Dominique de Villepin livre ses confidences à Midi Libre

Publié le par P.A.

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C'est l'invité surprise du Printemps des Comédiens à Montpellier. Dominique de Villepin donne demain une lecture de ses poètes préférés, mêlés aux extraits de son livre Hôtel de l'insomnie, panthéon littéraire personnel. Loin des affres de la politique.

Un bureau près des Champs-Elysées et un garde du corps rappellent qu'il fut Premier ministre. Mais c'est un autre visage que nous livre Dominique de Villepin. Sa relation intime avec l'écriture, les mots. Une passion, un moteur. Qui lui permet d'affronter les épreuves. Sa traversée du désert, l'affaire Clearstream, sa reconversion. Il les évoque ici avec pudeur mais toujours sabre au clair, avec un sens de la phrase qui fait mouche. La marque des écrivains .


Que devenez-vous depuis votre départ de Matignon ?
J'ai désormais une activité d'avocat international. Et en même temps, j'ai le plaisir d'effectuer de nombreux voyages à l'étranger pour des conférences, des colloques. Un agenda bien rempli.

A Montpellier, vous venez faire une lecture publique. C'est une première ?
Oui. J'ai déjà participé à une animation à la Bibliothèque Nationale de France, mais un acteur m'accompagnait pour lire des poèmes. Cette fois, je suis seul.

Les spectateurs viendront-ils voir l'écrivain ou l'ancien Premier ministre ?
C'est le passionné d'écriture et de poésie qui sera à Montpellier. Mais on ne peut pas se dissocier, se couper en morceaux. La poésie permet la réconciliation entre ces vies différentes. Elle aide à relever les défis, franchir les épreuves. Se retrouver un soir devant un public avec pour seul bagage quelques mots et une passion, c'est important. J'aime parler de la littérature au-delà des idées reçues que l'on peut avoir sur un homme politique.

Que vous apporte la poésie ?
La poésie, c'est s'exposer aux autres – car on se retrouve sans filet, sans armure, sans protection – et en même temps s'ouvrir, comme une main tendue. La poésie empêche de céder à l'égoïsme, à la peur, aux compromis. C'est une exigence, une quête. C'est aussi un moment de dépouillement. Dans Hôtel de l'insomnie , je dis l'importance d'être capable de faire peau neuve, de se désinstaller, de se métamorphoser pour aller plus loin.

La "désinstallation", vous y êtes confronté...
Oui, mais c'est ce qui fait la chance de la vie. Se remettre en question, c'est être capable de réinventer. J'ai eu la chance de naître en Afrique du Nord, puis de vivre en Amérique latine, en Inde... Autant d'occasions de se remettre en cause, de lutter contre le repliement.

Ressentez-vous aujourd'hui de la solitude ?
J'attache de l'importance à la préserver. On ne peut pas exercer de responsabilités sans être confronté à la solitude. Elle permet de creuser, de puiser en soi. J'ai toujours veillé à ne pas me laisser emporter par le quotidien, la précipitation des événements, le divertissement.

Le divertissement, c'est le "bling bling" ?
C'est tout ce qui ne correspond pas à notre vérité intérieure. Pas seulement les apparences mais le divertissement des honneurs, parfois du pouvoir. Tout ce qui vous détourne d'un engagement profond qui devrait vous animer, ou qui vous a animé à vos débuts.

Vous préférez le monde littéraire à l'univers politique ?
Chacun a ses caractéristiques. Il faut s'efforcer de privilégier la vérité en restant soi-même. Faire de la politique à travers une petite alchimie de calculs ne m'a jamais intéressé. Fabriquer un livre en ne visant que le succès n'est pas mon but.

Dans votre livre, vous évoquez Le Procès de Kafka. Eprouvez-vous ces derniers mois l'impression de vous retrouver dans cet univers ?
On l'éprouve quand on est victime d'incompréhensions, de malentendus. Mais il ne faut pas s'enfermer. Je refuse la victimisation. Les procès d'intention finissent par tomber tôt ou tard. Et l'on voit bien aujourd'hui que certains procès ne reposent sur rien, se dégonflent. Le temps fait bien son oeuvre. Je ne m'attarde pas sur des choses secondaires. J'avance.

Mais vous utilisez des mots très durs sur la vindicte...
La logique du bouc émissaire est très forte dans notre société. Vous posez un genou à terre et la meute vous tombe dessus. Je préfère me tourner vers l'esprit d'indépendance et d'humanisme, héritage du siècle des Lumières. C'est un combat contre la rumeur, la peur, contre l'esprit de chapelle, l'esprit de cour. On croyait qu'elle avait disparu avec la Révolution et pourtant cette "cour" s'est reformée, avançant masquée, gangrenant l'esprit français, corrodant des élites victimes de leur consanguinité.

Vous vous démarquez de cet "esprit de cour" ?
Mon parcours s'est fait en dehors des coteries, des clans. On me l'a reproché. Tout comme le fait de n'être pas élu. Je n'ai jamais été marqué par l'esprit partisan. Ce fut une chance mais aussi un handicap. Appartenir à un groupe d'intérêts, à une caste vous protège. Mais je place l'indépendance au sommet de mes exigences.

Avec quels hommes politiques parliez-vous de poésie ?
J'en parlais souvent avec Jacques Chirac qui n'est pas seulement passionné par les arts premiers.

Et avec Nicolas Sarkozy ?
(silence) Ça m'est arrivé de parler d'histoire avec lui. Il a écrit un livre sur Georges Mandel et s'intéresse aussi au cinéma. Il a participé à l'écriture d'un scénario.

C'est rare, un homme politique cultivé ?
Il y a des passerelles. La quête de l'intérêt général, c'est aussi la quête du beau, du dépassement. L'art et la politique exigent de l'idéal, de l'ambition et de l'humilité. On gagne beaucoup à passer de l'un à l'autre.

Source: Midi Libre

Publié dans Interview

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