L'"effet Villepin" profite à Napoléon

Publié le par P.A.

Dominique de Villepin a vendu sa collection privée sur Napoléon, le 19 mars 2008, à Paris : soient plus de 350 livres et manucrits.

Dominique de Villepin a vendu sa collection privée sur Napoléon, le 19 mars 2008, à Paris : soient plus de 350 livres et manucrits.

Il y a eu un "effet Villepin" à Drouot, mercredi 19 mars. La vente aux enchères de la bibliothèque impériale de l'ancien premier ministre a totalisé 1,2 million d'euros (avec les frais), soit plus du double de l'estimation initiale (entre 400 000 et 500 000 euros).

Plus de 300 documents historiques, de la fin de l'Ancien Régime jusqu'à l'Empire et l'exil de Napoléon à Sainte-Hélène, ont trouvé preneur : livres, almanachs, lettres de l'Empereur à Cambacérès, correspondances de Chateaubriand, Murat, Talleyrand, etc. "Bibliothèque de lecture avant tout, la collection de Dominique de Villepin est aussi celle d'un bibliophile privilégiant les premières éditions, les tirages sur grand papier. (...) Elle témoigne d'un goût marqué pour les exemplaires de choix, le plus souvent en reliure du temps", résume la maison Pierre Bergé et associés, organisatrice de la vente.

Dans la préface du catalogue, M. de Villepin explique qu'il se sépare "sans nostalgie" de sa collection. L'auteur des Cent jours ou l'esprit du sacrifice (éd. Perrin, 2001) et du Soleil noir de la puissance (2007) vient de terminer deux autres tomes. "La publication prochaine de deux volumes sur la fin de l'Empire et Sainte-Hélène achève mon exploration politique de la période napoléonienne", ajoute M. de Villepin, aujourd'hui avocat, qui souhaite se consacrer au tournant des XVe et XVIe siècles.

Maroquins bleu nuit, rouge pourpre, flamme ont défilé sous les yeux du public entassé dans une petite salle : des collectionneurs, des curieux, des fonctionnaires venus pour "observer ou acheter si l'occasion se présente", etc. Assis dans un coin de la salle, un monsieur moustachu, cigare au bec, note attentivement tous les prix. Jacques Benelli, expert près la cour d'appel de Paris en livres anciens et modernes, lève la tête et assène son verdict : "C'est bien au-dessus des sommes habituelles. S'il n'y avait pas le nom de Villepin, sans doute les prix ne monteraient pas autant."

Une "rare édition originale" du pamphlet de l'abbé Sieyès, Qu'est-ce que le Tiers-Etat ?, a été vendue 3 000 euros (estimé entre 1 500 et 2 000 euros). Et 5 200 euros pour L'Ancien Régime et la Révolution de Tocqueville, avec autographe signé de l'auteur. Les Lettres de Napoléon à Joséphine, de 1796 à 1813, s'envolent à 2 400 euros, quatre à six fois plus que l'estimation. Le sommet a été atteint par un Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases, enrichi de lettres manuscrites de Napoléon ou de Wellington : 32 000 euros.

Quelques pièces ont été préemptées par des institutions : le Musée Napoléon de Fontainebleau s'est porté acquéreur d'un almanach royal, avec reliure aux armes d'Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie et fils de Joséphine (11 000 euros), et d'un essai contre Napoléon. La Bibliothèque nationale de France a acheté une édition rare de trois nouvelles de Joseph Fiévée, conseiller de Bonaparte puis préfet de la Nièvre. La direction des Archives de France n'a pas laissé filer le décret manuscrit de Napoléon, portant élévation au titre de comte et de baron, signé par Napoléon (28 000 euros). Après la vente, la maison Bergé a indiqué que Dominique de Villepin lui en faisait don.

Source: Le Monde | Clarisse Fabre
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