D. de Villepin: intervention remarquable à l'Assemblée

Publié le par P.A.




Dominique de Villepin a fait salle comble mercredi pour son retour dans l'enceinte de l'Assemblée -une première depuis son départ de Matignon- où il était invité par ses partisans à parler de l'Otan, en profitant au passage pour brocarder Nicolas Sarkozy et parler... d'élection.


Plus de 300 personnes avaient pris place dans la salle Victor Hugo pour écouter l'ancien Premier ministre regretter le retour complet de la France au sein de l'Alliance atlantique.


Outre les six députés classés villepinistes -François Goulard, Jacques Le Guen, Jean-Pierre Grand, Guy Geoffroy, Georges Tron et Hervé Mariton- qui entouraient leur mentor à la tribune, figuraient les ex-ministres chiraquiens Henri Cuq, Brigitte Girardin et Nelly Olin, le président de Debout la République Nicolas Dupont-Aignan, le député UMP Yves Censi, proche de Jean-François Copé, et l'ex-président du Conseil constitutionnel, Yves Guéna.

"Beaucoup ont ricané sur le fait qu'il y avait 1, 2, 3, 4, 5 parlementaires" villepinistes. "J'en connais d'autres qui, dans d'autres endroits, ont commencé avec moins que ça", a-t-il dit en référence à Jacques Chirac qui, trois mois avant d'être élu en 1995, avait été abandonné par une très grande majorité de cadres du RPR.

 

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Dominique de Villepin, le 1er avril 2009 à l'Assemblée nationale.


> OTAN


"Dans la vie, nos actes nous suivent. Le retour dans l'Otan, voilà un acte qui suivra le président de la République. Il est comptable des paris qu'il fait (...) Les Français pourront juger", a-t-il dit


L'ancien Premier ministre a dénoncé «le risque d'un amoindrissement de la voix de la France», désormais passée, selon lui, «d'un camp qui était celui du monde» au camp de l'«Occident». «En quoi un monde multipolaire justifie-t-il que la France revienne d'où elle est partie ?», s'est-il exclamé. Il a fustigé «la rupture avec l'héritage gaulliste», «la rupture d'un consensus français», mais aussi «la rupture d'un consensus de la communauté internationale» qui, selon Dominique de Villepin, «s'était accoutumée à ce que la France puisse s'exprimer fortement, avec sa liberté»


Le héraut du «non» français à l'intervention en Irak a ironisé sur «l'importance que le président de la République a attachée à sa place sur la photo » qui serait prise lors de la célébration du 60e anniversaire de l'Otan en assurant, sans citer Barack Obama : «Nicolas Sarkozy sera le temps de la photo à la gauche ou à la droite du principal responsable. Le temps de la photo. »


>G20


Faisant allusion à la menace de M. Sarkozy de quitter la table des négociations du G20, il a déclaré : "j'espère que la France continuera d'être entendue haut et fort et pas dans des stratégies d'ultimatum ou de la chaise vide".


«Barack Obama et Gordon Brown ont rappelé que Nicolas Sarkozy serait présent des hors-d'œuvre au dessert. Je crois que la feuille de route est clairement fixée», a-t-il conclu.


"Cela me rappelle l'époque où certaines diplomaties prenaient leurs chaussures et la tapaient sur la table. Est-ce qu'il faut revenir aujourd'hui à des stratégies de ce type?", a-t-il poursuivi devant la presse dans une allusion au geste fameux du président soviétique Nikita Krouchtchev à la tribune de l'ONU.


"Le général de Gaulle, quand il a mis en oeuvre la politique de la chaise vide (NDLR: dans les institutions européennes), l'a fait sur une conviction, sur une vision, sur un électrochoc nécessaire. Il ne faut pas se laisser guider par la passion et par l'émotion. L'émotion ne saurait être une stratégie", a conclu l'ancien Premier ministre.

 


>Election


Evoquant son "émotion" à s'exprimer au Palais-Bourbon, M. de Villepin a déclaré : "une chose que personne, jamais, ne m'enlèvera, c'est l'amour de mon pays".


"Il faut avoir en politique, chevillée au corps et à l'esprit, une très forte détermination (...) (Mon) combat est non pas contre quiconque mais pour la France, parce que je pense qu'il y a des dangers", a poursuivi M. de Villepin.


Celui qui ne s'est jamais frotté au suffrage universel est même allé plus loin en laissant entendre, à l'issue de la rencontre, qu'il pourrait être candidat: "l'élection, ce sont des circonstances qui font qu'elle devient naturelle. Croyez bien, je serai à ce rendez-vous".


Un peu plus tôt, une étudiante de Sciences-Po lui avait lancé: "je ne sais pas si vous avez une activité cérébrale très intense en vous rasant le matin mais, en 2012, je voterai pour la première fois aux élections présidentielles et si je pouvais voter pour vous...".


"J'étais à Egletons en 1976. Aujourd'hui, je suis salle Victor Hugo...", a commenté M. Grand, en allusion à "l'appel d'Egletons" lancé par Jacques Chirac deux mois avant la création du RPR.


Dominique de Villepin n’est pas allé jusqu’à confirmer lui même d'eventuelles ambitions présidentielles. Le député Georges Tron s’en est chargé pour lui, en marge du séminaire : «D’ici 2012, il n’y a pas beaucoup d’élections. Je ne pense pas que Dominique de Villepin soit intéressé par les européennes de 2009, ni par les régionales de 2010. Il n’est pas passionné non plus par les législatives de 2012…» Reste, bien sûr, la présidentielle, pour laquelle il faut conclure que l’ex-Premier ministre pourrait «se passionner».


Source: APF, Le Figaro, Associated Press, Libération

Publié dans Discours

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