"S'il n'y avait pas cette affaire, vous n'entendriez plus parler de moi"

Publié le par P.A.

Depuis la rentrée, l'ancien chef du gouvernement ne ménage pas ses critiques contre Nicolas Sarkozy.

 
IL NE participera pas, dimanche, au grand meeting contre les tests ADN organisé par SOS Racisme, Charlie Hebdo et Libération. Dominique de Villepin en avait pourtant envie, mais son agenda médiatique est surbooké. Il sera, en effet, au même moment l'invité du « Grand Jury » RTL-Le Figaro-LCI.
 
C'est l'une des surprises de la rentrée politique : personne ne s'attendait à voir monter en première ligne Dominique de Villepin contre le président de la République. Ce gaulliste sourcilleux rompt avec les usages de la Ve République qui veulent qu'un ancien premier ministre observe une période de réserve dans les mois qui suivent son départ de Matignon. Sous couvert de promotion de son récent livre sur Napoléon, Le Soleil noir de la puissance, il critique tous azimuts son meilleur ennemi politique : Nicolas Sarkozy. Car le dernier premier ministre de Jacques Chirac le dit et le répète : « S'il n'y avait pas le dossier Clearstream, j'aurais tourné la page politique et vous n'entendriez plus parler de moi ! »
 
Au lieu de cela, on l'entend tous les jours. Avec ce déluge de critiques, Villepin a déjà décroché le titre de premier opposant de France selon l'enquête OpinionWay pour Le Figaro (nos éditions du 5 octobre). « On rend toujours service aux gens en les chassant et même en les pourchassant ! », clame-t-il avec emphase.
 
Deux épisodes ont poussé Villepin à adopter cette défense très politique. D'abord, l'examen minutieux des vingt-sept tomes du dossier d'instruction qui l'a convaincu qu'il sortirait de ce dossier avec une relaxe. Et puis, l'entretien qu'il a eu à l'Élysée, le 18 juin (ça ne s'invente pas !), avec Sarkozy. Villepin ne se fait pas prier pour raconter son dernier face-à-face : « Sarkozy m'a dit : »Qu'est-ce que vous voulez ? Un poste de vice-président de l'Europe ?* Je lui ai répondu : »Rien.* J'ai compris, à cet instant, que mon sort était scellé. »
 
Rendre la monnaie de sa pièce
 
Depuis, l'ancien locataire de Matignon s'est mué en guerrier. « Je sors de la tranchée pour exercer ma liberté de parole », feint-il de croire en rejetant toute idée de règlement de comptes. À l'évidence, le chiraquien habituellement si prudent n'est pas mécontent de rendre la monnaie de sa pièce à Sarkozy qui ne l'a pas ménagé pendant leurs deux années de cohabitation. Même si Villepin assure mi-sérieux, mi-provocateur : « Je ne m'ennuie jamais avec lui. Nos rencontres figurent parmi les meilleurs moments de ma vie politique ! »
 
La surexposition médiatique des conseillers du président ? Cela n'empêche pas le biographe de Napoléon de multiplier les formules assassines jusqu'à l'excès. L'ouverture ? « Si cela consiste à aspirer du vieux et de l'usé, c'est voué à l'échec. » La réforme constitutionnelle ? « On a mis le doigt dans un dangereux engrenage. » La nouvelle politique étrangère du président ? « Sarkozy prend le risque de faire voler en éclats l'un des rares sujets de consensus dans le pays. »« M. Guéant est là pour prendre des coups, pas pour se mettre sous les projecteurs des télévisions. » Le style Sarkozy ? Le poète Villepin cite avec férocité le poète Paul Celan : « Jadis, il y avait de la hauteur. » Pour Villepin, Sarkozy a tout faux ou presque.
 
Pour l'heure, cette stratégie boutefeu laisse l'Élysée et l'UMP de marbre. Si le président lui a sèchement répondu lors de sa dernière intervention à la télévision (« Que M. de Villepin aille s'expliquer avec les juges ! »), l'UMP se tient à distance d'un homme que les députés ont vu partir de Matignon avec soulagement. Quant à son successeur, il préfère l'ignorer : « Les Français se foutent de ce qu'il dit. Si je voulais, je pourrais parler de son budget 2007 et de ce qu'il y a sous le tapis », menace François Fillon. Seule une poignée de fidèles continue de faire vivre la flamme villepiniste : Georges Tron, Hervé Mariton, Jean-Pierre Grand, Jacques Le Guen. « On se voit à l'Assemblée ou dans les bureaux de Dominique, avenue Kléber », confie l'un d'eux. Il revoit aussi certains de ses anciens ministres. Il a déjeuné avec François Baroin, revu Christian Jacob et téléphoné à Henri Cuq. Mais les chiraquiens s'étonnent de la stratégie d'un homme dont ils avaient espéré qu'il serait leur candidat à la présidentielle. « Il tape trop tôt, trop fort et de manière trop désordonnée. Il prêche dans le désert », regrette l'un d'eux. Désolé, le même ajoute : « Dominique a un vrai talent pour commenter les grands sujets de politique étrangère. Mais ce n'est pas à lui de descendre dans la mêlée politique alors que Sarko n'a pas encore commis de vraies erreurs. »
 
Peut-être a-t-il entendu les conseils de ses amis. Toujours est-il que Villepin a renoncé, pour l'instant, à publier le récit politique de son expérience à Matignon. « C'est trop tôt, convient-il. Je ne veux pas faire de mal à des gens. On verra plus tard. » En 2012 pour la prochaine présidentielle ? « On verra. Si, entre-temps, Sarkozy a réussi, je n'aurais plus besoin de faire de la politique. »

Source: Le Figaro

Publié dans 2007

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