Matignon en lettres capitales

Publié le par P.A.

Dominique de Villepin évoque les figures littéraires qu'il aime,Celan, Pessoa… et qui peuplèrent ses nuits lorsqu'il était aux affaires.

 

Attablédevant les premières pages d'Hôtel de l'insomnie, je demande à qui, en fin de compte, j'ai affaire ? On eût naguère parlé de « voyageurs ». Soudain, les vieux plis tricolores se laissent retomber. Un parfum d'exotisme envahit le salon, les terrasses… Il en rirait assez pour nourrir notre rêveur. Sur un chêne, des feuilles se sont mises à trembler.

 

Bravo, jeunes gens!

Voici un nouveau venu ; il n'est pas ordinaire, non plus que cet accompagnateur, ce «D.V.» qui est venu en curieux chercher le mot juste au dos du volume. Mais quelle est au juste la zone à mieux éclairer ? Chez Dominique de Villepin, l'énergie est dépensée sans compter. Partout autour de nous les lecteurs , il y a comme une trémulation, l'homme en perte d'équilibre d'un départ d'énergie. La vie, ça se dévore, ça ne se bostonne pas. À la rigueur, ça se bostonne, mais il faut entendre la ­musique…

 

Trois constatations me ­frappent à lire le début d'Hôtel­ de l'insomnie. Comment convient-il de nommer en langage un tant soit peu littéraire une « petite bande », un parti ? Beaucoup de characters, de silhouettes comme on dit sur les scènes d'Angleterre. Des voyages pour les uns, un statut d'utopie pour les autres. L'insomnie pourrait y avoir lieu et place. De grands chiens, des amertumes, les frères Alberto et Diego ­Giacometti nés aux Grisons, à Stampa. Devant une telle générosité de reprises de thèmes, on hésite. Doit-on se montrer avare ? Didactique? Je plante mes repères, esquisse une explication. Des nuées de visages et de noms survolent notre paysage. Il faudrait tenir bon ; est-ce ­jouable?

 

Sommes-nous dans le dur ou le doux de ce siècle «qui bouge encore»? Citons quelques noms. Vous rappelez-vous Celan… le général d'Evita… Max Frisch… Ingeborg Bachmann… Nâzim Hikmet, croisé peut-être sur un quai d'une gare de Moscou, etc. Peut-être une de ces petites « bandes » s'est-elle ainsi constituée ? On rêve ainsi les grands rêves.

 

 

Des citations de feu
 

À cette question fallait-il répondre ? Pardi « Maître, as-tu eu peur? ». Quoi qu'on entreprenne, remarque Villepin, on trouve toujours au bord du chemin vautours et velours. À quoi bon recruter des compagnons de la nuit ? Et s'il n'y avait pas de crépuscule au soir des batailles ? Rien d'autre dans le noir quadrillé d'une cible que le fracas où s'écroule la nuit.

 

Son lecteur se reconnaît au miroir. Des citations de feu traversent une prose magnifique. Un homme, un vrai homme est là, écoutez-le !

 
Plongez dans la grande prose, lyrique et secrète à la fois.
Hôtel de l'insomnie de Dominique de Villepin Plon, 195p., 19€.

Source: François Nourissier | Le Figaro

 

Publié dans Livre

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