Pour un patriotisme économique

Publié le par P.A.

Déclaration de Dominique de Villepin (Juillet 2005)

 Je souhaite rassembler toutes nos énergies autour d’un véritable patriotisme économique. Je sais que cela ne fait pas partie du langage habituel. Mais il s’agit bien, quand la situation est difficile, quand le monde change, eh bien, de rassembler nos forces. Rassembler nos forces, cela veut dire que nous valorisons le fait de défendre la France et ce qui est français. Cela s’appelle le patriotisme économique.

Il y a en effet un vrai paradoxe français : nous voulons garantir un niveau de protection élevé à nos salariés, mais nous ne défendons pas suffisamment nos intérêts économiques nationaux. Or nous ne défendrons bien les intérêts des salariés que si nous protégeons les intérêts de nos entreprises.

Avec la loi en faveur des PME, la loi pour la confiance et la modernisation de l’économie, la loi sur la sauvegarde des entreprises, nous disposons déjà de nouveaux instruments, pour le financement, pour la transmission et pour la protection des entreprises.

Mais la priorité aujourd’hui, c’est de renforcer l’indépendance de nos entreprises. Beaucoup de pays se sont déjà dotés de moyens efficaces pour protéger leurs entreprises sensibles contre des actions hostiles. Nous devons faire de même, conformément à ce qu’a indiqué ce matin en Conseil des ministres le Président de la République.

Je souhaite d’abord que les investissements étrangers, lorsqu’ils concernent des technologies sensibles touchant notamment à la sécurité et à la défense, y compris dans leurs dimensions technologiques et sanitaires, soient mieux contrôlés. Un décret en ce sens sera publié au début du mois de septembre.

Nous devons ensuite nous assurer que nos entreprises disposent des mêmes moyens d’action et de défense que leurs homologues étrangers. C’est un principe très simple, de réciprocité.
Nous transposerons donc, dès la rentrée, la directive européenne sur les OPA, en évaluant le risque d’OPA hostiles sur nos entreprises.
Nous appliquerons la règle de la réciprocité, je viens de le dire : le droit français doit être aussi protecteur que celui du pays d’origine des entreprises qui décideraient de lancer des OPA sur notre territoire.

Enfin, l’actionnariat français doit être conforté pour éviter la dispersion du capital qui fragilise certaines de nos entreprises.

Je souhaite donc que les entreprises développent l’actionnariat salarié, en utilisant les nouvelles facilités ouvertes par la loi de finances 2005. Favoriser la participation des salariés au capital, aux résultats et à la vie de leurs entreprises, c’est développer notre capacité de résistance aux chocs et aux menaces ; c’est mieux ancrer nos entreprises sur le sol national.
Je demande également au Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie d’examiner toutes les évolutions nécessaires en matière de droit des sociétés, de normes comptables ou de fiscalité afin d’encourager les participations de long terme.
L’ensemble des acteurs, qu’il s’agisse de la Caisse des Dépôts, des banques et assurances, des mutuelles et institutions de retraite, mais aussi des fonds d’investissement, doivent être mobilisés à cette fin.

Ces choix de l’emploi et de la compétitivité s’inscrivent - il est important de s’y attarder un instant - dans une vision, dans une stratégie économique globale. Nous n’agissons pas au coup par coup. Nous ne tâtonnons pas, nous avons une vision de notre économie française, de celle que nous voulons défendre.

Chaque pays développe son économie en fonction de son histoire de son identité, de ses ressources naturelles et de ses atouts.
Un certain nombre de pays européens ont choisi de se spécialiser dans les domaines de la finance ou encore des services, en mettant au second plan leurs ambitions industrielles. La France, pour sa part, souhaite maintenir un équilibre entre une industrie de pointe, des services performants et une agriculture moderne. C’est ce qui fait la marque de fabrique de la France dans le monde moderne ; nous n’avons pas en rougir. Nous devons au contraire, défendre cette ambition, défendre cette exigence car c’est conforme à notre histoire, conforme au mode de développement de notre pays et à notre ambition de grande puissance.

C’est aussi, nous pouvons le dire entre nous, un moyen de résister à des chocs économiques extérieurs : l’industrie crée une demande de services innovants et moins délocalisables, qui portent la croissance dans une économie moderne. Ce qui fait que sur le long terme, nous avons, là, des éléments de stabilisation, parce que notre stratégie d’équilibre nous permet, quelles que soient les évolutions de la conjoncture, eh bien, d’anticiper les difficultés.

Nous avons des atouts, et le contexte économique est aujourd’hui plus favorable :
Un climat de confiance existe autour de l’euro tandis que les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas depuis plusieurs décennies. Les taux à court terme sont à 2 %, les taux longs à moins de 3,5 %.

Grâce à l’action de la Banque Centrale européenne, ils sont aujourd’hui inférieurs aux taux américains. J’ai eu l’occasion d’en parler récemment avec J.-C. Trichet, le président de la Banque centrale européenne.

Ceux qui sont désireux d’investir, de lancer des projets, de préparer l’avenir et celui de leurs enfants ont aujourd’hui la possibilité de le faire à des conditions très favorables ;
Par ailleurs, le monde est entré, grâce notamment à l’émergence de l’Est de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique latine, dans une période de croissance durable. A nous de savoir en tirer profit, pour que l’émergence de nouvelles puissances soit vécue comme une chance à saisir.

Nous sommes un pays capable d’audace, capable d’innovation, capable d’imagination. Je le redis : il y a aujourd’hui une chance à saisir, ce qui veut dire que nous devons rassembler nos énergies, faire preuve de toutes nos capacités pour marquer des points sur l’économie internationale.

Pour cela, bien sûr, nous devons renforcer nos capacités à l’exportation. Nos faiblesses sont connues, il n’y a pas lieu de les cacher : nous manquons d’entreprises exportatrices. Seules 100 000 entreprises françaises exportent sur un total de 2,5 millions d’entreprises.

Nous ne sommes pas suffisamment présents sur les nouveaux marchés émergents. Nous devons agir sur deux fronts :
D’abord en favorisant la croissance des entreprises, afin qu’elles aient une taille suffisante pour exporter. Faire en sorte que les entreprises d’un salarié, de deux salariés, de trois salariés passent le cap de cinq salariés, se développent, confortent leur marché.
Deuxième axe de travail : nous devons prendre des mesures ciblées sur l’exportation. J’ai demandé à C. Lagarde de remettre, pour la fin du mois d’août, un plan complet pour le développement de l’exportation, comprenant notamment des mesures de solidarité des grands groupes français à l’égard des PME.

Publié dans Discours

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