excuse de minorité. Tout cela répond à des cas concrets et donnera des résultats. Enfin, la loi a déjà durci les sanctions à l'égard des récidivistes, notamment en prévoyant l'incarcération des récidivistes violents ou en limitant les réductions de peines.

 

Faut-il aller jusqu'aux peines plancher ? Je ne le crois pas. Pour qu'une peine soit efficace, il faut qu'elle soit personnalisée. Ce qui compte, ce n'est pas d'alourdir à l'excès les sanctions sur le papier, c'est de s'assurer que les sanctions soient effectivement appliquées sur le terrain. C'est comme cela que nous combattrons le sentiment d'impunité. C'est ce que fait le gouvernement.

 

- Sur de nombreux sujets, vous semblez rechercher le point d'équilibre. Est-ce pour rendre compatible les positions des ministres du gouvernement ? Ou parce que vous pensez que c'est le meilleur art de gouverner ?

 

- Oui, je crois que gouverner suppose une méthode. Cela implique le dialogue, la concertation approfondie, l'échange. C'est ce que nous avons fait avec le permis à points. Nous avons consulté les associations d'usagers de la route, les associations de victimes. Ça nous permet de trouver le point d'équilibre pour aller de l'avant. Sur des questions souvent complexes, la solution ne peut être trouvée que dans la prise en compte des différents points de vue. Une fois qu'on a pesé tous les enjeux, il faut trancher avec une seule préoccupation : l'intérêt général.

source: L'Est Républicain du 10 Novembre 2006

Publié dans 2007

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