Dominique de Villepin mis en examen

Publié le par P.A.


Dominique de Villepin a été mis en examen vendredi par les juges de l'affaire Clearstream notamment pour "complicité de dénonciation calomnieuse", avec interdiction de rencontrer les principaux protagonistes du dossier au premier rang desquels Jacques Chirac.

L'ancien premier ministre a de son côté nié avoir participé à une "quelconque manoeuvre politique", annonçant qu'il faisait appel du contrôle judiciaire.

L'appel vise principalement la caution imposée par les juges, qui se monte à 200'000 euros, comme révélé par Paris-Match et confirmé de sources proches du dossier.
 
Le contrôle judiciaire prévoit également une interdiction de rencontrer Jacques Chirac, ainsi que les principales personnes mises en cause dans ce dossier, dont Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud mis en examen en juin 2006, mais également le général Philippe Rondot, entendu en tant que témoin assisté, selon ces mêmes sources.

Les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons ont autorisé l'ancien Premier ministre à se déplacer en France et à l'étranger, toujours d'après ces mêmes sources.
 
C'est maintenant à la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris de se prononcer sur cette requête de M. de Villepin, sans qu'aucun délai ne soit fixé pour son audiencement.

M. de Villepin, arrivé à 09H40 au pôle financier, de retour de vacances en Polynésie française, le teint halé, costume sombre et cravate rouge, est resté moins d'une heure au pôle financier, refusant de répondre aux questions des magistrats dans l'attente de "prendre connaissance du dossier". Ceux-ci l'ont mis en examen pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d'abus de confiance et complicité d'usage de faux".

A sa sortie, M. de Villepin a affirmé qu'"à aucun moment", il "n'avait demandé d'enquête sur des personnalités politiques" ni "participé à une quelconque manoeuvre politique", estimant avoir agi "pour faire face à des menaces internationales" et de nature "économique".

"C'est strictement dans ce cadre que j'ai agi, c'était mon devoir comme ministre", a-t-il estimé sans toutefois préciser s'il avait l'intention de saisir la Cour de justice de la République (CJR).

"Je ne vous cache pas que ces mises en cause sont douloureuses pour moi et pour ma famille mais je me battrai pour que dans le cadre de l'instruction, la vérité puisse enfin apparaître"
, a confié M. de Villepin.

L'ancien chef du gouvernement est soupçonné d'avoir participé à une conspiration visant à déstabiliser l'actuel chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, partie civile dans ce dossier depuis janvier 2006.

Le nom de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, est mentionné dans des listings de l'organisme financier Clearstream.

Un "corbeau" les avait envoyés anonymement au juge Renaud van Ruymbeke en 2004, accompagnés de lettres. De nombreuses personnalités y étaient accusées d'avoir perçu des pots-de-vin sur la vente de frégates à Taïwan en 1991. Le magistrat a démontré que ces documents avaient été trafiqués.

La publication en mai 2006 de premières notes du général Philippe Rondot, témoin capital qui a tout consigné dans des fiches personnelles, suggérait déjà une implication de Dominique de Villepin mais aussi de Jacques Chirac: "Si nous apparaissons, le PR (président) et moi, nous sautons", aurait notamment dit M. de Villepin au militaire.

L'ancien Premier ministre, homme de l'ombre de Jacques Chirac avant de devenir ministre puis d'accéder à Matignon en 2005, avait déjà été entendu pendant 17 heures en décembre 2006. Il avait alors écarté toute responsabilité et semblait mis hors de cause.

Mais la révélation fin juin de notes informatiques inédites du général Rondot, qui pensait les avoir effacées, a relancé l'affaire.

Jean-Louis Gergorin, ex-vice-président d'EADS et ami de Dominique de Villepin, qui avait reconnu en mai 2006 être l'expéditeur des courriers anonymes au juge Renaud van Ruymbeke, a affirmé aux juges la semaine dernière que c'est bien à la demande de l'ancien Premier ministre qu'il avait décidé de "saisir" un juge, et ce sur "instruction" du président de la République Jacques Chirac. Il ne les avait jusque-là jamais impliqués.

Dans ses déclarations, M. Gergorin a cependant certifié que M. de Villepin avait cru, comme lui-même, à l'authenticité des listings, démentant ainsi implicitement une manipulation.

La position de M. de Villepin qui dit avoir agi en tant que ministre est d'importance car seule la CJR peut juger les anciens ministres pour des faits commis dans le cadre de leurs fonctions.


Sources: D'après AFP

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