Jacques Chirac oublie les juges à Biarritz

Publié le par P.A.

Jacques Chirac est en pleine forme, c'est son entourage qui le dit. Loin de se laisser abattre par les quatre heures d'audition judiciaire, jeudi, dans l'affaire des emplois fictifs au RPR, l'ancien chef de l'Etat se détend du côté de Biarritz en compagnie de son épouse. Et prépare pour la rentrée, un ouvrage consacré au développement durable et au dialogue entre les cultures.
Jacques Chirac est sur la côte basque. Loin du tumulte parisien. (Reuters) J

A défaut de Brégançon, Jacques Chirac s'en est allé vendredi soir à Biarritz passer quinze jours de vacances, accompagné de Bernadette, son épouse. Après son audition par les juges, Jacques Chirac s'est octroyé quelques congés, comme tout bon Français ! Son séjour lui fera-t-il oublier les quatre heures quinze minutes durant lesquelles il a dû répondre, jeudi matin, aux questions du juge Alain Philibeaux à propos des emplois fictifs du RPR ? Rien n'est moins sûr. Difficile de préjuger de la suite qui sera donnée à cette affaire pour laquelle il a été entendu en tant que témoin assisté, en présence de son avocat, Me Jean Veil.

Non-lieu ou renvoi devant un tribunal correctionnel ? C'est désormais au juge Courroye de trancher. "Ni mansuétude ni acharnement particuliers", a réclamé André Vallini, porte-parole du groupe PS à l'Assemblée. Jeudi matin, dans les locaux du 119 rue de Lille, le juge Philibeaux avait donc fait le déplacement, "par respect dû à l'ancien Président mais aussi à l'institution judiciaire puisque les lieux appartiennent à l'Etat", souligne son entourage. Mais c'est le juge et sa greffière qui ont reçu Chirac chez lui et non l'inverse... L'auditionné n'est entré dans la pièce réservée à cet effet qu'après que les deux représentants de l'institution judiciaire s'étaient installés pour l'interrogatoire. Minimisant sa responsabilité, celui qui fut maire de Paris pendant dix-huit ans et dont le nom est attaché à d'autres procédures a récusé l'idée d'un "système organisé" qui était pourtant apparu en filigrane des procès sur le financement du RPR.

L'article 67 de la Constitution fait débat

Mais pas de quoi l'abattre. "Serein, il est serein !" vous serinent ses proches, le retraité le plus célèbre de France faisant mine de ne pas s'inquiéter d'une autre affaire qui semble l'approcher de plus en plus près: l'affaire Clearstream. Il est vrai que dès le 22 juin, le "Bureau du Président Jacques Chirac" rappelait qu'en vertu de l'article 67 de la Constitution "le président de la République n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité" et donc qu'un ancien chef de l'Etat n'a pas à témoigner sur des faits accomplis ou connus durant son mandat. Une interprétation qui fait débat parmi les constitutionnalistes: "Qu'un président de la République en fonction participe à une dénonciation calomnieuse ou en donne l'ordre ne relève pas de l'exercice de la fonction présidentielle, estime Olivier Duhamel, personne ne peut soutenir qu'il y avait un intérêt d'Etat à éliminer politiquement Nicolas Sarkozy..."

"A aucun moment, le Président n'a demandé la moindre enquête sur une personnalité politique, voilà la réalité", insiste Frédéric Salat-Baroux, l'ancien secrétaire général de l'Elysée. Et tous ses amis en sont convaincus: Jacques Chirac n'est mêlé ni de loin, ni de près à cette affaire Clearstream. Aussi ses collaborateurs (au nombre de sept) dirigés par Bernard Landrieu répètent-ils à l'envi que l'ancien Président est "totalement mobilisé" sur sa Fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures qui devrait voir le jour en octobre-novembre, le temps de trouver les financements auprès d'entreprises privées.

Arrivé tous les matins à son bureau aux alentours de 9 heures, parfois 8 h 30, Chirac reçoit, répond au courrier de personnalités ou d'anonymes, aux invitations nombreuses qui lui parviennent des quatre coins du monde, accueille des hôtes étrangers de passage à Paris ou des députés venus en voisins de l'Assemblée, tels le fidèle François Baroin ou les anciens ministres Henri Cuq et Christian Jacob qu'il retrouve parfois à déjeuner. Comme fin juin dans un restaurant de l'avenue de la Motte-Piquet, Le Père Claude, en compagnie de Jean-Louis Debré, Jacques Toubon, Bernard Landrieu, Frédéric Salat-Baroux. "On parle de tout et de rien, rapporte Henri Cuq, c'est une conversation de gens heureux d'être ensemble." Mais l'ex-chef de l'Etat écoute plus qu'il n'intervient, ne faisant jamais de commentaires, nous dit-on !, sur son successeur, Nicolas Sarkozy.

Au programme de la rentrée, son arrivée au Conseil constitutionnel où il a l'intention de siéger - il est déjà allé visiter son bureau - des voyages en liaison avec sa fondation pour la mise en oeuvre de projets concrets, notamment en direction de l'Afrique, et un livre, moitié Mémoires, moitié réflexions sur le développement durable et le dialogue des cultures, l'intitulé exact de sa fondation. Et tous en choeur vous l'assurent, Jacques Chirac est en pleine forme !


Source: JDD
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