Pour l'université, il faut le contraire de la méthode Sarkozy

Publié le par P.A.

L'homme de la rupture a préféré combiner avec le patron de l'UNEF plutôt que de réformer réellement l'université.
 
 
Il règne actuellement dans l'université française une atmosphère délétère. Le gouvernement Sarkozy n'en est pas le seul responsable mais il y contribue largement. A vrai dire, rien n'est plus instructif, pour qui veut analyser la « méthode Sarkozy », que de regarder comment le président élu en mai 2007 s'y prend pour ne pas réformer l'université.

Le candidat s'était présenté comme l'homme de la rupture, il promettait une large réforme. On aurait pu attendre d'un candidat libéral à la présidence de la République, largement élu, un souffle nouveau, porté par le suffrage universel. Qu'y avait-il de scandaleux à envisager l'instauration d'une sélection ouverte à l'entrée des universités dans un pays où l'on accepte non seulement la dure épreuve des concours de recrutement dans l'enseignement et la fonction publique mais aussi la « sélection par l'argent » des écoles de commerce et la sélection sauvage des étudiants admis en première année mais incapables de suivre un enseignement universitaire. Il y avait là un énorme projet à faire aboutir, en commençant par un discours de vérité : il vaut mieux une sélection aux règles définies par le législateur que celle, sauvage et terrible, qui conduit à exclure, au fil des années, dans l'indifférence générale, plus des trois quarts des étudiants que l'on a admis à s'inscrire en première année. Une telle politique serait acceptable pourvu qu'elle s'accompagnât d'un effort précoce d'orientation vers des filières créatrices d'emploi. Bien entendu, il faudrait rompre en même temps avec trente-cinq ans de « collège unique » et d'assassinat à petit feu de la promotion républicaine, à laquelle la droite des technocrates et la gauche des idéologues ont également contribué.

L'UNI poussé au dialogue avec l'UNEF
Mais dès avant l'élection présidentielle on pouvait savoir que Nicolas Sarkozy agirait à l'opposé de ses proclamations. Son seul souci était de ne pas se laisser piéger comme ses prédécesseurs par des manifestations étudiantes et le spectre d'une répétition de « mai 1968 ». L'UNI, syndicat étudiant proche du candidat de l'UMP, avait reçu l'instruction d'entamer un dialogue discret avec l'UNEF, la bête noire des gouvernements de droite depuis 1986, et même, au besoin, de soutenir des candidats du syndicat de gauche dans la répartition des fonctions au sein des conseils d'université. Aussitôt élu, le président Sarkozy, pour faire aboutir rapidement sa réforme de l'université, associa ouvertement Bruno Julliard, le président de l'UNEF, à l'élaboration de la loi. Les mauvaises langues rappelèrent, mais en vain, que la connivence entre les deux hommes remontait à la crise du CPE, lorsqu'ils s'étaient alliés, au printemps 2006, pour faire tomber Villepin. Et l'on a abouti, en juillet 2007, à ce résultat étonnant qu'un président prétendument libéral a accepté de renoncer à toute idée de sélection à l'entrée des universités, condition du ralliement de l'UNEF à son projet. Tout plutôt qu'un affrontement sur l'université à l'automne.
Une crise a tout de même éclaté car les manipulations ont leurs limites et, surtout, l'UNEF n'a pas la représentativité que lui prête le président de la République. En bon nominaliste, il fait profession de ne croire qu'aux chiffres et part du constat que l'UNEF est le syndicat étudiant le plus puissant. En fait, la participation aux élections universitaires est faible et l'UNEF représente, en chiffres rapportés à la participation, moins de 10% des étudiants.

Le pouvoir a joué le pourrissement
Faut-il penser alors que les bloqueurs de facs expriment la volonté profonde des étudiants ? En aucun cas : il s'agit d'une minorité active, encore moins représentative que les syndicats étudiants, qui ne fait que profiter de la faiblesse de l'Etat. Nicolas Sarkozy continue à penser, en effet, que sa tactique va payer ; il joue le pourrissement du conflit. On arrive à une situation inouïe, où quelques milliers d'étudiants à travers la France établissent des « piquets de grève », qui laissent (le plus souvent) passer les candidats aux concours de l'enseignement et leurs enseignants ainsi que le personnel administratif des universités. Le tout se déroule fréquemment sous l'œil des forces de l'ordre, qui n'interviennent pas. Du côté des bloqueurs, donc, comme de l'Etat, une parodie de confrontation qui aboutit à pénaliser les étudiants des premières années, ceux dont on prétend défendre les intérêts.

En l'occurrence, c'est la volonté de la majorité des étudiants qui est bafouée. Dès qu'il est possible d'organiser un vote à bulletins secrets, la majorité vote contre les blocages. C'était déjà le cas, au printemps 2006, de bien des étudiants hostiles au CPE mais qui n'avaient aucune confiance dans la plupart de leurs représentants aux conseils d'université. De même aujourd'hui : les étudiants n'ont pas voté majoritairement pour Sarkozy et ils se méfient de l'actuelle loi mais ils jugent de plus en plus ridicules les rééditions toujours plus parodiques de mai 1968.

En attendant, personne ne répond, dans le monde politique et syndical, à leurs inquiétudes réelles. La méthode Sarkozy contribue un peu plus à la dévalorisation des universités, au sein de l'enseignement supérieur français et par rapport à l'étranger. L'atmosphère risque de pourrir d'autant plus dans les prochaines semaines que, non content de démoraliser un peu plus que ses prédécesseurs le monde étudiant, Nicolas Sarkozy, qui ne comprend pas grand chose au monde de l'enseignement et de la recherche, attaque injustement ceux qui maintiennent le cap dans des conditions défavorables.

Des bloqueurs désoeuvrés
Durant la campagne présidentielle, les discours du candidat consacrés à la réforme de l'enseignement supérieur ont abondé en formules injustes et erronées sur la non-performance des chercheurs, sur le gaspillage des crédits, sur l'inutilité des sciences humaines, sur l'absence de discernement des établissements universitaires. Sachant bien qu'il n'a pas le courage d'affronter quelques milliers de bloqueurs désoeuvrés, le pouvoir d'aujourd'hui comme celui d'hier décharge sa mauvaise conscience sur des enseignants et des chercheurs dont le principal défaut est de continuer à croire à la vocation de l'université française, à sa possible compétitivité pourvu qu'on écoute ceux qui le font vivre, malgré des salaires médiocres et des conditions de travail le plus souvent indignes d'une grande nation industrielle.
On attend encore le président et le gouvernement qui auront le courage d'imposer la sélection à l'entrée des universités et l'humilité de laisser les enseignants et les chercheurs déterminer ce qui est le plus utile à la qualité des établissements qu'ils font vivre.

Source: Marianne2.fr | Edouard Husson

Publié dans Action gouvernementale

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