Quand Villepin et Védrine réinventent la politique

Publié le par P.A.

Ils ne sont pas candidats, mais rien de ce qui est présidentiel ne leur est étranger. Ils se sont succédé à l'Élysée et au Quai d'Orsay. Ils ont tenu dans leurs mains le timon de l'État sans jamais avoir vu un électeur de leur vie. Parfois, ils regrettent de n'avoir pas été « député de la Creuse ». S'en félicitent aussi. Dépend des jours. Dominique de Villepin est encore premier ministre pour quelques jours ; Hubert Védrine aurait pu l'être. Régis Debray les avait réunis, mardi soir, sous les auspices de sa revue Médium. « Que peut encore le pouvoir politique ? » Les duellistes avaient de la race, mais les fleurets restèrent mouchetés.
 
La médiatisation débridée fut vilipendée. Docteur Villepin diagnostiqua la maladie : « la délégitimation du politique ». Docteur Védrine brocarda le remède : « L'idéologie de la proximité est une sottise. » Villepin revint longuement sur son échec du CPE. On le sentait meurtri ; mais on le découvrit aussi plus libéral, plus fasciné par le modèle anglo-saxon, plus remonté contre « ces Français qui choisissent toujours l'égalité contre la liberté », qu'on ne l'avait imaginé. Il n'avait pas fini de nous surprendre. Le chantre de la « vieille nation » évoqua « l'intérêt général mondial », prônant une sorte de gouvernement planétaire ; il prophétisa, lui l'admirateur de Napoléon, « la fin du cycle impérial millénaire ».« Une politique étrangère européenne ferait disparaître en cinq ans la politique étrangère française ». Pour Védrine, c'est l'affaiblissement des États-nations et non leur force excessive qui déstabilise les relations internationales. Quant aux Français, « shootés à la politique, ils sont en manque de politique, quand on ne sait plus si le pouvoir a encore le pouvoir », quand des grosses entreprises sont plus riches que la plupart des États : « Qui régule qui ? »
Bref, comme le lui fit remarquer Debray, perfide, le gaulliste Villepin parlait comme Aristide Briand, idéaliste, pacifiste et internationaliste. Et voilà que l'ancien conseiller de François Mitterrand brandit l'étendard gaullien :
 
Alors, l'Europe ? « Les intérêts français et allemands divergent de plus en plus », notait Villepin. Védrine approuvait. « La plupart de nos partenaires rêvent de devenir une grosse Suisse. » On songeait à Nicolas, Ségolène, François et les autres, à leurs efforts, leurs querelles, leurs promesses ; on les regardait autrement, avec un brin de compassion ; on avait envie de leur murmurer : « À quoi bon ? »

Source: Le Figaro

Publié dans 2007

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