Dominique de Villepin écrit à Sarkozy sur l'affaire Clearstream

Publié le par P.A.


L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin

 


Les déclarations de Sarkozy jeudi soir à la télé n'ont pas plu à Villepin qui lui a envoyé une lettre. Avec copie à la presse.

 
La guéguerre entre les deux hommes continue et n'est pas prête de cesser. Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy n'hésitant pas à prendre les Français à témoin, via les médias. Aucun doute, tous deux sont déterminés à se livrer bataille sur fond d'affaire Clearstream. Dernier exemple en date : l'ancien Premier ministre a adressé une lettre hier au président de la République pour insister sur la « nécessité » d'éviter « toute confusion entre ses prérogatives présidentielles » et son « statut de partie civile » dans ce dossier. Villepin réagissant ainsi à l'interview de Nicolas Sarkozy, qui, jeudi soir à la télé, a affirmé que son nom avait été « sali » dans l'affaire Clearstream et qu'il avait été « partie civile deux ans avant de devenir président de la République ». Ce dernier répondait en fait à Dominique de Villepin, qui s'était interrogé au cours des dernières semaines sur la compatibilité entre les statuts de partie civile et chef de l'Etat.
« Bizarrerie juridique »
Il fallait donc s'attendre à une réaction de Dominique de Villepin. Elle a pris la forme d'une lettre envoyée à Sarkozy dont une copie a été adressée à la presse. « Contrairement à ce que la question posée par (la journaliste de France-2) Arlette Chabot pouvait laisser entendre, je n'ai jamais exprimé le souhait que vous retiriez votre plainte qui est de plein droit », écrit M. de Villepin. Il a souligné la « bizarrerie juridique d'un président de la République, président du Conseil supérieur de la magistrature qui serait en même temps partie civile ». L'ancien chef de gouvernement veut « insister dans ce contexte sur la nécessité d'une très grande vigilance pour éviter toute confusion entre vos prérogatives présidentielles aujourd'hui ou ministérielles hier et votre statut de partie civile ».  "Je ne suis pas sûr que vos déclarations d'hier aient permis de sortir de cette confusion", ajoute-t-il, au lendemain de l'entretien avec TF1 et France 2 au cours duquel Nicolas Sarkozy a expliqué avoir été partie civile avant de devenir président de la République, tout en estimant qu'il n'était pas "au-dessus des lois" mais pas non plus "en dessous".

« Aucun élément de mise en cause »

Comme il l'a déjà déclaré à maintes reprises, l'ancien Premier ministre réaffirme n'avoir « jamais participé de près ou de loin à une quelconque opération de dénonciation calomnieuse ». M. de Villepin explique avoir « noté l'insistance » avec laquelle Nicolas Sarkozy a fait valoir « combien (son) nom avait été sali ». Pourtant, observe ironiquement l'ancien Premier ministre, le dossier d'instruction « ne comporte aucun élément de mise en cause de votre personne, ni sur le plan médiatique, ni sur le plan judiciaire ». De surcroît, ajoute à juste titre Villepin, « comme vous le savez, ce n'est pas votre nom qui figure sur les listings, mais des éléments patronymiques qui expliquent que la presse, comme la classe politique, a pensé qu'il pouvait s'agir de votre père ». « C'est vous-même qui avez indiqué que vous étiez visé », lance-t-il, en se demandant « devant quel juge » Nicolas Sarkozy « a eu à (se) justifier ». « Que je sache, les commissions rogatoires lancées par le juge Van Ruymbeke correspondent à un travail de vérification confidentiel pour lequel vous n'avez été à aucun moment sollicité. Mais peut-être que tous les éléments ne figurent pas au dossier des juges d'Huy et Pons et dans ce cas, je suis certain que vous ne manquerez pas de les leur faire parvenir », écrit-il non sans ironie.
Dominique de Villepin a été mis en examen le 27 juillet dernier pour « complicité de dénonciation calomnieuse », « complicité d'usage de faux », « recel de vol » et « recel d'abus de confiance » dans l'affaire Clearstream.

Caution révisée à la baisse

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé hier le contrôle judiciaire imposé à M. de Villepin dans ce dossier, mais a ramené de 200.000 à 50.000 euros le montant de sa caution. Son contrôle judiciaire lui interdit de rencontrer les principaux protagonistes de ce dossier ainsi que l'ancien président de la République Jacques Chirac. Dès hier, Villepin a annoncé qu'il introduisait un pourvoi en cassation contre la caution exigée par les juges. Une caution jugée « inutilement vexatoire » par ses avocats et « rare » par les observateurs de la vie judiciaire. Le parquet général l'avait d'ailleurs estimé « pas nécessaire ».
La justice soupçonne Dominique de Villepin d'avoir participé en 2004 à une tentative de déstabilisation de Nicolas Sarkozy, déjà en course pour l'Elysée, par le biais de fichiers falsifiés de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream. M. de Villepin, qui proteste de son innocence, a sonné depuis août dernier la contre-offensive dans les médias. Il souligne qu'il ne s'agit pas « d'une affaire politique », mais « industrielle » trouvant selon lui son origine les rivalités industrielles entre EADS et Airbus et celles opposant plus largement les géants de l'armement français. Dans sa dernière interview à l'Est Républicain, Dominique de Villepin n'avait pas hésité à accuser Nicolas Sarkozy d'avoir « privatisé » le dossier dont il avait été informé « tôt », à son profit. L'ancien Premier ministre, qui, hier encore, se déclarait serein, doit être à nouveau entendu par les juges le 11 octobre.
Source: Laïd SAMMARI | L'Est Républicain
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