D. de Villepin tient bon face au feu des questions

Publié le par P.A.

Calme, serein, presque détaché, Dominique de Villepin s'est soumis mercredi au jeu de l'interrogatoire devant le tribunal correctionnel de Paris pour faire éclater "sa" vérité sur l'affaire Clearstream: il a dit n'avoir jamais ourdi de complot pour évincer Nicolas Sarkozy de la course à  l'Elysée et n'aurait découvert l'étendue de la manipulation qu'au cours de l'été 2004 lorsqu'elle a été dévoilée dans la presse.

L'ancien Premier ministre est soupçonné d'avoir fait transmettre à  la justice des listings falsifiés de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream qui laissaient supposer que de nombreuses personnalités, dont Nicolas Sarkozy, disposaient de comptes abritant de l'argent sale à  l'étranger. Une version que Villepin a toujours niée.



Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, fait son apparition dans le dossier le 1er janvier 2004 lorsque Jean-Louis Gergorin lui révèle l'existence "d'un vaste réseau de corruption international". Huit jours plus tard, le ministre réunit le vice-président d'EADS et le général Philippe Rondot, chargé par la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie de vérifier la véracité de ce réseau, dans son bureau au Quai d'Orsay.



Après, les versions divergent. Gergorin affirme avoir fait part à  Villepin de l'éventuelle implication de Nicolas Sarkozy, alors principal rival du ministre à  droite. Et il soutient également que l'ancien diplomate a demandé la plus grande discrétion sur cette affaire sur "instruction du président de la République".



Autant d'éléments rejetés en bloc par Dominique de Villepin. "A aucun moment le nom de Nicolas Sarkzoy ou un de ses patronymes n'a été évoqué", a-t-il souligné. Il dit aussi avoir ignoré le nom de la "source" du général et de Gergorin, à  savoir Imad Lahoud, falsificateur présumé des listings.



Comme il nie aussi être intervenu pour faire libérer le même Lahoud de garde à  vue le 25 mars 2004 dans une affaire de corruption. "L'affaire aurait pu s'arrêter le 25 mars, elle aurait dû s'arrêter le 25 mars", a-t-il insisté, estimant que la garde à  vue du Franco-libanais aurait dû le discréditer à  la DGSE. "Mais il a réussi à  faire croire à  son histoire de Ben Laden", a martelé Villepin en rappelant que Lahoud avait réussi à  faire croire jusqu'à  la CIA qu'il disposait de moyens de rentrer en contact avec l'homme le plus recherché du monde.



"Avez-vous été au courant de la dénonciation", c'est-à -dire du transfert des fichiers par quatre envois anonymes au juge d'instruction Renaud van Ruymbeke, lui a demandé le président Dominique Pauthe. "Non", a rétorqué l'ancien Premier ministre, réaffirmant aussi qu'il n'y avait "jamais eu d'instruction présidentielle émanant de Jacques Chirac dans ce dossier".



Dominique de Villepin a redit avoir appris l'existence de ces listings lors de la parution d'un article du "Point" début juillet 2004. Au cours du mois, il aurait demandé à  M. Chirac de pouvoir informer Nicolas Sarkozy de sa mise en cause et le président lui aurait expliqué que le ministre de la Justice Dominique Perben allait s'en charger.



Une version contestée par Jean-Louis Gergorin qui dit avoir informé Villepin de la présence de Sarkozy sur les listings en février 2004. Et lui avoir transmis un CD-Rom avec ces documents en mars ou avril. Les notes du général Rondot font état d'un Villepin "jubilatoire" en mai 2004 à  l'idée que Sarkozy apparaisse sur ces listes. "Je maintiens ma version", a insisté Gergorin, disant comprendre que Villepin maintienne la sienne "par loyauté envers" Jacques Chirac.



Les questions de l'avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog, ont provoqué chez M. de Villepin une colère bien maîtrisée: "le dossier a été construit de manière unilatérale au bénéfice d'une seule partie civile", a-t-il dénoncé évoquant de nombreux coups de téléphone de Nicolas Sarkozy aux différents ministres de la Justice pour donner ses instructions. "Une seule partie civile s'est érigée en victime, qu'elle veuille se faire justice elle-même a faussé le dossier qui est jugé par votre tribunal", a-t-il lancé aux juges, accusant le chef de l'Etat "d'acharnement à  détruire un adversaire politique".



Avant le début de l'audience, Dominique de Villepin a dénoncé devant la presse "les mensonges et les manipulations" de cette affaire. L'audience se poursuivait mercredi soir. Elle reprendra lundi prochain avec l'audition comme témoin du général Rondot.

Source: AP

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article