Retranscription de l'intervention de Dominique de Villepin le 29 VIII 2007 sur RTL

Publié le par P.A.

Regarder l'intervention de Dominique de Villepin sur RTL: http://direct.rtl.fr

Jean Michel Apathie : Bonjour Dominique De VILLEPIN

Dominique De Villepin : Bonjour Jean-Michel APATHIE

JMA : c’est votre deuxième livre sur Napoléon, donc on va commencer par Napoléon. Vous avez raconté ses 100 jours et là vous racontez 1796-1807, l’ascension de l’homme : qu’est ce qui vous intéresse, voire vous fascine chez Napoléon ?

DDV : La capacité de l’homme, à changer, c’est ses métamorphoses. Je m’étais intéressé dans les « Cent Jours » à la métamorphose d’un homme qui a échoué et qui veut revenir. Et il veut revenir pour d’autres raisons parce qu’il aime son pays, parce qu’il a un message à délivrer et pendant le temps de son séjour à l’Ile D’Elbe il a profondément changé. Là, c’est une autre métamorphose qui s’opère en direct lors de l’ascension, la conquête du pouvoir. Eh bien on voit cet homme qui est un homme à double face, on voit cet homme peu à peu grignoté, y compris physiquement, par le pouvoir par la responsabilité, et on voit comment l’ivresse le gagne et le saisit. Mais ce que je veux montrer c’est que cet effet pervers du pouvoir, ce soleil noir de la puissance, n'est pas quelque chose qui vient tard, c'est quelque chose qui commence tôt, c?est dans les gênes de l?aventure napoléonienne. On le voit dès l'enfance à travers l'apprentissage quand il arrive à Autun, à Brienne, à travers l'humiliation qu'il ressent comme jeune dans ce collège. Il dit à son ami Bourrienne dès le début : « à tes Français je leur ferai tout le mal que je pourrai ». Donc l'humiliation, les blessures, c'est un homme qui traverse au moment de la Révolution des épisodes très difficiles. On le voit à Toulon où il manque d'être tué. On le voit lors de Thermidor où il connaît une épreuve aussi très forte, eh bien dans tous ces moments là il ressent la solitude. Il ressent l'inquiétude et il ressent la peur qui pour moi est un des grands ressors de l'homme au pouvoir, la peur, la peur des conspirations. Et là il y a des épisodes étonnants : en 1800 lors de l'attentat de la machine infernale, en 1804 lors de la conspiration Pichegru Moreau Cadoudal, on voit cet homme battre les buissons en disant « on veut m'abattre comme un chien ».

JMA : Vous en parlez avec passion vous en parleriez pendant toute l'interview.

DDV : Volontiers

JMA : Le récit est brillant on le conseille à tous les auditeurs d'RTL ce matin

JMA : Nicolas Sarkozy a réussi sa métamorphose ?


DDV : Eh bien écoutez, il réussit à montrer à quel point son énergie et sa volonté sont omniprésente, j'emploie un terme d'Alain Duhamel. Et ça c'est très important, parce que notre pays (interruption de JMA).

JMA : A-t-il réussi sa métamorphose ?

DDV : ça, nous le verrons. Nous le verrons quand les résultats seront là. Parce que la métamorphose de l'homme au pouvoir c'est la capacité à un moment donné, d'apporter à un peuple ce qu'il attend, de répondre aux attentes d'un peuple. Donc c'est une rencontre, ce n'est pas une métamorphose individuelle ; c'est comme en amour ! C'est une métamorphose qui suppose qu'on aille à la rencontre de l'autre et qu'on écoute l'autre, donc il faut une interaction.

JMA : Quand vous dîtes ça Dominique de Villepin vous le dites avec votre autorité d'ancien premier ministre. On a l'impression que vous en doutez, et de la réussite de la métamorphose, et des résultats ?

DDV : C'est exactement l'inverse. Non seulement je n'en doute pas mais je le souhaite. Et c'est parce que je le souhaite que je souhaite aussi que dans le débat démocratique national on aide à cette métamorphose. On fasse en sorte que toutes les forces de la Nation puissent être tendues vers l'objectif qui nous permettra d'avancer. Pour avancer il faut des débats, il faut une capacité à se remettre en question ; la clé de la politique c'est la question. Si on se pose les questions après l'action : on échoue. Moi je l'ai vécu comme Premier ministre : il y a une menace permanente autour du pouvoir d'isolement, de courtisanerie. Le pouvoir a besoin d'être alimenté, irrigué, d'être nourri de propositions.

JMA : Stimulé, critiqué et c'est ce que vous allez faire ? Vous comptez le faire ? Vous comptez intervenir régulièrement ?

DDV : Je compte. Moi je fais partie des 62 millions de Français donc je suis un citoyen.

JMA : Avec un statut un peu à part. Vous n'êtes pas un citoyen comme les autres, non, non, non !

DDV : Je suis un citoyen comme les autres et j'entends dire ce que je pense, parce que ce que j'ai vécu doit pouvoir servir à ceux qui sont aujourd'hui en responsabilité pour faire mieux. Moi c'est ce que je souhaite. Moi j'ai fait baisser le chômage de 2 points en 2 ans. Je ne souhaite qu'une chose : c'est qu'on le baisse de 4 points dans les deux prochaines années !

JMA : Vous avez entendu l'auditrice qui nous a précédé : le Conseil constitutionnel met des bâtons dans les roues à Nicolas Sarkozy.

DDV : Alors là vous savez, la politique doit s'appuyer sur la réalité et ça vaut pour tous les gouvernements mais ça vaut aussi pour tous les citoyens Il y a un principe est incontournable dans notre pays qui est le principe de non rétroactivité des lois.

JMA : Tout le monde le sait ça !

DDV : Oui, mais tout le monde le sait !

JMA : Alors comment on fait un projet de loi?

DDV : Bien ! On ne peut pas faire reproche à Jean-Louis Debré et au Conseil Constitutionnel de faire respecter la Constitution. Tout le monde le sait et nul n'est censé ignorer la Loi.

JMA : Il faut faire le reproche au gouvernement d'avoir écrit une loi rétroactive.

DDV : Le gouvernement a eu une bonne intention mais dans l'application et la rédaction de la loi on n'a pas pris en compte ce principe. Donc on doit promettre des choses aux Français, mais ces choses doivent être réalisables.

JMA : Vous vous étiez engagé, Dominique de Villepin, au début de 2006 à la fusion Suez-gaz de France puis 18 mois après le projet n'a pas abouti et maintenant on dit que probablement il ne se fera pas parce que les dirigeants de Suez en ont un peu ras la casquette de ce projet qui n'aboutit pas. Qu'est-ce que vous en pensez ?

DDV : Moi j'ai laissé avec Thierry Breton en quittant Matignon et bien sûr le Président de la République un dossier ficelé. Nous avions préparé une fusion entre deux entreprises, deux très belles entreprises ; c'est ce qui permettait à la France d'être un leader mondial sur le marché gazier et nous partions d'une idée simple c'est que dans le monde d'aujourd'hui on a besoin de concentrer ses forces. Ce choix on l'a mis sur la table parce qu'il y avait une échéance au mois de juillet qui était l'ouverture du marché de l'énergie. Le gouvernement, le Président de la République doivent faire leurs choix. Je comprends très bien qu'il puisse y avoir des alternatives. Je comprends très bien que l'on puisse réfléchir à d’autres propositions mais en tout état de cause ce qu'on n'évitera pas c'est de faire un choix.

JMA : Vous regretteriez que ça ne se fasse pas ?

DDV : Nous, nous avions pensés que c'était le meilleur choix que nous avions pour la France mais si le Président de la République et François Fillon estime qu'il y a d'autres possibilités, moi j'en serais ravi. Ce que je veux c'est le meilleur pour mon pays.

JMA : L'affaire Clearstream continue de vous poursuivre Dominique de Villepin. Vous avez dit que vous répondrez aux juges de la justice

DDV : Je ne revendique aucun privilège, aucun avantage !

JMA : Et quand lit la Constitution art 68-1 il est écrit que les membres du gouvernement sont jugés par la Cour de justice de la République

DDV : Oui

JMA : Donc la Constitution vous fait obligation d'aller devant la Cour de justice de la République !

DDV : Oui mais ça ce n'est pas une décision qui m'appartient. Moi, on me demande de répondre à la Justice, moi je réponds !

JMA : Mais vous dîtes que vous avez agi comme ministre dans l'affaire Clearstream.

DDV : J'ai agi comme ministre muais à partir du moment où la Justice me demande de répondre, je réponds. Je ne revendique aucun avantage. Vous savez, moi je suis vraiment soucieux (interruption de Jean-Michel Aphatie)

JMA : C'est un avantage d'être jugé par la Cour de justice de la République ?

DDV : En tout cas ça l'est peut-être, moi ce que je veux c'est que la vérité apparaisse rapidement. Vous savez, moi je suis blessé dans cette affaire. Blessé par ce que j'estime être un acharnement inutile et je l'ai dit : quand on s'en prend à ma famille, quand on soulève le matelas de mes enfants, hé bien cela me blesse. Mais il y a autre chose

JMA : Tous les justiciables ont affaire à cela

DDV : Il y a autre chose, il y a autre chose monsieur Aphatie.

JMA : vous le savez ça, Dominique de Villepin ?

DDV : Je le sais mais j'estime que dans une affaire comme celle-ci je ne vois pas très bien ce que mes enfants ont à voir dans l'affaire. Dans une affaire comme celle-ci une thèse s'est imposée à l'automne 2004 qui n'avait rien à voir avec le sujet ; qui était une affaire industrielle et internationale : une thèse s'est imposée, une thèse médiatique. Cette thèse s'est imposée au point d'imprimer l'instruction judiciaire alors qu'elle n'est pas présente au dossier. J'ai accès au dossier ; donc je peux voir à quel point aujourd'hui tout ça a été transformé. Ce que je dis c'est que quand on sort des procès d'audition tronqué, quand on sort des pièces d'un dossier, des éléments de perquisition isolés de leurs contextes on peut faire dire n?importe quoi. Tout cela est mis au service d'une accusation contre moi. Je le dis, c'est faux et c'est injuste ! Ne prenons pas des bouts d'un dossier pour essayer de prouver quelque chose. Il n'y a pas en justice une thèse qui préexiste à la vérité ; la vérité ne se découpe pas en petit morceaux. Par contre, monsieur Aphatie, le mensonge se découpe en petits morceaux.

JMA : Vous regrettez que Jacques Chirac ne témoigne pas devant les juges ?

DDV : Je respecte ce que dit et ce que veut Jacques Chirac. Je le respecte profondément et ce que je vous dis moi, c'est que la vérité apparaîtra et qu'il apparaîtra que ce dossier n'est pas un dossier de rivalité politique ; c'est une construction !

JMA : Dominique de Villepin, « le Soleil noir de la puissance » chez Perrin c'était Napoléon, on a aussi parlé d'autre chose. Vous auriez fait un bon historien, Dominique de Villepin !

DDV : Oui, mais vous savez c'est un bonheur de tous les jours l'Histoire ; il faut s'en inspirer !

JMA : Bonne journée !

DDV : Merci !


Source: http://halte-au-complot-contre-villepin.over-blog.com/

 

Publié dans Interview

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